Élevage : un cochon heureux, ça change tout

Par bioalaune publié le
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Tout est bon dans le cochon, sauf dans son élevage. Le bien-être animal est de plus en plus présent dans les conversations, mais attention à ne pas confondre bien-être éthique et bien-être productif.

Certains animaux ont la particularité de laisser facilement transparaître leur état émotionnel, comme les chiens lorsqu’ils remuent la queue, ou les chats lorsqu’ils sortent les griffes et se hérissent. Chez le cochon, l’un des animaux que nous mangeons le plus en France sous des formes diverses et variées, l’affaire est différente.

Des scientifiques de l’Université de Wageningen au Pays-Bas ont étudié l’état émotionnel des animaux en voulant démontrer qu’ils ressentent des émotions et que celles-ci pouvaient être communicatives auprès de leurs camarades porcins.

On savait déjà que les animaux d’élevage stressent lorsqu’on les amènent à l'abattoir ou qu’ils sont déplacés sans confort, et on connaît tous les cris perçants du cochon qui va se faire saigner. Tout est bon dans le cochon. Mais est-ce vrai pour tous les cochons ?

Pour arriver à déterminer s’il existe d’autres indicateurs d’émotion communicative, les chercheurs ont imaginé une expérience de sept jours non consécutifs, dans laquelle des cochons ont subis l’équivalent d’une douche écossaise. Certains jours ils étaient chouchoutés, à savoir enclos de 10m², paille fraîche, bain de boue et friandises. D’autres jours, c’était l’enfer porcin : enclos de 3,3 m², isolement et muselière de rigueur. Chaque début de situation était marquée par un son et une lumière pour que les animaux puissent anticiper. Dans le premier cas de figure, les scientifiques ont constaté de la joie (queue qui remue, aboiement), alors que la deuxième situation a engendré de la peur (hurlement, baisse des oreilles et de la queue, relâché d’excréments).

La phase finale de l’expérience a rassemblé cochons habitués au traitement et nouveaux cochons. Lors du générique de commencement, les “seniors” ont réussit à transmettre leurs émotions aux “juniors”, qui commençaient à frétiller ou à angoisser sans avoir aperçu de ce qui les attendait.

La dernière chose intéressante dans cette expérience est le constat post-expérimental fait par les scientifiques. Ceux-ci expliquent que leur expérience est enrichissante dans la mesure où elle améliore “le bien-être, la santé et les performances des animaux qui sont gardés en grand nombre dans une seule pièce”. Oui, les scientifiques parlent bien de performances, et il faut entendre productivité animale. Le bien-être d’un animal est à prendre en compte si la qualité de la viande produite est de meilleure qualité. Tout semble être une question d’efficacité, de rendement et de gain. On fait attention au bien-être, uniquement s'il apporte un bénéfice à l'éleveur ou aux consommateurs.

Vous êtes révolté ? Faites comme Ryan Gosling, militez pour le bien-être des cochons. Ce dernier à récemment publié un article dans le journal canadien Globe and Mail. La star du 7e art affirme que les cochons doivent être traités comme George, son chien. Il dénonce : “le lien que j’ai avec George n’est pas unique. Comme moi, un nombre incalculable de Canadiens partagent leur maison et leur vie avec des animaux qu’ils considèrent comme des membres de la famille. (...) Les cochons dans leurs minuscules cages souffrent au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Ils ne peuvent même pas se retourner, pensant des semaines, et leurs muscles et os se détériorent. Et ces animaux extrêmement sociables et intelligents deviennent fous à cause de cette absence de stimulation sociale et psychologique”.

Face à ce manque de bien-être, une prise de conscience collective nait. Un sondage effectué par QAResearch a montré que 9 Français sur 10 seraient favorables à un étiquetage obligatoire du mode d’élevage des animaux. Majoritairement, les français considèrent que le bien-être animal est important dans leurs choix alimentaires. En 2004, l’étiquetage des oeufs devenait obligatoire. La vente des oeufs en plein air ont significativement augmenté depuis.

Il y a des signes qui ne trompent pas, un cochon heureux donne du bon jambon. Mais pensez-vous que les industriels s’intéresseraient au bien-être des animaux si aucune différence n'était identifiable sur la qualité du produit fini ou sur les ventes ?

Rédaction : Mathieu Doutreligne

 

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