Bien manger pour réussir : Guillaume Néry, champion du monde d’apnée et adepte du bio

Guillaume Néry, champion du monde d'apnée en poids constant
Bien manger pour réussir Guillaume Néry, champion du monde d’apnée et adepte du bio
Par Manon Laplace publié le
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Interview menée par Mathieu Doutreligne et Manon Laplace pour Bio à la Une.

À 32 ans, Guillaume Néry a battu quatre fois le record du monde d’apnée en poids constant. Ancien champion du monde, ce Niçois d’origine plonge en apnée jusqu’à 125 m de profondeur à la seul force de ses palmes. Grand adepte du bio, du local et du bien manger, Guillaume Néry revient pour Bio à la Une sur son rapport à la mer, à son corps et l’importance de l’alimentation dans l’exercice de la plongée en apnée à haut niveau. Des voyages en eaux profondes qu’il vit comme des expériences introspectives, durant lesquelles il prend conscience de son organisme et de son rapport à la mer, élément qu’il a fait sien en près de 20 ans de pratique. 

Bio à la Une : Vous avez commencé l’apnée à la suite d’un défi lancé par un copain de classe lors d’un trajet en bus. A quel moment cela a-t-il cessé d’être un jeu ?

Guillaume Néry : J’ai eu le déclic vers 15 ans, lorsque de petits jeux ici et là je suis passé à la pratique dans l’eau. J’ai immédiatement senti que deviendrait une obsession. Pratiquer l’apnée sous l’eau m’a offert des sensations auxquelles je n’avais jamais goûté : j’ai senti que mon corps pouvait s’adapter à un milieu inconnu.

Bio à la Une : Quelles sensations éprouvez-vous lors de vos plongées ?

G. N. : L’expérience de l’apnée pour le grand public est stressante, désagréable. Par réflexe, on lutte contre cet élément qui nous empêche de respirer. Pour moi, la clé c’est le lâcher prise, le relâchement. Par là on accède à des sensations de bien-être extraordinaire. Tout ralentit, même le mental, comme si le temps s’arrêtait. C’est pour moi une échappatoire nécessaire dans cette société où tout va très vite et où l’on est connecté en permanence.

Bio à la Une : Faire de l’eau votre environnement vous a-t-il rendu écolo ?

G.N. : Complètement. Tous les apnéistes développent une forme de conscience écologique. Il ont un autre regard sur l’environnement marin. Ça commence par un émerveillement. On apprend à aimer la mer. Puis à la respecter. On cherche forcément à protéger ce que l’on aime non ?

Bio à la Une : Vous plongez depuis plus de 20 ans. Selon vous, la pollution croissante des océans et l’épuisement des ressources sont-ils notables ?

G. N. : Ce sont des changements que j’observe peu. Les profondeurs sont sans doute moins épargnées, mais j’ai conscience que les ressources marines s’épuisent, notamment à cause de certaines pratiques de pêche comme le chalutage qui ravagent les fonds marins. Je préfère donc aller chasser moi-même mon poisson au harpon plutôt que d’acheter le leur. Je réalise que l’on a les moyens d’agir quand je vois les résultats obtenus dans les réserves où la pêche est interdite. J’adore y plonger. Elles témoignent de ce qu’était la mer avant le développement à outrance de l’activité humaine. Quoi qu’il en soit, je suis convaincu que c’est nous qui paierons le prix de tout cela. C’est terrible de voir des milieux s’appauvrir et des espèces s’éteindre. Je pense que la nature reprendra le dessus et nous survivra, quels que soient les dommages qu’on lui aura infligé.

Bio à la Une : Pratiquée au plus haut niveau, quel mode de vie votre discipline vous impose-t-elle ?

G.N. : C’est un travail de fond. Que je sois en compétition ou en vacances, mon mode de vie est le même : j’ai une activité physique régulière et j’ai une alimentation basée sur des produits de qualité. J’essaie d’avoir un équilibre sur le long terme, mais je ne me prive pas, je ne veux pas avoir une vie de moine. Je fais la fête quand j’en ai l’occasion et j’aime manger de bons plats. Tout est question de modération.

Bio à la Une : En quoi consiste votre routine alimentaire ?

G.N. : Je mange essentiellement des fruits et légumes bio produits à moins de 5 kilomètres de chez moi que j’achète dans une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne -ndlr). Je cuis tout à la vapeur pour préserver les qualités des produits, et je ne mange quasiment rien qui soit transformé. Ce sont des habitudes qui se sont installées progressivement. Ma compagne est originaire de la Réunion et a toujours cuisiné des produits naturels, locaux. Une habitude que nous avons gardée ensemble. Ce n’est ni une privation ni une obligation pour moi. J’expérimente différentes pratiques alimentaires pour en comprendre les effets sur mon organisme. L’année passée, j’ai par exemple jeûné un jour par semaine pendant environ quatre mois.  Il y a quelques années j’ai aussi testé le régime Seignalet (régime alimentaire basé sur une approche ancestrale de la nutrition - ndlr), par curiosité. Mais il était trop restrictif pour que je l’adopte définitivement. J’en ai quand même conservé quelques principes : j’évite au maximum les produits laitiers que je remplace par des protéines végétales.

Bio à la Une : Pensez-vous que votre alimentation influe sur vos performances ?

G. N. : J’ai toujours veillé à bien manger, donc manger bio n’a pas entraîner de revirement soudain. Ce qui est sûr c’est que l’apnée m’oblige à être à l’écoute de mon corps. C’est un sport très introspectif. Et je pense que l’alimentation est étroitement liée à la façon dont on perçoit son corps. Une bonne alimentation permet un meilleur entraînement physique et une bonne récupération. Lorsque l’on s’entraîne une à deux fois par jour, les repas ont une importance capitale pour recharger.

Bio à la Une : Avez-vous des aliments fétiches ?

G. N. : Je suis un adepte de la spiruline, qui est une algue particulièrement nutritive. Je l’achète chez mon herboriste qui se fournit directement chez le producteur. À chaque repas, j’agrémente mes plats de gomasio (mélange de sésame grillé et de sel marin - ndlr). Je consomme aussi beaucoup de protéines de chanvre pour m’assurer un bon apport protéique. C’est essentiel lorsque l’on est sportif de haut niveau. Je suis aussi un grand consommateur de miel de ma région !

Bio à la Une : Quels sont vos projets pour la suite ?

G. N. : Je prépare les championnats du monde en septembre 2015. Et je prépare aussi un documentaire pour le ciné que je commencerai à tourner l’an prochain. Il s’agira d’une version filmée de mon livre. Pour retranscrire ma vision de ce qu’est l’aventure d’une plongée en profondeur.

 

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