Attaques de requin : pourquoi se multiplient-elles ?

Par bioalaune publié le
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Depuis 2011, on recense 12 attaques de requins sur l’Ile de la Réunion, dont 5 mortelles. La mort d’une jeune fille de 15 ans survenue mi-juillet dans la baie de Saint-Paul, sur la côte Ouest de l’île, relance le débat et alimente la psychose au sein de la population réunionnaise.

Des attaques de squales de plus en plus fréquentes

 Pour la première fois, un requin bouledogue s’est attaqué à une baigneuse, à quelques mètres seulement du rivage. Jusqu’ici, la bête s’était cantonnée aux surfers imprudents, narguant la vague en eaux troubles, malgré les avertissements répétés de la préfecture de l’Ile. Environ 400 espèces de requins peuplent les océans du monde, dont la majorité ne constitue pas une menace pour l’homme. De fait, aucun requin ne se nourrit de chairs humaines, et les attaques sont accidentelles et rarissimes : pas plus de 10 décès par an selon les statistiques. Autrement dit, on a plus de chance de gagner au loto que de se faire attaquer par un squale.

Une donnée censée nous rassurer, mais qui ne parvient pas à apaiser nos craintes quelques peu irrationnelles face à ce prédateur marin, indispensable au bon fonctionnement de l’écosystème aquatique. Le requin se trouve au sommet de la chaîne alimentaire : il débarrasse les eaux marines des animaux malades ou morts et régule le nombre de prédateurs de crustacés. Son rôle dans l’écosystème marin est primordial, cela dit le nombre d’individus ne cesse de décroître depuis plusieurs décennies, si bien que certaines espèces sont aujourd’hui en voie de disparition : depuis 1950, on a observé une baisse de 80% de la population de squale.

Le requin est victime de sa notoriété : depuis le film Les Dents de la Mer, on l’associe à un tueur sanguinaire qui attaque par surprise lors d’un moment de détente dans l’eau. Face à ce prédateur qui ne fait pas la différence entre animaux marins et êtres humains, notre premier réflexe est de vouloir les exterminer afin de ne plus craindre leurs attaques.

La chasse aux requins, la fausse solution

Face à l’accroissement du nombre de victimes sur l’Ile de la Réunion, le préfet Jean-Luc Marx a décidé de prendre des mesures pour limiter le nombre d’attaques. Il a déclaré vendredi que la baignade, le surf et le body board seraient interdits dans de nombreuses parties de l’Ile, et qu’un “prélèvement” de 90 requins était sur le point d’avoir lieu. Ce prélèvement aux visées soit disant scientifiques pour déceler la présence de la toxine “ciguareta” dans l’organisme de l’animal n’est évidemment qu’un prétexte. Le but réel, de l'opération et tout le monde l’a bien compris, est d’abattre une petite centaine de requins afin de calmer l’opinion et de ne pas effrayer les touristes, qui font vivre l’île.

Le nombre accru d’attaques de requins ces dernières années est symptomatique : si les bêtes se rapprochent du rivage, c’est parce qu’elles ne trouvent pas de quoi se nourrir au large. À qui la faute ? La surpêche, encore et toujours. De plus, l’urbanisation à l’Ouest de la Réunion a provoqué une dégradation de l’environnement marin, ce qui a amené les requins à migrer vers d’autres parties de l’île. Avec seulement une quarantaine de kilomètres de côtes utilisables, il est complexe de concilier biodiversité et infrastructures de loisirs liées au tourisme, qui se sont particulièrement multipliées depuis 1970.

La phobie qui entoure le requin contribue à expliquer cet acharnement irrationnel et contreproductif. La chasse aux requins risque ,à terme, d’entraîner la disparition totale de ce poisson carnivore, ce qui serait un désastre, y compris pour l’humanité. Plutôt que de s’attaquer au requin, il faudrait s’atteler à régler les problèmes qui les poussent à s’attaquer aux humains : l’urbanisation excessive et la surpêche sont les vrais responsables de ces attaques. Une prise de conscience est également nécessaire au sein des populations des zones littorales peuplées par les requins : une baignade en mer est une excursion sur le territoire des squales, il faut donc en mesurer les risques et se comporter en toute connaissance de cause. Les attaques restent rarissimes et ne visent pas l’homme en particulier : le requin est un prédateur qui tue pour se nourrir et qui ne fait pas la différence entre ses proies potentielles.

Traquer le requin pour l’empêcher de nuire ne constitue pas une solution durable. Il suffit de regarder derrière nous : nous avons traqué les loups pendant des siècles avant de les réintroduire sur notre territoire dans les années 1990 pour préserver la biodiversité.

Rédaction : Justine Chrisment

 

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