Pablo Servigne : l’effondrement est proche, préparons-nous collectivement à la tempête à venir

Pablo Servigne : l’effondrement de la société est proche, préparons-nous collectivement à la tempête à venir
Pablo Servigne : l’effondrement de la société est proche, préparons-nous collectivement à la tempête à venir
Par Mathieu Doutreligne publié le
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De plus en plus médiatisé, Pablo Servigne explique que le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui ne peut pas durer indéfiniment. Le problème semble simple à comprendre : notre  modèle de société fonctionne grâce à l’exploitation intensive de sources d’énergie limitées. En deux siècles, notre civilisation s’est industrialisée en devenant dépendante d’énergies fossiles. La pollution s’est généralisée, l'extinction des espèces est devenue une généralité. La conséquence de ce développement glace le sang, notre société peut s’effondrer d’ici quelques années.

Le problème est détaillé dans le livre best-seller Comment tout peut s’effondrer (Seuil 2015) écrit avec Raphaël Stevens. À l’occasion de la sortie du tome 2, Une autre fin du monde est possible (Seuil 2018), nous nous sommes entretenu avec le chef de file des collapsologues qui nous explique les opportunités liées à cet effondrement, ainsi que les éléments clés pour construire le nouveau modèle qui lui succèdera.

Bio à la Une : À quoi penses-tu lorsque tu te réveilles le matin ?

Pablo Servigne : À m’occuper de mes enfants. Je suis dans le concret. D’une manière générale, j’aime être tourné vers l’action. Dans mon quotidien, ça veut dire lire, écrire, faire des conférences. J’ai aussi des activités plus normales comme m’occuper des poules ou du jardin.

Même en ayant beaucoup d’informations sur un possible effondrement, il faut rester tourné vers l’action. Les tâches peuvent être distribuées pour organiser la transition, car on a besoin de tout le monde. On a autant besoin de penseurs que d’acteurs. L’idéal est de faire des liens pour qu’ils interagissent.

“C’est important que chacun perçoive mieux le problème. [...] Il n’y a pas de solution, il faut accepter la situation telle qu’elle est et rien ne sera facile.”

C’est important que chacun perçoive mieux le problème. Il faut continuer à écrire des livres et étudier les chiffres, car il y a constamment des gens qui découvrent la collapsologie. Dans l’introduction du nouveau livre, on parle des stades de conscience. Pour certains, il n’y a qu’un problème, le climat par exemple, la pollution ou les pesticides, le nucléaire ou le capitalisme. C’est le premier stade. Au second stade, plusieurs problèmes sont identifiés. Au stade trois, on commence à les hiérarchiser et au stade quatre on se rend compte que tout est systémique. Le cinquième et dernier stade consiste à réaliser qu’il n’y a pas de solution, qu’il faut accepter la situation telle qu’elle est et que rien ne sera facile. Voilà les grands stades de prise de conscience de Paul Chefurka. Il y a toujours des gens à tous les stades, il est donc important de garder un niveau constant de pédagogie, de théorie et d’action.

La société va peut-être bientôt s’effondrer, mais il faut rester actif et joyeux, c’est ça ?

Parler d’effondrement est très difficile émotionnellement. J’ai eu des petites périodes pendant lesquelles j’étais déprimé. Par exemple après avoir interviewé Dennis Meadows en 2011, le co-auteur de rapport du club de Rome. Notre premier fils était né. La réalité des faits et les émotions étaient très difficiles à gérer. Il y a trois pôles en fait, la théorie dans la tête, l’action dans les mains et les émotions dans le coeur. Tout le monde oublie ce dernier aspect or c’est hyper important. C’est ce qu’on essaie d’amener afin de bien gérer le désespoir, la tristesse, la peur, mais aussi la joie et l’enthousiasme.

“Personne ne parle de ces montagnes russes émotionnelles. Quelqu’un qui ressent de la rage, de l’énervement, de la tristesse face à la destruction du monde, c’est tout à fait sain.”

Personne ne parle de ces montagnes russes émotionnelles. Quelqu’un qui ressent de la rage, de l’énervement, de la tristesse face à la destruction de ce à quoi il tient, c’est-à-dire le monde, la nature, c’est tout à fait sain. Je me méfierai de quelqu’un qui ne ressent rien. Soit c’est un psychopathe, soit c’est quelqu’un qui n’a pas travaillé ses zones d’ombres, son intériorité. Il y a tout un chemin à faire. Un chemin qui se doit d’être résilient pour pouvoir passer à l’action collectivement.

Comment imagines-tu le monde dans 100 ans ?

Houla… Je ne sais pas. [pause] C’est compliqué. On est dans la pure science fiction. Il y a plein de scénarios possibles. Dans notre nouveau livre, on invite à stimuler l’anticipation pour travailler l’imaginaire. On a besoin de faire des expériences de pensée, produire des romans et il y a plein d’avenirs possibles. Globalement, si tu veux des chiffres…

...non je ne veux pas de chiffre. On sait que c’est probablement la fin d’une période qui va en amener une autre. Je voulais plutôt faire appel à ton imaginaire, car tu en parles beaucoup. Comment rêves-tu le monde ?

Bonne question… Certains collapsologues affirment que dans un siècle, on sera entre cent mille et un milliard d’individus [encore des chiffres, mince]. Le flou est incommensurable. La Terre sera invivable. Le haut de l'hémisphère nord sera peut-être viable. Toutes les zones côtières, les grands deltas seront dévastés. Il restera probablement des petites communautés dans un monde dévasté.

Et au niveau local, au niveau de notre quotidien ?

Aucune idée. [pause] Ma certitude, c’est qu’il faudra être plus proche de la nature, des animaux, des plantes, du vivant. C’est possible qu’on revienne à des conditions de vie précédant le Moyen-Âge.

"Ma certitude, c’est qu’il faudra être plus proche de la nature, des animaux, des plantes, du vivant. [...] Si on ne se reconnecte pas à la nature, on mourra, car c’est la seule manière de vivre sur le long terme."

Il faut bien remettre les choses à plat. C’est possible que d’ici un siècle la majorité des espèces vivantes ait disparu. Si l’espèce humaine survit en plus ou moins bon état, nous habiterons dans des maisons sans fenêtres. Si on ne se reconnecte pas à la nature, on mourra, car c’est la seule manière de vivre sur le long terme.

Pourquoi écris-tu des livres ? Est-ce une volonté d’alerter, car tu crois qu’un espoir est possible ?

On ne parle pas d’espoir, il faut s’en méfier. Je préfère parler d’élan vital. Si un médecin t’annonce que tu vas mourir d’un cancer dans six mois, comment réagis-tu ? Deux solutions, soit c’est fini et dans le pire des cas tu te suicides avant, soit tu prends cette annonce comme l’occasion de te transformer, de changer de vie, de mieux manger, d’être en paix avec tes proches, de bien vivre. Alors tu as plus de chance que la maladie guérisse. Par rapport à l’effondrement, on ne pourra pas l’éviter. Il faut tenter de bien vivre la traversé de cette tempête. C’est tout.

“L’effondrement, on ne pourra pas l’éviter. Il faut tenter de bien vivre la traversé de cette tempête. C’est tout.”

Notre volonté est d’écrire une trilogie. Nous en sommes aujourd’hui au tome 2. Le tome 1 parle du constat, des faits : le système va s’effondrer. Comment vit-on avec, on en parle dans le livre qui vient de sortir en traitant l’imaginaire, les questions émotionnels. Tout cela laisse le champ libre, enfin, pour penser une théorie politique de l’effondrement. Cette pensée est à venir et devra se faire collectivement.

L’idéal est de faire émerger un réseau de collapsologues qui travailleront ensemble. La collapsologie ne doit pas se résumer à quelques personnes. Mon but est de faire naître une intelligence collective. Dans les mois qui viennent, je vais me consacrer à l’émergence de ce réseau.

Peut-on faire un rappel sur ce qu’est la collapsologie. On parle d’effondrement, de quoi s’agit-il ?

En fait je suis issu du monde scientifique. Je suis agronome. Après avoir fait un doctorat en biologie, j’avais accès à toutes les publications scientifiques qui traitaient du climat, de la biodiversité, de l’énergie, etc. Avec Raphaël Stevens on s’est passionné pour cette question et on a fait une synthèse transdisciplinaire de tout ce que les scientifiques disaient sur l’effondrement potentiel des petits systèmes (biodiversité, climat…). Ces effondrements ont déjà commencé d’ailleurs. Ils peuvent continuer, s’intensifier et provoquer un effondrement global. C’est à la fois possible et imminent. La nouveauté consiste à se rendre compte que nous allons vivre cet effondrement et pas la génération future. Aujourd’hui, nous n’avons aucun moyen d’en être sûr, mais il est également impossible de montrer que ça ne va pas arriver.

“Que ce soit notre société, notre civilisation ou la biosphère, tout peut s’effondrer à toutes les échelles.”

Tout est interconnecté. Notre premier livre essaie de le mettre en évidence. S’il y a des effondrements quelque part, ils en entraînent d’autres par effet domino et créent un effet boule de neige qui provoque un effondrement systémique global. Que ce soit notre société, notre civilisation ou la biosphère, tout peut s’effondrer à toutes les échelles. On marche sur des oeufs. Si on ne prend pas un virage radical au niveau sociétal, il y a un risque que l’espèce humaine disparaisse. Si on prend ce virage radical, notre civilisation thermo industrielle s’effondre. La finance, l’économie, la politique, tout ça. On n’a pas le choix. Comme je le dis dans une vidéo, il est toujours temps de faire quelque chose, même s’il est trop tard pour le développement durable ou pour éviter les cancers généralisés dus aux pesticides.

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

C’est la grande question. Les causes sont nombreuses. La déconnexion avec la nature, la déconnexion corps esprit, la déconnexion raison émotion, le patriarcat, le massacre des sorcières à la renaissance, la naissance du capitalisme au niveau idéologique, l’invention de l’agriculture, l’invention des civilisations. Tu as trente-six causes. Elles sont reliées entre elles et l’embranchement est extrêmement toxique.

La population est-elle armée pour affronter le problème ? Les gens sont-ils assez responsables et suffisamment informés pour réagir ?

Globalement rien ne bouge, même s’il faut reconnaître une exponentielle dans la prise de conscience. Le problème est qu’on manque de temps. Quand on prend une voie spirituelle, les changements arrivent après des années. Quand on prend une voie extérieure comme faire un potager, apprendre l’autonomie ou s’organiser collectivement, ça prend aussi des années. En plus il faut faire les deux en même temps. N’agir que sur un aspect du changement, c’est prendre le risque de boiter, puis de tomber. On a besoin des deux, de la voie intérieure et extérieure. Non seulement pour réconcilier les personnes entre elles, mais aussi pour réconcilier le militant et le méditant en nous.

“Il ne faut pas s’armer face à l’effondrement. Il ne faut pas non plus le combattre, car il est inévitable.”

Beaucoup de gens prennent conscience, mais ça ne suffit pas. Beaucoup de gens commencent à y croire, mais ça ne suffit pas. Beaucoup de gens commencent à se mettre en mouvement, mais ça ne suffit pas. Beaucoup de gens s’organisent, mais ça ne suffit pas non plus. Il y a plein de choses qui se passent, mais encore une fois ça ne suffit pas. On attend de passer des seuils, là ça devient intéressant. Des seuils au-delà desquels toute la population bascule. Il faut des conditions pour cela, pour maintenir une pression et une stabilité politique, institutionnelle, culturelle, émotionnelle, géopolitique. Alors, une grande transition s’opère. Petit à petit, des régions du monde passeront vers un modèle de société plus résilient. Dernière chose, attention à la façon de percevoir le problème. Il ne faut pas s’armer face à l’effondrement. Il ne faut pas non plus le combattre, car il est inévitable.

Comment faut-il réagir ? Dans votre nouveau livre, vous expliquez comment “vivre l’effondrement”. Quelle est l’idée de votre nouvel ouvrage avec Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle ?

Il n’y a pas de solution globale. Il ne faut pas chercher un modèle, une solution unique.  Chaque réponse sera adaptée à sa région, à sa culture. C’est pour cela qu’on parle de mosaïque d’effondrement. D’ailleurs, il ne faut surtout pas arriver avec une idée de solution, ça voudrait dire qu’on cherche à résoudre un problème. J’aime parler d’un joyeux bordel.

“Il n’y a pas de solution globale. Chaque solution sera adaptée à sa région, à sa culture. C’est pour cela qu’on parle de mosaïque d’effondrement.”

Imaginons un grand arbre dans la forêt. Lorsqu’on sait qu’il va tomber, il faut passer du temps à prendre soin des jeunes pousses pour qu’ils poussent dans tous les sens. Il est urgent de favoriser la diversité pour retrouver la forêt. Notre système actuel est basé sur la monoculture. Il n’a pas d’avenir par manque de résilience.

Nous sommes en phase de transition. La transition, c’est la mort d’un organisme et la naissance d’un autre. Ici on parle de la mort d’un type de société, celle basée sur l’exploitation des énergies fossiles. On ne prône pas une grande réforme, c’est-à-dire un changement dans la continuité, on préfère parler de discontinuité. Aujourd’hui nous n’avons pas les moyens de savoir l’état du prochain système, mais on a les moyens de faire attention aux jeunes pousses. Voilà sur quoi il faut porter notre attention.

Ton discours est donc clairement anti-survivaliste ?

Oui et non. La question survivaliste est intéressante parce qu’on a tous un survivaliste en nous. C’est tout à fait logique et sain de vouloir survivre, de viser l’autonomie, de chercher à assurer ses besoins de base comme boire, manger ou protéger sa famille. Tout cela est tout à fait normal en plus d’être extrêmement intéressant. Il n’y a aucun souci avec ça. Tout le monde devrait le faire d’ailleurs, car celui qui ne le fait pas est à moitié conscient.

“On a tous un survivaliste en nous. C’est tout à fait logique et sain de vouloir survivre, de viser l’autonomie, de chercher à assurer ses besoins de base.”

Le problème avec cette posture, c’est lorsqu’on reste bloqué dedans. Lorsqu’elle devient une obsession et qu’on ne va pas au-delà. La survie est un état précaire qui dure quelques jours, quelques semaines. Si on veut chercher à vivre, il faut une autre posture. La réaction survivaliste reste la caricature de notre société matérialiste, consumériste, détachée de la nature. Rester dans cet état est dangereux, mais ça ne concerne qu’une minorité.

“La réaction survivaliste reste la caricature de notre société matérialiste, consumériste, détachée de la nature.”

La phase survivaliste, en plus d’être saine, est temporaire. Chacun d’entre nous doit avoir sa phase survivaliste, mais il ne faut pas y rester bloqué. C’est mon opinion. Attention, car le déni, l’effet inverse, est aussi dangereux. Quelqu’un qui refuse cet état ne veut pas voir la réalité en face.

En général, la communauté de Bio à la Une préfère le concret plutôt que les grandes idées. Que conseilles-tu de faire au quotidien ? S’informer plus sur le problème ? S’intéresse davantage aux solutions (même si ce n’est pas le mot ne plus adapté) ? Sortir dans la rue avec un panneau lors des marches pour le climat ? Ou est-il plus important et urgent d’apprendre à vivre sans supermarché, sans carte de crédit, sans station-service ?

Chacun sa sensibilité. Je n’ai pas vocation à dire aux autres ce qu’ils doivent faire, je préfère donner les outils pour qu’ils trouvent leur chemin, leur mission d’âme. C’est ça devenir adulte, trouver sa mission de vie. Quelqu’un à qui on doit dire ce qu’il faut faire n’est pas un adulte pour moi. On sait désormais qu’il y a une voie extérieure, l’organisation collective, et une voie intérieure, repenser notre rapport au monde. Dans vos lecteurs, beaucoup de gens savent quoi faire, j’en suis sûr.

“C’est évident, la seule manière d’aborder l’effondrement est de recréer du collectif, mais du vrai.”

Plus concrètement, on peut faire des tests en groupe pour se débrancher du système thermo industriel. Créer une AMAP par exemple, ou cultiver un potager. La notion de groupe est très importante, car si tu te débranches seul, tu es mort. Tu peux survivre quelques jours, mais tu vas mourir à terme. C’est évident, la seule manière d’aborder l’effondrement est de recréer du collectif, mais du vrai. On n’a pas du tout appris à vivre en collectif, même à l’école. Cette même école nous désapprend la démocratie, l’organisation sociale, ça en devient ridicule. Il faut tout réapprendre. Habiter à la campagne ou dans un écovillage est un bon début, au même titre que gérer une association collectivement, savoir vivre dans le sauvage, prendre soin des gens qui meurent, gérer le désespoir, ce sont des compétences essentielles qui font grandir.

“Je trouve géniale l’idée de la résilience, l’expérimentation par la pratique. Entraînez vous à faire deux semaines sans voiture, puis passez à un mois.”

Je trouve géniale l’idée de la résilience, l’expérimentation par la pratique. Entraînez vous à faire deux semaines sans voiture, puis passez à un mois, ensuite vous faites un mois sans carte bancaire, après coupez deux semaines l’eau du robinet. Essayez de voir comment vous vivez ces changements en les abordant comme un jeu. Coupez le chauffage et voyez comment vous réagissez, comment vous trouvez des solutions. Jouez à la résilience ensemble, parce que seul ce n’est pas très marrant. Imaginez que vous jouez à vous passer d’eau. Le quatrième jour vous craquez et vous allez voir votre voisin. Alors vous recréez des liens et ça devient intéressant.

Pour résumer notre livre, il faut maximiser nos liens, en créer avec les humains et les non-humains en mettant du sens. Se raconter une autre histoire pour retrouver d’autres horizons. La réalité de l’effondrement ne doit pas aplatir notre futur et rendre notre présent toxique. C’est ça la clé.

“Pour résumer notre livre, il faut maximiser nos liens, en créer avec les humains et les non humains en mettant du sens, se raconter une autre histoire pour retrouver d’autres horizons.”

Faut-il faire confiance à son intuition pour répondre aux choix vitaux qui s’offrent à nous ?

L’intuition est un peu un four-tout, même si les scientifiques commencent à débroussailler ce qu’il y a autour. Plus que jamais, il faut lui refaire confiance, sans oublier la raison et les émotions. Demandez aux lecteurs s’ils ont déjà parlé à un arbre en forêt ? Qu’est-ce qu’il vous a répondu ? Avez-vous déjà senti un regard se poser derrière-vous ? C’est ça l’intuition, le sixième sens. Tout le monde l’a. On ne sait pas ce que c’est, mais on apprend à sentir les signes.

Peux-tu nous parler de ta transition personnelle ? Le fait d’être partie vivre dans les Alpes. Pourquoi un tel choix ? Que préféres-tu dans votre nouvelle vie ?

Avant je vivais en ville avec ma femme, on était citadin. J’ai été éduqué hors-sol. Il y a quatre ans, nous sommes partis vivre à la campagne après la naissance de notre deuxième fils. On voulait que nos enfants vivent dans le sauvage, qu’ils soient en permanence en contact avec la nature. On voulait aussi un peu de soleil et tester la vie en collectif. Derrière, il y avait une intuition de quitter la ville pour se reconnecter. J’aime bien la ville, je trouve qu’elle apporte beaucoup, mais on est partie pour que les enfants se déploient.

“La ville reste un milieu artificiel avec lequel on voulait se séparer. Le niveau de vie urbain est très dégradé.”

Le calme est ce qu’on apprécie le plus. Le contact avec les non-humains et le nouveau contact avec les humains aussi. J’aime beaucoup les saisons, retrouver notre vulnérabilité, ressentir notre petite taille face à cette immensité. Les montagnes, les forêts, la nature, la chouette, le renard, le loup. Le confort et la sécurité des villes en moins, la beauté et l’émotion en plus. La ville reste un milieu artificiel avec lequel on voulait se séparer. Le niveau de vie urbain est très dégradé. Vivre sauvage est magnifique pour redécouvrir l’humilité et l’authenticité de notre existence.

As-tu un message pour celles et ceux qui ne s’intéressent ni à la collapsologie, ni à l’écologie ? Ceux là même que le changement climatique laisse indifférent, soit car ils ont d’autres problèmes, soit car ils s’en fiches, soit car ils croient, et c’est une croyance, que la science va résoudre le problème.

Dans cette question il y beaucoup d’étiquettes. Le message que j’ai envie de donner et de se méfier des étiquettes, des mots : écologie, survivalisme, collapsologie. Ils peuvent nous donner l’occasion de nous séparer les uns les autres. Tous ces mots ne devraient être qu’une invitation à aller voir ce qu’il y a derrière et à suivre son intuition.

Il faut s’informer, mais il n’y a pas que la tête, il y a le coeur et les mains. S’informer c’est important, mais plein de gens s’en foutent. Ils veulent agir. Nous lançons une invitation à décloisonner, à passer à l’action, à aller au delà des étiquettes.

image : Thinkerview © (source)

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