Le bio, une histoire de (pays) riches ?

Par bioalaune publié le
1953 lectures

Les prix du bio sont en moyenne 60% plus élevés que ceux des produits classiques. Ces prix ne rendent pas l’alimentation saine accessible à tous en France et dans le monde.

Le Bio revient plus cher à l'achat, car l’agriculture biologique est plus onéreuse que la conventionnelle. Les explications de ce phénomène sont connues : plus de main d’œuvre, moins de rendement, moins de traitement, etc.

En janvier dernier, une étude publiée dans le Worldwatch Institude montrait que l’agriculture bio restait une affaire de riches, de pays riches surtout. Durant la première décennie du 3e millénaire, les surfaces agricoles bio ont plus que triplé à l’échelle mondiale pour aujourd’hui atteindre 37 millions d’hectares. Cependant, cette évolution est très inégale en fonction des pays et des continents.

Sur le podium des continents producteurs bio, on retrouve l’Océanie sur la première marche avec 12.1 millions d’hectares, l’Europe est située en deuxième position avec 10 M ha (1 million en France), puis suit l’Amérique Latine avec 8.4 M ha. L’Asie ne possède que 2.8 M ha, l’Amérique du Nord 2.6 M ha et l’Afrique à peine 1 M ha.

Lorsqu’on analyse la consommation, et plus la production, les États-Unis (c’est-à-dire le pays le plus riche au monde) arrivent premiers, loin devant les autres avec un chiffre d’affaires qui atteint 31.5 milliards de dollars en 2011. La majeure partie des aliments bio consommés par les Américains sont produits en Amérique du Sud et en Asie. Par exemple, l’Inde possède 0.8 M ha de terres bio mais seulement 13% de sa production est consommé localement. Les Indiens n’ont probablement pas suffisamment les moyens pour acheter cette nourriture saine, produite chez eux. Paradoxalement, l’Inde est le pays qui possède le plus d’agriculteurs bio au monde, soit 400 551. C’est ainsi un comble de voir des pays en développement produire des aliments bio, pour en faire profiter les pays riches, car le bio, à l’échelle globale, reste une affaire de riche.

Dans les pays riches, nous vivons dans un monde où le consommateur veut payer de moins en moins cher pour s’alimenter, simplement parce qu’il vit à cent à l’heure et que le repas, avec sa préparation et sa consommation, n’a plus la place qu’il occupait jadis dans notre quotidien.

Certains acteurs du bio s’interrogent sur leur avenir. Est-ce raisonnable de faire produire les pays du sud ou alimenter ceux du nord ? Ce n’est pas l’aspect sain des aliments biologiques qui est remis en question, mais plutôt le modèle économique associé. La filière bio a besoin de structure pour réduire ses prix et réellement devenir accessible à l'échelle locale. Le bio doit passer à l’étape supérieure.

En France, même si de nombreux agricultures et éleveurs bio privilégient au maximum la vente directe, la filière se doit de mettre en place des réseaux de distribution locaux plus vastes si elle veut se développer davantage et voir ses prix baisser. Hugues Bonnefond, un producteur bio explique à 20 minutes : « il faut voir avec nos élus quel est notre potentiel face à la restauration collective, et voir comment nous pouvons nous organiser face à la grande distribution, pour maintenant nos produits locaux ».

Mangeons 24 est un exemple de solution possible. Société coopérative en Dordogne, elle regroupe une trentaine d’agriculteurs et approvisionne les écoles de la région.

Rédaction : Mathieu Doutreligne

 

Commentaires