San Francisco fait le pari fou du zéro déchet

Baie de San Francisco et Golden Gate Bridge
San Francisco veut atteindre le zéro déchet d'ici à 2020
Par Manon Laplace publié le
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Avec 80 % de déchets recyclés ou compostés et un objectif zéro gâchis pour 2020, San Francisco est en passe de devenir la première grande ville “zéro déchet”. Bio à la une fait le point sur les mesures qui pourraient permettre de cesser l’activité des décharges et incinérateurs de la métropole californienne.

San Francisco veut devenir une ville “zéro déchets” d’ici à 2020. En 2002, la municipalité lance le Zero Waste Plan, à savoir le plan zéro gâchis, suite à un constat simple : plus de la moitié des ordures produites pourraient être réutilisées. Si la Californie s’était fixé pour objectif de réduire de moitié l’incinération des déchets à l’échelle de l’État, San Francisco a fait le pari du 100 %. “ Nous nous sommes mis d'accord sur l'objectif ambitieux du zéro déchet puis sur une date à la fois assez lointaine pour nous donner les moyens de l'atteindre mais aussi assez proche pour que tout le monde se sente aussitôt concerné ”confie Jared Blumenfeld, directeur régional de l’Agence de protection environnementale (EPA) et ancien directeur du département de l’environnement de San Francisco, au journal Le Monde.

Rendre le tri obligatoire

En 2009, la ville rend le tri obligatoire pour les San Franciscains. Chaque foyer dispose alors de trois poubelles. Une verte pour les déchets organiques destinés au compostage, une bleue pour les recyclables et une noire pour le reste. Pour rendre le dispositif plus incitatif, la ville permet aux bons trieurs de réduire leurs factures. Plus la poubelle noire est pleine, plus la facture est élevée. Des contrôles réguliers sont effectués par des agents en charge afin d’éviter les fraudes et de s’assurer que les bacs destinés au recyclage et au compost contiennent les bons déchets, sans quoi le riverain risque un malus.

Bannir bouteilles et sacs en plastique

En 2007, la ville décide de supprimer les sacs plastiques des supermarchés, proposant à la clientèle des sacs en papier payant ou des sacs plastiques compostables. Après cette mesure, qui permet une réduction notable des déchets urbains, la municipalité de San Francisco s’attaque aux bouteilles d’eau en plastique, coûteuses et polluantes. En mars 2014, la ville en interdit la vente et la distribution dans l’espace public, et prévoit l’installation de fontaines et la mise à disposition de gobelets biodégradables destinés à être compostés. Écologique et économique, cette mesure permet de minimiser l’exposition des habitants à certains composés comme les phtalates, contenus dans le plastique et qui nuisent au bon fonctionnement du système hormonal. Pour David Chiu, conseiller municipal à l’origine de la mesure, l’interdiction pourrait, à terme, devenir globale.

Favoriser un urbanisme responsable

En plus de s’en prendre aux déchets domestiques, le conseil municipal de San Francisco a décidé de revoir son modèle de construction, notamment par le biais d’une gestion durable des détritus liés au bâtiment et travaux publics. Ainsi, la ville impose 65 % de recyclage du béton, du métal ou du bois employé par les constructeurs. En outre, certains travaux publics comme le revêtement de la chaussée doivent n’utiliser que des matériaux issus du recyclage.

À priori, le démarche porte ses fruits. Selon Jared Blumenfeld, une meilleure gestion des déchets permettrait des économies aux habitants comme à la ville. L’exemple est flagrant avec l’hôtel Hilton de la ville, qui a servi d’expérimentation. En un an, le nouveau système de tri aurait fait économiser 200 000 dollars (soit 145 000 euros) à l’établissement. Non seulement le ramassage est adapté aux différents types de détritus, mais leur traitement revient également moins cher. Plus encore, les matériaux issu du recyclage ou du compostage sont revendus et favorisent l’activité locale.


Le tri sélectif en France : Selon l'Observatoire du geste de tri, dont le rapport a été publié vendredi 20 juin, 87 % des Français trient leurs déchets de manière occasionnelle, er 44 % d'entre eux le font de manière systématique. 67 % des emballages ménagers seraient ainsi recyclés chaque année, quand les objectifs du Grenelle de l'environnement prévoyaient le recyclage de 75 % des déchets dès 2012.

 

Rédaction : Manon Laplace

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