Carrefour commercialise des fruits et légumes issus de semences paysannes

campagne de Carrefour pour les semences paysannes
Carrefour commercialise des fruits et légumes issus de semences paysannes
Par Elodie Sillaro publié le
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Le géant Carrefour va commercialiser des fruits et légumes de semences paysannes en grandes surfaces. Une première en France ! Le premier distributeur alimentaire ferait peut-être désormais dans le militantisme en faveur de la biodiversité. Bonne intention ou coup marketing ?

Depuis mercredi 20 septembre, le géant de la grande distribution propose une dizaine de fruits et légumes issus de semences paysannes. Ces dernières ne sont pas répertoriées dans le catalogue officiel tenu par les grands semenciers comme Monsanto ou Syngenta.

Carrefour, précurseur de tendances alimentaires

Artichaut Camus du Léon, potimarron Angélique, courge butternut Kouign Amann, artichaut Glas-Ruz, oignon rosé d’Armorique, rhubarbe acidulée de Bretagne, haricot coco du Trégor, échalote demi-longue de Cleder, des fruits et légumes aux noms étranges ont fleuri sur les étals du “Marché interdit” de 38 magasins Carrefour d’Ile-de-France et de Bretagne.

Comme toute grande surface, Carrefour nous avait habitué à des produits standardisés, résistants aux transports et dépendants des pesticides. Mais, son “Marché interdit” regroupe désormais des fruits et légumes encore jamais commercialisés en grande surface. Loin d’être interdits, ces derniers ne sont toutefois pas répertoriés dans le catalogue officiel des espèces et variétés végétales dont les semences sont autorisées à la vente et à la culture.

Après avoir lancé les premiers magasins de produits bio de grande surface, supprimer les OGM dans leurs produits et, plus récemment, mis en place la première filière française de poulet sans traitement antibiotique en grande distribution, Carrefour s’impose encore une fois comme un précurseur du “manger mieux”.

Bonne intention ou coup marketing ?

Avec sa campagne “Marché interdit”, Carrefour se présente en défenseur des semences paysannes.

“Au nom de la préservation du patrimoine agricole et alimentaire, il faudrait simplifier la loi pour permettre aux petits paysans de commercialiser en circuit court leurs semences librement reproductibles.” peut-on lire sur son site.

En effet, pouvant protéger leurs variétés grâce à un “certificat d’obtention végétale”, les semenciers détiennent ainsi le monopole des graines et contribuent à faire disparaître les semences anciennes.

“Par ailleurs, il faudrait ouvrir le catalogue officiel à ces semences paysannes, pour que les fruits et légumes qui en sont issus puissent être commercialisés plus largement auprès de tous les consommateurs”

Si certains voient en cette stratégie un moyen de faire avancer les choses, d’autres dénoncent un coup marketing. Néanmoins, Carrefour entend bien faire changer la loi qui interdit la commercialisation de ces graines non inscrites au catalogue officiel et lance une pétition en ligne pour simplifier la loi et faire entrer le modèle de production des semences paysannes dans la légalité : “Quand la loi appauvrit la biodiversité et notre alimentation, changeons-la !

Bonne nouvelle, “la définition des semences paysannes est celle donnée par les paysans et non celle de Carrefour”, explique Guy Kastler, membre fondateur de la Confédération paysanne et coordinateur du réseau Semences paysannes jusqu’en 2016, à Libération. De plus, l’enseigne veut créer une filière pérenne de variétés paysannes avec les agriculteurs sur 5 ans.

“Cela ne change pas la nature de cette enseigne, il s’agit d’une opération sur un segment de marché assez étroit, pour l’instant en tout cas. Cela dit, quand la grande distribution évolue dans une bonne direction, on ne va pas s’en plaindre, au contraire. On verra ce qu’ils sont capables de faire, mais pour l’instant ils affichent une intention qui va dans le bon sens”, Guy Kastler sur Libération.

En revanche, le Groupement interprofessionnel des semences et plants (Gnis), qui représente les semenciers, a vivement critiqué la campagne de Carrefour : “Pourquoi ne commercialiser que 10 variétés si les paysans français ont autant de semences en leur possession ?", s'interroge François Burgaud, directeur des relations extérieures du Gnis. Ce dernier pointe le doigt sur d’autres facteurs : “Les variétés ne disparaissent pas seulement en raison des politiques agricoles. Il existe plein d'autres facteurs, comme l'urbanisation. 1 hectare de terre défriché pour construire un supermarché va détruire autant de plantation", explique-t-il à LCI.

Le catalogue profitant à de gros producteurs de semences comme Vilmorin, Syngenta ou Monsanto, ouvrir ce dernier à des plus petits producteurs - bien que l’inscription d’une semence reste coûteuse - reste une excellente initiative. Côté réseau de magasins spécialisés, Biocoop, le premier réseau de magasins bio en France, avait déjà établi un partenariat avec le Réseau de semences paysannes.

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