Le bio coûte t-il vraiment plus cher ?

Par bioalaune publié le
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Manger bio, est-ce vraiment plus cher ? Si la réponse est première vue évidente, elle l’est beaucoup moins sur le long terme.

C’est un fait avéré, malgré les différentes enquêtes menées de part et d’autre, la nourriture bio revient plus cher à l’achat que la nourriture conventionnelle. Pas besoin d’être un expert, en comparant deux tickets de caisse, l’un provenant d’un supermarché traditionnel et l’autre d’un magasin bio spécialisé, l’écart peut atteindre 58% pour des produits identiques. Cela dit, la consommation de produits bio augmente chaque année, et 6% des français déclare en consommer quotidiennement. Pour le reste de la population, manger bio est un luxe, une dépense supplémentaire injustifiée.

La nourriture bio, exempte de pesticides, d'engrais chimiques, d’OGM et autres substances nocives utilisées par l’industrie agro-alimentaire traditionnelle, est encore la seule à pouvoir être consommée sans risque pour la santé. C’est d’ailleurs principalement pour cette raison que vous êtes toujours plus nombreux à choisir le bio et ses valeurs. Mais se tourner vers le bio signifie aussi être prêt à modifier ses habitudes alimentaires, afin de rendre sa consommation plus raisonnable et respectueuse de la terre et ses habitants.

Une alimentation plus saine et durable commence par la réduction de sa consommation de viande. Tout d’abord, parce qu’on en mange beaucoup trop, notamment de la rouge : avec une moyenne de 109 grammes par jour, nous en mangeons deux fois plus que nos grands parents. Un produit de “luxe” que l’industrie agro-alimentaire a su rendre accessible au plus grand nombre. Le problème est que la viande rouge est très riche en graisse saturée, et qu’une consommation excessive peut entraîner le développement de maladies cardio-vasculaires et de certains cancers. En plus de cela, elle coûte très cher. Vous l’aurez donc compris, manger trop de viande c’est mauvais pour la santé et pour le porte monnaie.

La solution bio : remplacer les protéines animales par des protéines végétales aux qualités nutritionnelles égales. Peu chères et vendus en vrac, les légumineuses bio (lentilles, pois chiches, fèves, haricots secs, pois secs) constitueront une source de protéine très intéressante une fois alliées à des céréales complètes (riz complet, pâtes complètes, blé complet). A moins de 5 euros le kilos, les protéines végétales sont bien moins onéreuses que la viande... Pas besoin de devenir végétarien pour autant, vous pourrez continuer à manger de la viande rouge de temps en temps. Issue de l’agriculture biologique, elle n’en sera que meilleure. Les foyers qui consomment bio évitent aussi les plats tout préparés et transformés, type barre de céréales chocolatés. En effet, ils ont bien compris que cuisiner est le meilleur moyen de bien manger sans trop dépenser. Une portion de compote bio maison remplace le paquet de gâteau du goûter. De ce point de vue, on est gagnant sur tous les plans.

Opter pour le bio, c’est un investissement sur le long terme. Il ne faut pas s’arrêter au prix d’achat, mais au contraire considérer tous les paramètres qui font qu’on paiera un produit quelques centimes plus chers par rapport à un produit issu de l’agriculture traditionnelle. On consacre aujourd’hui en moyenne 15 % de notre budget total à l’alimentation contre le double il y a 1960. Après la guerre, on a vu se développer l’idée selon laquelle il faut dépenser le moins possible pour manger... Un paradoxe total. Étant donné que l’alimentation est le carburant indispensable à la vie, elle devrait au contraire être l’un de nos postes de dépense principales. D’autre part, lorsqu’on se balade dans les rayons d’un supermarché quelconque, on se rend compte que la plupart des produits qui s’y trouvent ne sont pas à proprement dit indispensables à notre organisme. Bien sûr le plaisir fait partie de l’alimentation, et il n’est pas question de se priver d’une petite douceur occasionnelle, mais est-il bien raisonnable de remplir nos placards de produits transformés aux qualités nutritionnelles très limitées, riches en mauvaises graisses et en sucre, qui en plus de tout ça coûtent cher ? Pas sûr. Alors achète t-on par envie ou par besoin ?

En faisant le choix d’une alimentation bio, on consomme très peu de produits transformés, ce qui réduit considérablement l’addition. Consommer mieux, c’est aussi consommer moins. Si l’obésité ne cesse d’augmenter dans les pays industrialisés, c’est parce que malbouffe rime souvent avec “surbouffe”. Nous mangeons trop, et nous ne bougeons pas assez.

Aujourd’hui, la majeure partie de la population travaille dans des bureaux et est de ce fait assise toute la journée, il faudrait donc adopter une alimentation en conséquence afin d’éviter une surchage pondérale qui peut à terme provoquer de graves problèmes de santé. “5 fruits et légumes par jour”, un slogan qui vous veut du bien, ou pas, si on pense que c’est aussi ingurgiter 5 fois plus de pesticides, d’engrais chimiques et d’OGM. Mieux vaut manger un peu moins de fruits et légumes, mais les choisir bio et ainsi profiter pleinement des vitamines et minéraux contenus dans leur peau (pas besoin de les peler, ils ne sont pas traîtés aves des produits chimiques!) plutôt que de se gaver de végétaux insipides bourrés de produits nocifs pour la santé.

Le coût sociétal de la consommation de nourriture industrielle est incalculable tant il est énorme. On considère que le consommateur paye ⅓ du prix d’un produit industriel, un autre tiers est payé par le contribuable, et le dernier tiers par la nature. Les coûts de dépollution des eaux et des terres, les coûts de recyclage, les dépenses de soin pour venir à bout des cancers qui ne cessent de se multiplier ces dernières années... tout cet argent sort directement de la poche du contribuable. Il pourrait en être autrement si tout le monde se décidait à consommer bio, d’autant plus que les prix baisseront à mesure que le nombre de consommateur bio augmentera.

Le bio paraît cher, mais il faut garder à l’esprit que le rapport qualité/prix se calcule différemment, et qu’il faut penser sur le long terme.

Rédaction  : Justine Chrisment

 

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