Pourquoi il faut absolument relire Le Petit Prince

Le petit prince sur son astéroïde
Pourquoi il faut absolument relire "Le Petit Prince"
Par Mathieu Doutreligne publié le
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Le Petit Prince est un livre d’Antoine de Saint Exupéry écrit dans les années 40. Destiné à première vue aux enfants, l’ouvrage cache des vérités cachées qui interrogent profondément le lecteur et le pousse à l’introspection. Le récit aurait pour objectif d'inciter les hommes à réenchanter le monde en l’axant sur l’essentiel.

Après la Bible, quel est le livre le plus traduit au monde ? Le Petit Prince, bingo ! Phénomène international, il a été vendu à près de 150 millions d’exemplaires, traduit en 300 langues dont le toba, une langue amérindienne du nord de l’Argentine.

Sans trop se mouiller, on peut dire qu’Antoine de Saint Exupéry a laissé avec Le Petit Prince un ouvrage classique de la littérature d’enfance. Écrit à New-York en 1943, c’est un livre à la fois que beaucoup de lecteurs adorent, mais également un livre que les experts aiment mépriser, car il semble reposer sur une imposture poétique et sentimentale. Toutefois, lorsqu’on lit ses lignes plus attentivement, on constate une profondeur dans les propos de ce garçon qui ne grandit pas.

“C’est véritablement utile puisque c’est joli.”

Une anecdote raconte que lorsqu’on demandait à Heidegger, l’un des plus grands philosophes Allemand, qu’elle était le plus grand livre de la littérature du XXe siècle, il répondait Le Petit Prince de Saint Exupéry. Étonnant ? En réalité, cette ouvrage écrit pendant la seconde Guerre Mondiale va beaucoup plus loin que ce qu’on a l’habitude d’imaginer.

Un condensé de réflexions philosophiques

La qualité d’une oeuvre philosophique se reconnaît probablement par son intemporalité, à sa faculté d’être attentive au présent comme elle raconte le passé. Que décrit réellement “Le petit Prince” ? Est-ce un livre pour enfant, un conte fantastique, une oeuvre poétique ou un conte philosophique ?

Comme l’explique Philippe Forest, professeur de littérature à l’Université de Nantes, aujourd’hui Saint Exupéry est mal considéré. On lui colle facilement l’étiquette d’humaniste attardé, d’écrivain pour enfant, de romancier sentimental, de spéculateur de l’aviation. Son oeuvre phare serait littérairement faible et philosophiquement douteuse. Et si c’était faux ? Selon le professeur, le roman repose sur la confrontation explicite d’un adulte et d’un enfant et sur l’intégration d’un conte pour enfants à l’intérieur d’un roman pour adulte écrit à la première personne.

“Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent.”

Dans cet ouvrage mythique, un enfant s’aventure dans un voyage extraordinaire et découvre le monde. Saint-Exupéry s’en sert pour côtoyer des vérités profondes sur la réalité de l’homme et ce qui l’entoure. D’apparence simple, car destiné aux enfants, le langage du livre sert à communiquer une conception symbolique de la vie. Chaque rencontre faite interroge le petit prince quand l’adulte adopte un comportement exacerbé. Des rencontres qui servent à exprimer une idée plus profonde par du concret. Pour trouver des réponses aux questions qu’il se pose, pour imaginer des solutions aux problèmes qu’il rencontre, Saint-Exupéry invite le lecteur à retrouver l’enfant en soi.

“Il est bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui.”

C’est notre faculté à voir ce qui est invisible, qui va permettre à l’adulte d’avancer. Le petit prince est un exilé, quelqu’un qui s’est imprudemment aventuré loin de son astéroïde et qui se retrouve dans un environnement hostile auquel il ne comprend rien. Il fait l’expérience de l’exil, l’expérience de l’amour malheureux.

Les secrets d’une vie heureuse ne seraient que des vérités enfouies en chacun de nous. Il est facile de s’égarer en chemin, se porter son attention sur l’illusion, l’excès, un rythme de vie oubliant les fondamentaux. Le Petit Prince lance un appel à la réflexion sur ce qui est essentiel mais invisible.

“On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.”

L’homme est un être troublé par sa propre existence

Laurence Vanin est philosophe. Elle se passionne par le chef-d’oeuvre de Saint Exupéry et, lors de son adaptation au cinéma en 2015, écrit l’ouvrage L’énigme de la rose (éditions Ovadia en 2015) qui démontre la philosophie cachée de ce livre que tout le monde connaît. Elle affirme que Le Petit Prince est “intemporel et par conséquent toujours moderne, ce conte exhorte à la métamorphose. Il incite à penser le réenchantement du regard et recentrer l’homme dans une humanité afin qu’il réinvestisse son rôle.” L’humanité tente de combattre un fléau qui la dépasse. “L’être humain, dans sa spécificité, se condamne à une mort certaine parce que son être à soi lui est devenu difficile.”

“Qu’est-ce que signifie apprivoiser ? C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie créer des liens…”

Relisez donc Le Petit Prince avec un oeil nouveau. Tentez de visiter les différentes planètes en méditant sur les conditions de l’espèce humaine. Vous y ferez forcément le parallèle avec vos propres expériences, vos périodes de doute, de réussite, vos rencontres. C’est une véritable introspection qui permet à chacun de se ressourcer.

Ce qui importe pour Saint Exupéry : devenir homme. Ce n’est qu’en prenant conscience de sa tâche, de son rôle dans l’univers, que le bonheur nous ouvrira sa porte. En ayant trouvé le sens de la vie, l’homme trouvera le sens de la mort. Enfin il pourra vivre et mourir en paix.

“Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis.”

Laurence Vanin résume ainsi : “Saint Exupéry engage les hommes à conquérir leur humanité. Il les exhorte à préserver leur héritage culturel et à “habiter” le monde, non pas comme simples présences mais comme gardiens de valeurs spirituelles et structurelles en vue de façonner un nouveau monde axé sur l’essentiel… un univers réenchanté !

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