La pierre d'alun, une pierre pas toujours naturelle

une pierre d'alun sur une ardoise
La pierre d'alun, une pierre pas toujours naturelle
Par Elodie Sillaro publié le
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Lorsqu’on souhaite se tourner vers des produits d’hygiène naturels, on pense à la pierre d’alun dotée de propriétés désodorisantes. Mais peut-on avoir totalement confiance en une pierre qui contient de l’aluminium ?  Bio à la Une a mené l’enquête.

Après les révélations des cosmétiques contenant des pesticides, des produits allergènes et des perturbateurs endocriniens, on est en quête de produits naturels. Sans parfum, hypoallergénique, économique, écologique et surtout d’origine naturelle, la pierre d’alun a tout pour plaire et semble être une alternative parfaite au déodorant. On lui confère des propriétés astringentes, antiseptiques et anti-transpirantes. Elle laisse un fin film transparent qui fait barrière aux mauvaises odeurs et au développement des bactéries sans boucher les pores.

Alors que de nombreux déodorants utilisent des composants chimiques comme l’aluminium (neurotoxiques et soupçonné d'être à l'origine de cancers), l'aluminium de la pierre d’alun serait, lui, sans danger car il ne passerait pas la barrière cutanée. Il ne comporterait donc pas de risques de cancer du sein par exemple.

Le mythe de la pierre d’alun naturel

La pierre d’alun à l’état brut n’existe pas. Elle peut provenir de certaines roches qui en contiennent naturellement: l’alunite (source traditionnelle), l’alum-K (source plus rare) et la kalunite (encore plus rare). Après extraction de la roche dans les mines, elle doit subir une transformation : les minéraux sont séparés et recristalisés pour obtenir la pierre d’alun. Rien de bien naturel ni d’écologique quand on voit les photos d’extractions minières en Chine et les pollutions qu’elles engendrent.

Un choix qui n’est pas sans risque

Il existe plusieurs types de pierre d’alun n(aturelle ou synthétique) qui subissent toutes un procédé de transformation mais plus ou moins naturel (avec ou sans produit chimique):

  • La pierre d'alun naturelle : Extraite de l'alunite et composée de potassium d’alum, élément provenant de la nature. Elle est purifiée et recristallisée avant d’être mise sur le marché. On la reconnaît par son aspect final plus ou moins translucide.
  • La pierre d'alun “d’origine naturelle”: Elle obtenue après avoir subi plusieurs procédés chimiques. C’est la majorité des pierres d’alun vendues sur le marché. Obtenue à partir d’alun de potassium synthétisé, elle est opaque et toujours sous la même forme dans le commerce. Elle est un peu plus blanchâtre car il reste dans le produit synthétisé un peu d’hydroxyde d’aluminum.
  • La pierre d'alun synthétique: Elle est composée d'ammonium d'alun et fabriquée, à bas coûts, par les industries chimiques asiatiques. Elle en ressort très opaque et blanche. Certaines sont même produites à partir de sulfate d’ammonium obtenu par synthèse, sous-produit de l’industrie chimique du nylon. Elles n’ont donc rien de naturelles et sont mêmes très dangereuses pour la santé.

Des labels certifiants

“La mention seule de Potassium alum ne garantit pas l’origine “naturelle” du produit” rappelle Emmanuel Bardin, directeur d’Allo Nature, qui commercialise une pierre d’alun certifiée 100% naturelle. Pour lui, “la meilleure alternative est la pierre d’alun kaluniteTM (pierre issue de potassium naturel garanti sans hydroxyde d’aluminium)". Certifiée Écocert et 100% d’origine naturelle, elle est originaire du Panama.

Betty Santonnat, Directrice du Développement de Cosmebio ® (label de cosmétique écologique, biologique et naturel) rappelle qu’entre une pierre d’alun naturelle et une pierre d’alun d'origine naturelle, il y a une étape supplémentaire de transformation. Les pierres conformes aux cahiers des charges Cosmebio ® ont été extraites via un procédé de lixiviation vérifié qui n’engendre pas de pollution. De son côté Écocert (Organisme de certification biologique) certifie les pierres d’alun de potassium qui respectent également leur cahier des charges.

“Il n’y pas de production d’alun en France” explique Romain Biolay, gérant des laboratoires Osma qui nous explique s’approvisionner en Turquie et en Chine dont la production répond à toutes les exigences de la réglementation en vigueur et est certifiée NAT (Cosmétique Naturelle). Ses pierres d’alun ne subissant aucune transformation chimique.

Optez pour d'autres alternatives

En 2011, l’Agence nationale de santé et du médicament (ANSM) restreignait le seuil d’aluminium contenu dans les cosmétiques à 0.6%. L’évaluation du risque “ne prend pas en compte non plus l’exposition totale aux divers produits cosmétiques susceptibles de contenir de l’aluminium, les conclusions adoptées sont donc susceptibles d’évoluer par la suite”.  Un effet “cocktail” non pris en compte par les autorités sanitaires et une étude qui remonte à plusieurs année.

Même si les études des labels montrent que les composés chimiques de la pierre d'alun sont stables et que l'aluminium ne peut pénétrer l'épiderme, l'Association santé environnement (ASEF) rappelle qu"il faut rester prudent car à ce jour, aucune étude scientifique sur la pierre d’alun naturelle n’a montré son innocuité ou sa toxicité".

La Slow Cosmétique (une cosmétique plus naturelle) continue de recommander la pierre d'alun mais avec mesure et propose de se tourner plutôt vers les déodorants solides ou liquides qui portent la mention Slow Cosmétique. Pour des raisons écologiques et de santé, le mieux est encore d'opter pour des déodorants bio ou bien de faire son propre déodorant (recette maison ici)

Recette de Julien Kaibeck, fondateur de la Slow Cosmétique:

 

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La rédaction vous propose une sélection de déodorants bio :

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