Troquer des graines pour préserver les fruits et légumes anciens

Graines tenues au creux des mains
Troquer des graines pour préserver les fruits et légumes anciens
Par Manon Laplace publié le
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Face à un système agricole intensif et standardisé, les bourses aux semences proposent des trocs de graines pour lutter contre la disparition des fruits et légumes anciens.

Depuis un siècle, le système agricole de masse a pris le pas sur l’agriculture paysanne. Dans un souci de productivisme, d’efficacité, de compétitivité, de distribution à grande échelle et à bas coût, les fruits et légumes se sont normalisés et les variétés paysannes se sont faites plus rares, laissant place à des produits plus homogènes. Résultats : 75 % des variétés de plantes ont disparu en un siècle.

Les grainothèques pour échanger et mutualiser les semences

Par volonté de revenir à une agriculture plus traditionnelle, certaines associations tentent de réhabiliter les variétés anciennes de fruits et légumes menacés de disparaître. C’est ainsi qu’est née l’association Graines de troc.

La plateforme, qui affiche pour objectif premier la défense de la diversité génétique des plantes, propose des d’échange de graines viables, non OGM, souvent introuvables dans le commerce. Car 70 % des semences mises sur le marché par l’Union Européenne sont des espèces hybrides, non reproductibles pour la plupart.

Les grainothèques s’accompagnent d’une mutualisation des savoir-faire au travers de fiches didactiques ou de journées de formation : redécouvrir des graines oubliées, apprendre à reproduire ses semences ou à réaccorder les cultures et leur milieu. Car les semences standardisées nécessitent des modes de cultures standardisés. Sans prendre en compte la spécificité des terroirs. Or, une culture mieux adaptée à son milieu nécessite moins d’intrants tels que les engrais chimiques ou les pesticides.

Un pied de nez à l’industrie semencière

La notion de troc a une importance particulière dans ce genre d’initiative. Il s’agit de prendre le contre-pied de l’industrie semencière, qui a généralisé les semences hybrides (qui sont, rappelons-le, non reproductibles). Et de rendre son autonomie au jardinier à qui l’on vend des semences brevetées - et peu variées - qu’il sera contraint de racheter à chaque saison.

D’autant que les agriculteurs se heurtent à une législation qui rend le commerce de certaines variétés de végétaux illégales, afin de ne pas concurrencer le développement et le commerce des variétés standards. Le catalogue du Comité technique permanent de la sélection des plantes cultivées (CTPS), créé en 1942, définit les variétés de fruits et légumes jugées cultivables. Catalogue qui exclut nombre de variétés anciennes, les vouant à disparaître. D’autant que la commercialisation des plantes non inscrites au catalogue du CTPS est interdite. C’est pourquoi les associations qui luttent contre l’effondrement de la diversité génétique des plantes refusent toute forme de monétisation et font le pari du troc.

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