Que se cache-t-il derrière l’élevage industriel ?

Par bioalaune publié le
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Depuis la parution du rapport « L’ombre portée de l’élevage » de la FAO, nous savons que l’élevage est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Plusieurs causes sont avancées : la déforestation, les OGM, les effluents, etc.

La France est le plus gros pays importateur et consommateur européen de tourteaux de soja pour son élevage. Nous ne produisons sur place que 2 à 3 % de notre consommation et importons 5 millions de tonnes de soja par an, en provenance principalement du Brésil et de l’Argentine. 80% de ce soja est génétiquement modifié. Le cheptel français mange donc largement des aliments génétiquement modifiés. Une étude du WWF donne des chiffres édifiants : « Un Français mange en moyenne 92 kg de viande, 250 œufs et une centaine de kilos de produits laitiers chaque année, ce qui nécessite une surface cultivée en soja de 458 m2 par habitant pour répondre aux besoins en alimentation animale. Ainsi, un Français est responsable de la déforestation de 16 m2 de forêt amazonienne par sa consommation de viande».

L’élevage industriel est également très gourmand en eau et en céréales. En France, il réquisitionne les deux tiers des terres agricoles, que ce soit en pâturages ou en cultures de plantes pour l’alimentation des animaux. À lui seul, l’élevage consomme presque la moitié de toute l’eau destinée à la production d’aliments. D’après le Water Foot Print, s’il faut 900 litres d’eau pour produire un kilo de pommes de terre, il en faut 3 900 pour un kilo de poulet, 3 300 pour un kilo d’œufs,  4 800 pour un kilo de porc, 6 100 pour un kilo de mouton  et 15 500 litres pour obtenir un kilo de bœuf !

Des excès pour plus de profits

On dénombre de nombreux excès dans l’élevage industriel, comme le massacre des poussins mâles, qui sont broyés, gazés, éliminés de la façon la plus économique possible. On coupe le bec des poules, on coupe la queue et les dents des porcs et on les entasse pour « produire plus, pour gagner plus ». Avec le problème de l’eutrophisation bretonne à cause du lisier de porc, la France est sous le coup de lourdes sanctions par la Commission Européenne.

La population de porcs et de poulets double en Chine tous les 10 ans. Si les pays riches continuent à manger autant de viande et que les pays émergents rejoignent ces taux de consommation élevés, le réchauffement climatique ne pourra pas être contrôlé. Aux Etats-Unis, 10 milliards d’animaux sont élevés pour être mangés. Si toute l’humanité mangeait autant de viande, il faudrait élever 142 milliards d’animaux chaque année !

La vache laitière qui produit de 8 à 10 000 litres de lait chaque année produira autour de 500 à 700 litres de méthane par  jour. C’est l’équivalent à la quantité de CO2 produite par un gros 4×4 qui circule 56 km par jour.

Un bien-être animal oublié

99,5% des animaux élevés en France le sont de façon plus ou moins industrielle selon l’enquête de Fabrice Nicolino dans le livre « Bidoche : L'industrie de la viande menace le monde ». Dans cette perspective, les libertés indispensables pour assurer le bien-être animal peuvent-elles être respectées ? L’Association pour la protection mondiale des animaux de ferme (PMAF) se bat pour ce bien-être animal.

 « En fonction des filières, entre 5 et 20 % des animaux, seulement, sont élevés en France dans des conditions où ils peuvent exprimer leur comportement naturel », affirme Aurélia Warin-Ramette, chargée de campagne à la PMAF. « Tous les jours, on peut choisir des œufs de poule élevées en plein air, choisir du poulet label rouge ou du poulet bio, choisir de la viande de porc ou de la viande de bœuf dans des élevages que l’on connait, qui ne sont pas très loin de chez nous, dont on sait que les temps de transports seront limités, dont on voit l’éleveur travailler avec les animaux », conclut-elle. Connaître son lieu d’approvisionnement et son éleveur semble bien être la meilleure option pour s’assurer du bon traitement des animaux avant qu’ils n’arrivent dans nos assiettes !

Entre 1950 et 2000, la population mondiale est passée de 2,6 milliards à 6 milliards. En parallèle, la production de viande est passée de 45 à 233 milliards de kilos chaque année. Avec une population de 9 milliards en 2050, la production de viande devrait doubler d’ici là et atteindre jusqu’à 450 milliards de kilos chaque année …

Rédaction : Matthieu Combe, fondateur de Natura Sciences

 

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