Michel Barnier : « En 2009, les surfaces bio vont augmenter de 10 % »

Par bioalaune publié le
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Michel Barnier, qui quittera le ministère de l’agriculture dans quelques jours et qui est donné favori pour être le prochain commissaire français à Bruxelles, livre à « La Croix » les dernières données sur la forte croissance des cultures bio en 2009 La mutation de l’agriculture française vers un modèle moins intensif et plus écologiquement responsable est l’un des enjeux du Grenelle de l’environnement. Le développement du bio, aussi bien en termes de production que de consommation, est emblématique de cette évolution qui se poursuit malgré la crise et les problèmes actuels des agriculteurs.

La Croix : L’année 2009 est-elle une année charnière pour le bio ?

Michel Barnier : Oui, nous n’avons pas connu depuis dix ans un tel essor en une année. En 2008, les cultures bio représentaient 2,12 % des surfaces agricoles utiles, soit 583 800 hectares. Cette année, au regard des derniers chiffres qui totalisent le nombre de demandes de subventions des agriculteurs qui souhaitent se convertir, les surfaces en bio vont augmenter de 10 % pour atteindre près de 650 000 hectares. Par ailleurs, le nombre d’exploitations bio devrait croître de 15 % pour passer de 13 300 à 15 200. Même le secteur des grandes cultures, qui échappait largement au bio jusqu’à présent, a emboîté le mouvement : il représentera 50 % des nouvelles conversions. Un tiers des nouvelles surfaces engagées concernent, elles, les prairies indispensables pour développer l’élevage pour le lait et la viande bio. Le reste des surfaces est dédié au maraîchage.

L’objectif de 6 % de surfaces bio en 2012 est-il atteignable ?

L’objectif de multiplication par trois des surfaces bio est très difficile, mais possible. Le constat de 2009 est sans équivoque. Nous avons définitivement changé d’échelle. La dynamique s’amplifie. On constate qu’il y a cinq fois plus de conversions en 2009 qu’en 2008, alors que les aides ont certes fortement augmenté, mais n’ont été dans le même temps « que » multipliée par 2,5. Aux 11 millions d’euros de crédits nationaux de 2008, nous avons ajouté cette année 12 millions supplémentaires et une enveloppe exceptionnelle de 3 millions d’euros pour pouvoir répondre à cette forte demande. Ces crédits nationaux sont par ailleurs complétés, dans chaque région, par des crédits européens issus du second pilier de la PAC. Ce cofinancement européen prévoit une participation à 55 % par l’Union européenne, quand l’État finance à hauteur de 45 %.

Comment expliquer ce décollage ?

Nous avons été extrêmement proactifs dans le Grenelle de l’environnement qui s’est conclu non pas sans ou contre, mais avec les agriculteurs. Ce n’était pas facile, il y avait beaucoup d’a priori de part et d’autre. Le problème était plus culturel qu’économique, même si des dispositifs comme le déplafonnement à l’exploitation des aides pour le bio, que j’ai annoncé en septembre dernier, permettent à beaucoup de franchir le pas, notamment dans les grandes cultures. Aujourd’hui, les barrières culturelles et psychologiques tombent. Le profil de paysans bio historiquement très militants est dorénavant plus équilibré. Par ailleurs, la demande en produits bio est très forte. Le marché a augmenté de 10 % par an de 2000 à 2007. En 2008, il a connu une augmentation de 25 % et représente 1,7 % du marché alimentaire français.

L’offre est-elle suffisante pour fournir ce marché ?

Non, puisque la France doit importer en moyenne 30 % des produits bio qu’elle consomme. Une proportion qui atteint même 60 % des fruits et légumes et 25 % du lait ou des céréales. C’est tout l’objectif du plan bio que de développer les productions françaises.

Comment peut-on aider à la baisse des prix du bio ?

Ces prix restent élevés en raison des contraintes techniques pour les producteurs et parce que les produits bio sont encore trop rares. C’est donc le rattrapage de la production par rapport à la demande qui fera baisser ces prix. Un des enjeux réside dans la place que la grande distribution fera au bio français. Les choses s’améliorent, puisque, cette année, la grande distribution contribue pour près de 40 % à l’augmentation du marché. Et le bio a enfin fait son apparition dans les magasins à bas coût.

Il reste cependant à restructurer les filières, et nous finançons pour cela l’Agence bio à hauteur de 4 millions d’euros par an. Je pense à un exemple significatif : l’année dernière, une chaîne de restauration rapide a voulu fabriquer toutes ses glaces avec du lait bio, mais n’en a pas trouvé en quantité suffisante sur le marché français. De l’autre côté, de nombreux producteurs de lait bio ne sont pas arrivés eux à écouler leurs stocks, faute de logistique… Il faut donc coordonner le secteur.

Quelle place l’agriculture bio doit-elle avoir en France ?

Je ne saurais parler en termes de pourcentage. Le bio représente une avant-garde appelée à prospérer. D’ailleurs, tous les lycées agricoles dispensent désormais des modules d’enseignement en bio obligatoires. Mais l’important reste que toute l’agriculture française se tourne vers le développement durable. C’est donc à un double mouvement que nous devons assister. Le bio, déjà écologiquement responsable, doit devenir économiquement productif. À l’agriculture conventionnelle de faire le chemin symétrique.

 

Source la-croix.com - Marie VERDIER et Michel WAINTROP - 11/06/2009 20:00 

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