Riz doré: les OGM, une mine d'or contre la malnutrition?

Le riz génétiquement modifié peut-il combattre la malnutrition?
Riz doré: les OGM, une mine d'or contre la malnutrition?
Par bioalaune publié le
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Le riz doré, génétiquement modifié pour répondre aux carences en Vitamine A des populations victimes de malnutrition, fait débat chez les militants anti-OGM. Retour sur une polémique vieille de trente ans.

Quelles solutions contre la malnutrition?

Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé, entre 100 et 200 millions d’enfants souffrent de carence en Vitamine A à cause de la malnutrition.
Pour près de la moitié d’entre eux, cette carence entraîne un xérophtalmie qui aboutit à de graves troubles occulaires quand ce n’est à la perte totale de la vision. Pour l’autre moitié, la carence provoque des maladies souvent mortelles.

En 1984, en réponse à ce fléau, un groupe de chercheurs de la Rockfeller Foundation s’est lancé pour défi de réussir à modifier génétiquement l’un des aliments de base les plus consommés au monde, le riz, de manière à l’enrichir en Vitamine A pour mieux répondre aux besoins nutritionnels des populations mal-alimentées.
Le riz, mondialement consommé à hauteur 1400 kilos par seconde, soit 468 millions de tonnes chaque année selon la FAO, Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, est notamment l’aliment le plus cultivé en Asie.
Cependant, bien que le riz contienne naturellement du bêta-carotène, précurseur de Vitamine A, dans son enveloppe, celle-ci est retirée pour favoriser sa conservation.

Le projet du “riz doré”, porté par les professeurs Ingo Potrykus et Peter Beyer, spécialiste de la biochimie moléculaire, vise à modifier l’adn de l’albumen (la graine) en y introduisant trois nouveaux gènes permettant la synthétisation du bêta-carotène.

Le riz transgénique, une alternative controversée

En 1999, l’annonce de l’obtention d’un riz génétiquement modifié capable de pallier les carences en Vitamine A, fait l’effet d’une bombe. Se posent alors les questions qui font polémiques. Doit-on laisser la porte ouverte aux biotechnologies végétales lorsqu’elles répondent à un problème sanitaire grave? Doit-on considérer les OGM comme un outil dans la lutte contre la malnutrition?
Le débat, houleux, oppose certains scientifiques et hommes d’Etats aux militants anti-OMG. Si les premiers arguent que le riz doré est une solution efficace face aux maladies liées aux carences en Vitamine A, les seconds s’insurgent face à cette alternative, jugée insatisfaisante, qui vise à redorer le blason d’une industrie dangereuse.
Car en effet, si le bêta-carotène contenu dans le riz doré permet un allègement des carences, il ne répond pas aux besoins journaliers en Vitamine A.
Une étude publiée par Greenpeace affirme que neuf kilos de ce riz seraient nécessaire par personne, et par jour pour un apport quotidien suffisant.  La première formule du riz doré est donc loin d’être une solution miracle.

C’est alors qu’intervient la société Syngenta, célèbre acteur de l’industrie biochimique, qui décide de financer les recherches sur le riz doré. En 2005, une nouvelle formule voit le jour, capable de synthétiser 23 fois plus de bêta-carotène que la précédente. Pour ses détracteurs, le problème que pose le développement du riz  reste le même. En effet, les cultures OGM représentent un risque élevé pour la santé et mets également à mal la biodiversité.

Si depuis la découverte du Golden Rice 2, seconde formule de la céréale transgénique, des cultures expérimentales ont été installées aux Philippines par l’IRRI, Institut International de Recherches sur le Riz, les militants anti-OGM n’ont pourtant pas dit leur dernier mot, à l’instar des activistes  Wilfredo Marbella et Bert Auter qui en août dernier détruisaient l’une des cinq plantations à l’essai.

Si le riz doré crée la polémique depuis près de trente ans, il continue de soulever de lourdes questions éthiques, dans les deux camps d’ailleurs

Rédaction: Manon Laplace

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