Cultiver bio, est-ce uniquement se passer de pesticides ?

Champ de blé en pleine campagne
Cultiver bio, est-ce uniquement se passer de pesticides ?
Par Mathieu Doutreligne publié le
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Pour certains, le bio c’est ce petit logo AB qu’on retrouve en magasin sur les produits issus de l’agriculture biologique. Pour d’autres, le bio c’est bien plus que cela...

Jacques Caplat, ingénieur agronome et expert en agriculture biologique, a répondu à nos questions lors de La Bio dans les Étoiles. Il explique pourquoi et comment la bio va beaucoup plus loin que “simplement” enlever la chimie des champs. Selon lui, le modèle bio s’avère être une véritable restructuration profonde de la société.

Remarque : lorsque les experts ou les professionnels parlent du bio, il parle plutôt de la bio au féminin, faisant référence à l’agriculture biologique. Le bio, au masculin, est davantage utilisé par les consommateurs qui l’associent aux produits bio.

“Pour moi, la bio n’est pas un modèle, mais une démarche. Quand je dis pour moi, je pense à ses fondateurs. L’agriculture biologique a été inventée en Europe au début du XXe siècle par Ehrenfried Pfeiffer et Sir Albert Howard. Ce sont les deux premiers à avoir vraiment expérimenté et écrit des livres sur le sujet. Pfeiffer a publié Fécondité de la terre en 1938 et Howard Testament agricole en 1940. Pour eux, la bio est vraiment une démarche de remise en lien de la société, du territoire et des techniques agricoles pour créer un organisme agricole équilibré.”

“J’insiste souvent sur ce point dans mes conférences. La bio est une démarche globale, absolument impossible à pratiquer sans cette vision. Penser que l’agriculture biologique est une technique où on enlève la chimie est vraiment n’avoir rien compris.”

“Penser que l’agriculture biologique est une technique où on enlève la chimie est vraiment n’avoir rien compris.”

“Penser bio, c’est sortir d’une démarche réductionniste qui réduit le monde à des modèles simples, qui croit que tout va être mis en équation en considérant l’environnement comme un adversaire. Penser bio, c’est aller vers une démarche inverse, qui considère la nature comme un allié, qui suppose que les choses sont en relation et non plus en opposition. C’est une démarche systémique ou holistique.”

“Le fondement de la démarche bio consiste recréer le lien entre société et territoire. Il faut mettre au coeur de la bio la création de cette relation société-technique-environnement où tout va ensemble. L’interaction est un mot important. Tout s’influence mutuellement.”

“Forcément, changer d’approche agricole signifie aussi changer d’approche sociale. Il faut redéfinir le vivre ensemble et les relations humaines. Puisque l’agronomie bio et basée sur la création de liens complexes, la vie bio est basée sur la création de liens sociaux complexes.”

“D’une certaine manière, la permaculture est la forme la plus aboutie de l’agriculture biologique.”

“D’une certaine manière, la permaculture est la forme la plus aboutie de l’agriculture biologique. Ses fondateurs se sont clairement situés dans ce courant sans prétendre avoir inventé autre chose. Ils ont essayé d’aller le plus loin possible dans la démarche bio. L’agroécologie selon Pierre Rabhi, Nature & Progrès ou Olivier De Schutter renvoie aux mêmes références. D’ailleurs, Fécondité de la terre est le livre de chevet de Pierre Rabhi, donc on parle bien toujours du même horizon.”

“Par contre, l’agriculture bio du règlement européen ressemble plutôt à un compromis politique, économique, social, à l’échelle d’un territoire limité qui est l’Europe, c’est-à-dire un tout petit bout du monde, à une époque limitée. C’est une agriculture sans chimie. C’est très loin du modèle que je défends, mais c’est une très bonne transition vers cette démarche-là.”

“Le défaut du règlement européen bio c’est de se limiter à la question chimie ou pas chimie et d’oublier l’aspect vision globale et le social. C’est pour cela que certains craignent une agriculture biologique industrielle qui pour moi n’est pas une bio, mais du "sans chimie industrielle".”

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