Scandale des boues rouges: des déchets toxiques déversés en toute légalité

des boues rouges dans les Calanques de Marseille
Scandale des boues rouges: des déchets toxiques déversés en toute légalité
Par Elodie Sillaro publié le
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Des déchets toxiques renfermant dans les métaux lourds sont déversés en toute légalité dans les eaux du Parc National des Calanques. Des citoyens se sont mobilisés pour dénoncer ce scandale et ont lancé une pétition.

Vendredi dernier sur France 3, l’équipe de Thalassa a diffusé un reportage sur le scandale des boues rouges. Leur enquête révèle comment une entreprise rejette des déchets toxiques dans le Parc National des Calanques (entre Marseille, Cassis et La Ciotat) mettant en danger la mer Méditerranée. Suite à ce scandale, de nombreuses associations et citoyens se sont mobilisés et une pétition a été lancée.

Qu’est-ce que les boues rouges ?

Les boues rouges sont des résidus issus de l'extraction d'alumine à partir de bauxite qui permettent notamment d’obtenir l’aluminium. Cette masse orangée - dont la couleur est liée à l’oxyde de fer - tapit le fond de la mer Méditerranée dans le Parc national des Calanques. Créé en 2012, ce havre de paix préserve l’écosystème méditerranéen et abrite des dizaines d’espèces marines protégées.

Ces boues rouges qui renferment de nombreux métaux lourds (arsenic, fer, mercure, silice, titane etc.) se trouvent à 320 m de profondeur et à 7 km du rivage. Elles proviennent de la petite ville de Gardanne, où se trouve l’usine d’Alteo qui les rejette. Le groupe Alteo est le premier producteur au monde d’alumines de spécialité qui sert, entre autres, à la composition de céramiques pour l’électronique et d’écrans à cristaux liquides.

Un écosystème touché et des habitants intoxiqués

Une étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), réalisée à la demande du ministère de l'Environnement fin 2015, a confirmé l'impact des rejets sur les poissons et crustacés à proximité du littoral entre Marseille et La Ciotat.

Dans le reportage de France 3, les chercheurs de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIR) alerte sur des taux de radiation "6 fois supérieur au niveau naturel". Pendant plus de dix ans, les habitants de la côte ont donc consommé des produits de la mer contaminés et se sont baignés dans une eau polluée. Certains ressortant même de l’eau avec des traces rouges sur le corps.

Suite à la diffusion de ce reportage, de nombreux citoyens et associations se sont mobilisées pour dénoncer la toxicité et la radioactivité de ces boues rouges. Une pétition qui demande l’interdiction des rejets toxiques en mer au coeur du Parc des Callanques a été mise en ligne sur le site Change.org.

Une pollution autorisée par la Préfecture de Marseille

Pour produire 500 kg d’alumine, il faut chauffer une tonne de bauxite (roche qui donne sa couleur orangée à la boue). Les 500 kg restants sont des déchets, à l’origine des boues rouges. La société Alteo avait l’autorisation de les déverser directement dans la mer grâce au pipeline.

Suite à une interdiction en 2014, l’usine a mis en place un système de filtrage qui sépare la partie solide (désormais recyclée) de la partie liquide des rejets. Ce qui lui a permis d’obtenir une dérogation de la part de la Préfecture pour continuer de relâcher les boues rouges dans la mer. Mais quelques mois après la mise en place du filtrage, l'usine a été mise en demeure suite aux dépassements des plafonds autorisés en mercure, zinc et antimoine. Des nouveaux contrôles sont attendus d’ici fin septembre.

© Photo AFP / Christine Poujoulat

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