Cash investigation : vous ne mangerez plus votre jambon de la même façon

du jambon industriel Herta
Cash investigation : Vous ne mangerez plus jambon de la même façon
Par Elodie Sillaro publié le
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Dans son dernier numéro diffusé mardi 13 septembre sur France 2, Cash Investigation a ouvert les portes de l’industrie agroalimentaire et notamment les usines de charcuterie. Pendant un an, l’équipe de journaliste ont notamment enquêté sur le jambon industriel et à ce qui lui donne sa couleur rose bonbon.

La couleur rose du jambon n’est pas naturelle, elle est due à un additif alimentaire connue sous l’appellation E250 : le sel nitrité, un mélange de sel et de nitrite de sodium. Avant la cuisson, la viande est piquée pour y injecter le sel nitrité et conserver sa belle couleur rosée qui lui donne un aspect de fraîcheur. Sans nitrite, la viande saurait une couleur grisée ou marronnée après cuisson comme le rôti de porc. Sans cette couleur rose, personne n’achèterait de jambon.

Le nitrite, un additif cancérogène

Cet additif alimentaire est suspecté de jouer un rôle dans le développement d’un des cancers les plus répandus, le cancer colorectal. En effet, les molécules de nitrite réagissent avec les protéines de la viande. Cette réaction chimique donne lieu à des nitrosamines, des composés chimiques extrêmement dangereux et génotoxique, c’est-à-dire qu’elles peuvent causer des lésions et des mutations ADN en « casser » la structure des cellules et ainsi favoriser le développement de cellules cancéreuses. Les nitrites peuvent donc être des substances cancérogènes. D’après les scientifiques, ce genre de dégât peut apparaitre très rapidement lors d’une consommation importante de viande.

Dès 2006, l’OMS classe les nitrites comme agents probablement cancérogènes. Si cet additif était enlevé des produits alimentaires, cela diminuerait le nombre de cancers colorectaux et donc de morts. D’après les industriels et notamment Arnaud de Belloy - le PDG d’Herta , le nitrite est utilisé pour éradiquer la toxine botulique de la viande, une bactérie à l’origine du botulisme (une toxi-infection alimentaire responsable de paralysies musculaires). L’argumentation tombe à l’eau : Au Danemark, des charcuteries industrielles sont fabriquées sans nitrite et aucun cas de botulisme n’a été recensé dans le pays durant les 30 dernières années.

Et le bio dans tout ça ? On vous conseille de bien lire les étiquettes ! Généralement le bio n'a pas recourt aux additifs alimentaires mais certains fabricants utilisent tout de même du sel nitrité. D'autres marques comme Rostain Bio et Bio-Verde proposent des charcuteries et salaisons sans sel nitrité !

Quand les industriels freinent les décisions de santé

Les étiquettes nutritionnelles apposées sur les produits alimentaires sont aujourd’hui incompréhensibles : tableau, chiffres et vocabulaire obscure pour les consommateurs. La France est le premier pays à vouloir expérimenter des logos « synthétiques » avec des couleurs et des lettres pour informer de la qualité nutritionnelle d’un produit. La ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine pilotait ce projet mais la simplification des étiquettes nutritionnelles n’est pas du goût des industriels. Avec les pastilles de couleur, ce n’est plus la marque, les promotions ou la publicité qui influence le consommateur. Les industriels se font la guerre des prix, jamais de la qualité d’un produit. Ils mènent donc une guerre sans merci pour conserver un maximum d’opacité. En ce mois de septembre, un test grandeur nature doit être lancé dans les supermarchés, on y retrouvera plusieurs affichages dont celui plébiscité par celui des industriels, qui ressemble excessivement à ce qui se fait déjà.

Invitée sur le plateau de Cash Investigation, une députée européenne a lancé une pétition pour la mise en place du codage des étiquettes en 5 couleurs.

Business contre santé

Alors que le surpoids et l’obésité est un véritable fléau de santé publique et qu’ils représentent le cinquième facteur de risque de décès au niveau mondial, les lobbies industriels entravent les avancées scientifiques en matière de santé et d’alimentation. Coûte que coûte, les géants de l’industrie défendent ardemment leurs intérêts. Une grande partie de l’industrie de la viande repose d’ailleurs sur des collaborations avec des scientifiques qui gagnent davantage d’argent ainsi qu’avec leurs publications. Ils manipulent la science dans le but de sauver des profits et ceci, au détriment de vies humaines.

Et si certains scientifiques refusent de jouer le jeu, ils sont manipulés, décrédibilisés voire même menacés. Mais les industriels n’en restent pas là et approchent aussi les politiques pour assurer leurs affaires par tous les moyens. Des stratèges si bien ficelés qu’on retrouve parfois les arguments des industriels dans les amendements de loi.

 

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