Gigantisme, concentration et exports d’animaux : la ferme-usine des 4000 veaux fait polémique

Gigantisme, concentration et exports d’animaux : la ferme-usine des 4000 veaux fait polémique
Gigantisme, concentration et exports d’animaux : la ferme-usine des 4000 veaux fait polémique
Par Randy Compay publié le
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Une ferme usine de plus de 300 vaches allaitantes qui devrait accueillir 3910 bovins de plus. Voici le projet faramineux et très contesté que l’agriculteur Daniel Viard tente de mettre en place en Saône-et-Loire.

En plus des 6 000 m² qu’occupent déjà les centaines de vaches, la propriété de l’éleveur comporte un énorme hangar de 8 000 m² pour accueillir 4000 bêtes. Si l’ouverture de cette ferme venait à être validée, elle ferait office de centre bovin de transit et de quarantaine. Les animaux seraient donc récupérés auprès des éleveurs de la région, puis parqués dans le centre avant d'être exportés en Europe, en Turquie, au Maghreb et vers la Chine. Cette ferme n’est pas sans rappeler les centres d’engraissement des “1000 veaux” dans la Creuse, et des “1000 vaches” dans la Somme. À l’image de ces mêmes projets, la ferme des 4000 veaux fait tout autant polémique. Fédérations et associations environnementales ou de riverains comptent bien empêcher l’aboutissement du projet.

Nuisances et désastre sanitaire

Les premiers à constater l'aberration de ce projet sont les riverains de l’exploitation. Et pour cause, ils subissent directement les nuisances et désagréments sanitaires. La gêne occasionnée par l’activité de leur voisin Daniel Viard est déjà un problème alors que les 3910 veaux ne sont pas encore présents sur le domaine. L’extrême concentration d’animaux et le gigantisme de la ferme ne passent pas inaperçus. Odeurs, poussière, mouches, tas de fumier de 5 mètres, bruit continuel, tout prouve que la ferme bat son plein.

Depuis la reprise de l’exploitation dans les années 2000 par l’agriculteur, les voisins et producteurs locaux constatent une augmentation du trafic alentour. En moyenne, 1500 camions par an font des allers-retours dans le domaine pour y récupérer le fumier et livrer la nourriture. Avec l'arrivée de 4000 bovins, ce trafic sera doublé, de quoi avoisiner entre 9 et 14 passages de camions par jour.

Une pollution alarmante

Si la qualité de vie des riverains s’est vue impactée par les activités du domaine et le sera davantage avec les 4000 veaux, les conséquences sur l’environnement sont désastreuses. Les associations environnementales dénoncent l’impact environnemental de ce gigantesque projet. C’est la raison pour laquelle la fédération des associations environnementales (la Capens 71) souhait participer à l'enquête en cours qui devra valider ou non l’ouverture du centre. De plus, le dossier de Daniel Viard comporte certains oublis et erreurs que la Capens 71 compte bien mettre en exergue.

En effet, le domaine représente un risque de pollution de la rivière voisine. Certains bâtiments du centre se trouvent à moins de 35 mètres du cours d’eau, ce qui est contraire à la réglementation. Europe Ecologie Les Verts Bourgogne se joint aussi à la bataille en pointant du doigt l’absence de certaines estimations dans le dossier, notamment sur des points écologiques et environnementaux. Daniel Viard ne présente aucune évaluation des taux de gaz à effet de serre qui pourraient être émis, ni de quantité nécessaire d’insecticides dont il aura besoin pour protéger ses bêtes des parasites. Pas non plus d’estimations concernant la quantité d’antibiotiques qu’il devra administrer à son troupeau pour éviter la propagation de virus. La ferme-usine entretient le flou.

Des conditions de vie terribles pour les bovins

La Confédération Paysanne de Saône-et-Loire alerte sur conditions de vie de ces bêtes. Un hangar de 8 000 m² pour 4 000 vaches, si l’espace semble vaste, il n’en est rien. Pour un troupeau de cette taille, cela ne représente que 3m² par tête de bétail.

“Ce qu'on nous promet ? Dégâts environnementaux et sanitaires inconsidérés et immédiats. Renonciation au bien-être animal et à l'image qualitative de l'élevage charolais qui se verra d'autant plus mise en danger. On peut par ailleurs se poser légitimement la question : qui finance un tel centre ?”, s’insurge la Confédération Paysanne.

Ces bovins - destinés à l’exportation par camions en Europe, en Turquie et au Maghreb - vont subir les dérives qu’entraînent ces exportations. En effet, nous avons contacté Agathe Gignoux, chargée de campagne au CIWF, qui fait un état des lieux alarmant sur le projet :

“Ce projet est absurde, surtout lorsqu’on voit le nombre d’animaux concernés. Pour entretenir un centre de cette taille, il faut une main-d’œuvre et des moyens colossaux”.

Le CIWF se positionne contre l'extension du centre et redoute les manquements au bien-être des animaux au sein du centre mais aussi lors de leur export au-delà des frontières :

”Ce centre va accueillir 4000 veaux de provenances différentes, j’espère qu’il a les moyens sanitaires nécessaire pour éviter les problèmes de contamination. Je crains une surutilisation de d’antibiotiques”

Depuis plusieurs années, le CIWF se bat contre les dérives de ces exportations dans l’Union Européenne et en dehors. Selon leurs enquêtes, les animaux sont transportés pendant plusieurs heures dans des camions dont la taille est souvent inappropriée. Entassés les uns sur les autres, ils ne bénéficient pas de suffisamment de pause pour boire ou manger. Certains voyages durent parfois plus de 8h et des décès sont souvent constatés à l'arrivée.

Malgré les actions de prévention de la CIWF France, le gouvernement autorise l’exportation et déclare que les conditions de transport de ces animaux vivants sont conforment à la réglementation :“La France considère que ce règlement contient déjà les dispositions régaliennes et les outils juridiques nécessaires pour assurer la protection des animaux pendant le transport”extrait de la déclaration du Ministre de l’Agriculture, quant à la requête de Claire O’Petit sur la protection des animaux durant le transport.

Par ailleurs, la mobilisation vient de toute part, la célèbre actrice Brigitte Bardot est aussi montée au créneau. Elle a en effet adressé une lettre au Ministre de l'Agriculture dans laquelle elle se dit “stupéfaite et scandalisée d’apprendre qu’un projet de ferme-usine de plus de 4000 bovins est à l’étude en Saône-et-Loire”.

Selon la Confédération Paysanne, la filière charolaise est déjà en crise structurelle et économique. Ces fermes-usines ne sont “que de la poudre aux yeux des éleveurs !”, “une initiative insensée”, “une fausse solution”. Lorsqu’on sait qu’un élevage moyen en Saône-et-Loire représente entre 70 et 80 vêlages, le projet paraît d’autant plus titanesque et absurde, mais il compte tout de même des soutiens. Les syndicats agricoles majoritaires de la région (FDSEA et Jeunes Agriculteurs 71) ont fourni un avis positif au commissaire-enquêteur. Selon ces syndicats et la chambre d’agriculture, il s’agit là de répondre à une demande à l’échelle internationale qui souhaite des animaux vivants. Daniel Viard, quant à lui entend trouver des solutions pour éclaircir les zones d'ombre que comporte sa demande de ferme-usine auprès de la préfecture. Pour l’heure, le maire de Digoin se prononce pour une validation du projet, mais sur un autre site afin d’éviter les nuisances.

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