Le "fait maison" gagne les cosmétiques

Par bioalaune publié le
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PARIS (AFP) — Mélangez 30 ml de macérat de carotte, 60 ml d'huile végétale de sésame, 50 gouttes de lavande aspic et quelques autres ingrédients bio : les recettes de cosmétiques, comme celles de cuisine, circulent sur le net, témoignant de la vogue des produits de beauté faits maison.

Les apprentis parfumeurs se lancent seuls, munis d'un des nombreux guides disponibles, de quelques ustensiles et de produits bio, ou se pressent à des ateliers spécialisés.

Faire ses cosmétiques soi-même est "une démarche très, très ancienne", rappelle l'historienne Annick Le Guerer. "Jusqu'au XIXe siècle, il y avait des manuels permettant aux gens de faire eux-mêmes leurs produits de soin chez eux". Mais "avec l'arrivée de la chimie dans la parfumerie, l'industrie s'est emparée de tout ça".

Le retour à la fabrication maison est "un phénomène très nouveau, en train de se développer", observe-t-elle. "Il surgit à un moment où les consommateurs ont peur des produits chimiques qui sont dans les cosmétiques et les parfums", comme les parabens, soupçonnés d'être dangereux. "C'est une réponse à ces alarmes".

Chez Nature et Découvertes, les ateliers de fabrication de cosmétiques mis en place il y a trois ans "ne désemplissent pas", indique Carine Evano, responsable de la communication.

Au programme: la fabrication d'une crème de jour ou d'un baume pour les lèvres, les propriétés des huiles essentielles et des eaux florales, la pression à froid, le raffinage. Pour réaliser des crèmes "qui rivalisent avec celles du commerce", il faudra s'initier aussi notamment à l'utilisation d'émulsifiants élaborés, des anti-oxydants et des vitamines, explique une animatrice de ces ateliers, Solveig de Laissardière, qui a une formation de biologiste et d'herboriste.

Des instituts de beauté ont flairé la tendance, comme ce salon de Montreuil (Seine-Saint-Denis) qui propose des ateliers depuis janvier. Comme ailleurs, chaque participant repartira avec un livret de recettes et les produits qu'il aura fabriqués.

Selon Carine Evano, c'est un reportage inquiétant sur les cosmétiques, en 2005 sur France 2, qui a lancé le mouvement. La même année, le livre "La vérité sur les cosmétiques" de la journaliste Rita Stiens et des enquêtes de l'organisation de consommateurs Que Choisir ? ont "commencé à alerter les gens sur les dangers de certaines formulations", rappelle Sophie Macheteau, créatrice de la société Bionessence.

Le succès des cosmétiques maison s'inscrit aussi dans "un retour au cocooning, mais différemment des années 80 : avant les gens restaient chez eux pour se reposer, maintenant il y a cette notion de loisir créatif, intelligent, au sein du foyer", ajoute-t-elle.

En dépit de la crise, l'aspect économique est secondaire. "L'avantage, c'est avant tout de savoir exactement ce qu'on va mettre dedans, comme en cuisine", souligne Mme Macheteau. "On peut faire un produit très actif" qui aura la couleur, la texture, le parfum souhaités, ajoute-t-elle.

Selon Cécile Betibouo, qui fabrique une partie de ses produits de beauté, les cosmétiques et soins qu'elle élabore sont "beaucoup plus efficaces et plus économiques" que ceux du commerce.

Une assertion qui fait bondir le Dr Claire Geoffray, dermatologue : "C'est dangereux de faire des mélanges à la maison", s'emporte-t-elle en mettant en garde contre les risques d'allergie, de photosensibilisation et de contamination bactériologique si le produit n'est pas utilisé très rapidement.

Selon elle, les cosmétiques maison sont au mieux sans effet, au pire dangereux.

De Dominique SCHROEDER - 18-06-2009 - AFP

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