Perturbateurs endocriniens : les critères européens sont insatisfaisants

Un tracteur verse des pesticides dans un champ
Perturbateurs endocriniens : les critères européens sont insatisfaisantes
Par Elodie Sillaro publié le
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La Commission Européenne a enfin établi une liste de critères qui caractérisent les perturbateurs endocriniens dans le domaine des pesticides. Une définition qui fait polémique car jugée décevante pour les ONG de protection de l’environnement.

Attendue depuis deux ans, la proposition de Bruxelles concernant les critères définissant la notion de perturbateur endocrinien, substances chimiques toxiques présentes dans de nombreux produits du quotidien, a enfin été dévoilée lors d’une conférence de presse. Mais, cette publication tardive ne satisfait ni les défenseurs de la protection de l’environnement ni les industriels. Cette définition était très attendue pour permettre d’encadrer ces substances dans le cadre de leur utilisation dans les pesticide, les biocides (herbicides, fongicides) et d’autres produits utilisés dans la vie de tous les jours (plastique, produits d’hygiène et cosmétique).

Une réponse tardive et insatisfaisante

Fin 2015, la Commission avait été sanctionnée par la Cour européenne de justice pour son retard de publication des critères de définition de ces substances. Or, ces dernières sont fortement soupçonnées de perturber le fonctionnement hormonal et de conduire à des pathologies et des dysfonctionnements du métabolisme chez l'homme et l'animal. Lors d'une conférence de presse, le commissaire européen à la Santé, Vytanis Andriukaitis, a proposé qu'un perturbateur endocrinien soit défini comme une substance ayant des effets indésirables sur la santé humaine et qui agit sur le système hormonal, et dont le lien entre les deux est prouvé.

Trois critères ont donc été retenus pour définir un perturbateur endocrinien dans le domaine des pesticides:
1. l’effet préjudiciable avéré sur la santé humaine,
2. le mode d’action endocrinien (perturbateur hormonal),
3. le lien entre l’effet indésirable et le mode d’action.

Mais, les ONG jugent ces critères décevants et se sont insurgés contre la Commission européene qui se fonde uniquement sur la seule toxicité observée chez l’homme. Pourtant, des préjudices sur les animaux sont souvent annonciateurs de préjudices chez l’être humain.

Débat chez les ONG et les industriels

Le principe de précaution n’est pas pris en compte: “Normalement, on regarde non seulement toutes les preuves trouvées sur les humains mais aussi ce qui se passe chez les animaux, soit sur un rongeur dans un laboratoire soit dans la nature”, a expliqué Lisette Van Vliet, de l'Alliance Santé et Environnement HEAL, un collectif de 70 ONG. En effet, si les effets indésirables d'une substance sont observés chez les animaux mais pas chez l'homme, celle-ci ne peut être classée comme perturbateur endocrinien selon les critères de Bruxelles.

Du côté des industriels, l'association européenne de l'industrie phytosanitaire (ECPA) a jugé que ces critères dne permettaient pas de différencier les substances "vraiment nocives [de] celles qui ne posent aucune menace à la sécurité des humains".

Des passe-droits des industriels

En pleine polémique sur le glypohsate, les ONG environnementales redoutent les passe-droits sur les substances suspectées d’être des perturbateurs endocriniens, avec un tel niveau de preuves exigées. Elles craignent également les dérogations sur des produits contenant des substances en quantité négligeagle alors que la problématique des perturbateurs endocrniens résident dans leur effet cocktail
 

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