Biodiversité : le prix de la nature

Par bioalaune publié le
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  Les négociations internationales sur la biodiversité débutent ce lundi à Nagoya, au Japon, jusqu’au 29 octobre. Un sommet du vivant, comme il y a des sommets climat, mais celui-ci n’a lieu que tous les 2 ans depuis 1992. 193 pays sont membres de la convention pour la diversité biologique. Les enjeux de ce sommet sont écologiques, diplomatiques et surtout économiques


"2010 année internationale de la biodiversité", c’est finalement une promesse non tenue. En 2002, les pays européens s’étaient engagés à stopper l’érosion du vivant d’ici 2010. Que ce soit la liste rouge des espèces menacées ou le bon état de santé des milieux naturels, les indicateurs ne manquent pas pour montrer l’échec de cet engagement.
Les forêts ont complètement disparu dans 25 pays du monde, 50% des zones humides ont été asséchées, 30% des récifs coralliens sont impactés par la pollution, la pêche ou le blanchiment du corail.
 


A Nagoya, les Etats pourraient dessiner les contours d’un protocole international pour organiser l’accès et le partage des avantages de nos ressources naturelles. Un protocole qui doit aussi assurer la conservation des écosystèmes.
Par exemple : une entreprise privée a créé et vendu une crème hydratante à partir d’une plante prélevée dans une forêt. Comment redistribuer aujourd’hui les bénéfices de cette vente aux populations de la forêt concernée ? Et il y a de multiples questions sur lesquelles il faut se mettre d’accord : comment déterminer la population avec qui partager ces bénéfices ? Comment calculer ces bénéfices ? Partage-t-on seulement de l’argent ou également des connaissances, de la formation scientifique, du matériel ? A qui appartiennent les espèces ? La nature est-elle à vendre ?


Certains économistes se sont lancés dans l’estimation des services rendus par la nature. Par exemple si la pollinisation de nos cultures, notamment de nos fruits, nos légumes et nos céréales, n’était plus assurée par les abeilles, cela coûterait plus de 150 milliards aux pays.

Mais cette estimation économique inquiète certaines associations écologistes, comme les Amis de la Terre. Une fois qu’une valeur aura été donnée à une ressource ou à un service, elle pourra faire l’objet de spéculation. Tout le monde n’y aura pas forcément accès. Certains acteurs économiques sont persuadés que la préservation de certains écosystèmes dégagera de la valeur, ils investissent donc dans la préservation de certains milieux pour en faire des produits financiers ensuite. Aux Etats-Unis, il existe 400 bio banques. La France vient de se lancer dans ce type d’actions. La caisse des dépôts et consignations a créé il y a deux ans une filiale, "CDC biodiversité". Elle s’est lancée dans la création d’une réserve d’actifs naturels près de Marseille à Cossure. 357 hectares de vergers transformés en cossouls : une steppe méditerranéenne de plaine particulièrement menacée.
 

Les enjeux diplomatiques de Nagoya, eux, ressemblent beaucoup à ceux du climat. Les pays du Nord ont beaucoup d’avantages et les pays du Sud pâtissent de la détérioration de leur biodiversité ou du manque de moyens pour la préserver. Si bien qu’ils réclament de multiplier par 10 voire par 100 l’aide au développement pour réparer l’injustice. Les Etats-Unis n’ont pas ratifié la convention pour la diversité biologique, cette négociation financière pèse donc principalement sur les épaules de l’Europe.
 

Les pays n’ont pas forcément attendu des dispositions internationales pour avoir une législation en matière de biodiversité. En France par exemple, la loi de 1976 prévoit qu’une autoroute, une zone d’activités étudie son impact sur l’environnement, le limite au maximum, voire compense l’impact résiduel. Or aujourd’hui l’application de la loi est insatisfaisante.

Pour le Medef, il faut faire le ménage dans les bureaux d’études d’impact, voire les certifier. Il faut aussi mieux prendre en compte cette donnée à la base des projets et pas a posteriori. La loi Grenelle 2 avec l’élaboration d’une trame verte : les chemins écologiques pris par les espèces avance aussi dans ce sens. Les associations regrettent aujourd’hui que cette trame verte ne soit pas opposable. C’est-à-dire que le passage d’espèces n’empêche pas la construction d’une rocade ou d’une zone commerciale. Le grand hamster d’Alsace aurait pu en bénéficier pour stopper le projet de contournement routier de Strasbourg...
 

Anne-Laure Barral

 
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