Trafic de pesticides interdits : la France ne fait rien

Successions de barils en métal
Trafic de pesticides interdits : la France ne fait rien
Par Manon Laplace publié le
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Les cultures françaises présentent des traces de pesticides interdits depuis des années. Dans l'hexagone, les trafics illégaux de produits phytosanitaires se développent, et les autorités agissent peu.

Acetamipride, Dicofol ou encore Endosulfan. Ces noms ne vous disent peut-être rien, pourtant, ces produits phytosanitaires sont présents dans de nombreux fruits et légumes, ce même s’ils sont interdits en Europe depuis des années. En France, on assiste au développement de réseaux illégaux d'importation de pesticides interdits, et les trafiquants sont rarement inquiétés.

Fin 2013, la Direction générale de l’alimentation du ministère de l’agriculture faisait paraître son rapport sur les substances chimiques contenues dans 546 fruits et légumes issus de cultures françaises. Sur les végétaux analysés, 10% comportaient des doses d’intrants supérieures aux limites maximales, ainsi que des résidus de substances non autorisées sur le marché européen.

Le rapport fait notamment état de traces d’Imidaclopride, de Pymétrozine, d’Acetamipride, de Dicofol ou d’Endosulfan dans un même échantillon de fraises. Un fait étonnant lorsque l’on sait que l’utilisation du dicofol est prohibée en Europe depuis 2010, ou que l’interdiction de l’endosulfan a été votée en 2005, avant que le produit soit inscrit sur la liste noire de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP) en 2011. “Certains agriculteurs se fournissent [à l'étranger] en produits phytosanitaires interdits, et notamment en Espagne, où, pendant des années, on a beaucoup utilisé l’Endosulfan dans les plantations de poivrons.” explique François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, association de défense de l’environnement.

Dans certaines régions frontalières, le trafic de produits non autorisés serait particulièrement important. Daniel Roques, président de l’Association des utilisateurs et distributeurs de l’agrochimie européenne, reconnaît ainsi qu’en Languedoc-Rousillon, l'importation de produits phytosanitaires représente 70% du marché total, évalué à trente millions d’euros. Et si la majorité de ces pesticides importés seraient conformes à la réglementation française, certains produits vendus par dérogation à l'étranger, en Espagne notamment, passent la frontière et sont utilisés en France, où ils n'ont pas d'autorisation de mise sur le marché.

Mais ces trafics sont peu sanctionnés. En 2013, un réseau de trafiquants qui importaient du Carbofuran depuis l'Espagne avait été démantelé à Albi. L'un des agricuteurs reconnus coupables avait alors écopé d'une amende de 2 100 euros, quand le Code Rural prévoit jusqu’à six mois d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Encore en 2013, un viticulteur audois avait été condamné à deux mois de prison avec sursis et 1000 euros d’amende pour avoir transporté et utilisé des intrants interdits en France.

Des sanctions bien légères quand on connaît les risques sanitaires que présentent ces produits et les profits que font certains trafiquants (plus de 16 000 euros de bénéfices pour l’agriculteur albigeois condamné). Mais les procédures d’inspection sont encore marginales et le système de répression inefficace, faut d'une réglementation pertinent et du fait d’un manque de budget et de personnel. En 2012, la Direction générale de l’alimentation du ministère de l’agriculture a assuré un taux de contrôle de seulement 0.2 %.

Rédaction : Manon Laplace
 

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