Ce chercheur marocain met au point un antibiotique aux huiles essentielles

Par Elodie Sillaro publié le
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Pour combattre la résistance aux antibiotiques, le chercheur en pharmacologie Adnane Remmal a peut-être trouvé la solution. Pour remédier à l’inefficacité de certains antibiotiques, le microbiologiste les associe à des huiles essentielles. Explications.

Ces dernières années, le monde scientifique s’inquiète de la résistance aux antibiotiques, véritable menace pour notre santé qui entraîne 25 000 morts chaque année en Europe. Le chercheur marocain, Adnane Remmal, a décidé de dédier toute sa carrière à la lutte contre l’antibiorésistance et s’est vu récompensé, jeudi 15 juin à Venise, du Prix européen de l'inventeur 2017 à l'Office européen des brevets. Inspiré des senteurs de sa ville natale au Maroc, il a mis en œuvre une idée brillante : celle d’utiliser les principes actifs des huiles essentielles pour lutter contre les bactéries.

Des principes actifs du thym et de l’eucalyptus

Au même titre que les épices, les plantes aromatiques sont utilisées dans la culture marocaine. Leurs principes actifs sont des armes pour lutter contre les bactéries et les parasites. Le pharmacologue a décidé d’en faire son arme. Mais pour soigner les patients, difficile de les utiliser seules sans effets secondaires indésirables. Adnane Remmal a donc décidé d‘associer les huiles essentielles aux antibiotiques pour bénéficier de leur synergie.

“Les antibiotiques sont comme une clé qui ouvre une serrure. Si un jour la bactérie subit une mutation qui fait en sorte que la clé ne rentre plus dans la serrure. La porte ne s’ouvre plus et la bactérie devient résistante [...] Les huiles essentielles, elles, sont comme des gros marteaux qui cassent les portes.”

En plus de lutter contre la résistance aux antibiotiques, les principes actifs des huiles essentielles détruisent efficacement les bactéries. C’est le cas du carvacrol, une molécule antibactérienne présente dans le thym, la marjolaine et l'origan. Le chercheur s'intéresse également à un autre principe actif extrait de l'eucalyptus.

Des huiles essentielles pour les animaux d’élevage

L’usage massif des antibiotiques pour les animaux d'élevage contribue à l'émergence de cette résistance et annoncent des prévisions alarmantes. L'organisation dédiée au bien-être des animaux de ferme, la CIWF dresse un tableau noir en novembre dernier : d'ici à 2050, une personne toutes les 3 secondes pourrait mourir à cause de leur inefficacité.

Adnane Remmal a donc créé des compléments alimentaires à base d’huiles essentielles pour booster la croissance des vaches et la qualité de la viande. "L’éleveur est ravi parce que ça marche beaucoup mieux que les antibiotiques, tout en coûtant beaucoup moins cher", explique le chercheur, tandis que le consommateur est ravi de savoir que la viande qu’il consomme n’est plus bourrée d’antibiotiques. Selon les premiers retours, la viande aurait même meilleure goût.

Les laboratoires s’en mêlent

Les laboratoires ont du souci à se faire. "Certains de mes thésards (étudiant en doctorat) travaillent pour les big pharmas. Ils m'ont rapporté que j'étais sous microscope, très surveillé par les grands labos". À plusieurs reprises, certains laboratoires pharmaceutiques ont tenté de lui racheter son brevet, en vain. À termes, les principes actifs d'huiles essentielles pourraient bien remplacer les médicaments traditionnels.

 

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