Le véganisme va-t-il disparaître avant 2050 ?

Un homme mange une feuille de salade d'un air interrogatif
Le véganisme va-t-il disparaître avant 2050 ?
Par Mathieu Doutreligne publié le
7105 lectures

En se positionnant contre toute forme d’exploitation animale, dont l’élevage fait partie, le modèle végane s’impose de suivre des techniques agricoles modernes destructrices de la biodiversité et souvent gourmandes en produits chimiques. Explication sur ce mode de vie dont l’avenir semble incertain.

Le débat sur le véganisme est passionnant, car il fait avancer de nombreuses causes, parfois même à son insu. Lorsqu’on s’intéresse à l’avenir de la planète, force est de constater que la consommation de viande n’est pas la meilleure amie du climat. L’élevage est responsable de 14% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il faut 5.000 litres d’eau pour produire un kilo de boeuf, 70% de la production de céréales sert à nourrir les animaux. Plus que jamais, manger régulièrement de la viande ne fera jamais de vous un écolo.

Le véganisme va plus loin. À coup de vidéos chocs, il dénonce l’horreur présente dans les élevages industriels. Plus globalement, les véganes se positionnent contre toute forme d’exploitation animale, s’interdisant le cuir, les oeufs, le miel, la pratique de l’équitation, la traction animale ou l’utilisation de chien-sauveurs lors d'avalanche.

Le vrai problème, c’est la mort.

Mais le vrai problème, c’est la mort. En effet, ce mouvement né dans les années 40 estime qu’il n’est pas éthique de s’autoriser à donner la mort à un animal pour le manger. Seule la nature aurait ce privilège. Les êtres sensibles naissant de notre plein gré doivent être choyés avant toute chose. Les vegans feraient donc tout pour vivre en tuant le moins d’animaux possible.

Éthique : l’argument qui tue

C’est en visionnant une vidéo de la chaîne Youtube “Ma ferme autonome” que nous sommes tombés sur une critique du véganisme. Selon l’auteur anonyme, le mouvement va disparaître d’ici 2050. Son gros point noir serait de ne pas être en accord avec son principe de base, celui de croire que le modèle vegan est celui qui tue le moins d’animaux. Indirectement, les vegans sont responsables de milliards de morts d’animaux. Il ne luttent que contre une certaine forme de souffrance animale visible, mais participent à un “génocide” invisible de plus grande ampleur.

Indirectement, les vegans sont responsables de milliards de morts d’animaux.

Selon le fermier autonome, l’imposture vegan repose sur un mensonge. Selon lui, les vegans ne s’intéressent pas au nombre d’animaux qu’ils tuent pour manger, mais à ceux que les omnivores tuent. Or, la production industrielle de fruits, de céréales et de légumes pour l'alimentation humaine est quantitativement la première cause de mortalité animale au monde de par son modèle agricole qui élimine la vie des sols avec les pesticides, et à cause de la séparation entre agriculture et élevage.

Terre à nue dans une campagne française

L’agriculture industrielle intensive est responsable de la disparition de près de 80% des insectes d'Europe et par effet boule de neige de celle des oiseaux, des rongeurs. Les techniques agricoles modernes sont responsables de la chute des populations de vers de terre. La biodiversité s’effondre. Le nombre de morts serait impossible à calculer.

Face à l’effondrement de la biodiversité, le véganisme ne serait pas une solution.

Face à l’effondrement en cours, le véganisme ne serait pas une solution, car il s’inscrit dans la continuité du dualisme cartésien, c’est-à-dire une vision séparatrice du monde avec d’un côté l’homme, de l’autre côté la nature, ce qui a engendré une catastrophe agronomique. Le tout ayant été amplifié par la morale manichéenne qui consiste à simplifier notre rapport au monde. Les choses sont vues comme binaires, elles sont soit bien, soit mal, notre alimentation est soit vivante, soit morte, l’élevage et soit bon, soit mauvais.

L’effondrement du vivant est une réalité que peu de personnes perçoivent de leurs sens, tant la vie moderne est éloignée du monde sauvage. Or c’est bien ce dernier qui, de plein fouet, est affecté par un déclin vertigineux. Explosion démographique et standardisation de l’agriculture industrielle ont permis ce massacre imperceptible.

La mort domine dans les cultures intensives, même si, certes, elle est moins spectaculaire qu’un animal égorgé dans un abattoir.

La mort domine dans les cultures intensives, même si, certes, elle est moins spectaculaire qu’un animal égorgé dans un abattoir. Rien ne justifie l’agressivité extrême qui sévit dans certains établissements, mais les choses doivent être recontextualisées.

Tout ceci est en réalité un débat sur l’exploitation animale et l’industrialisation. Qui est le plus irresponsable entre le vegan qui mange une nourriture industrielle et l’omnivore qui mange partiellement une viande issue de filières paysannes ?

Agronomie : le retour en force de la paysannerie

Voilà l’erreur principale du véganisme et plus généralement l’agriculture industrielle : vouloir retirer toute forme d’élevage dans l’agriculture alors que, jusqu’à preuve du contraire, ce sont des éléments complémentaires pour produire naturellement des aliments. Conscient de ces dérèglements, les débats vont à tout va. C’est dans cette agitation qu’un paysan s’est fait connaître. Pierre-Etienne Rault se dit vegano-sceptique.

Selon lui, un territoire sans élevage est un territoire en souffrance, dans lequel l’homme interdit à la nature de déployer son extraordinaire démonstration de vie et de biodiversité. Il estime que “pour répondre aux défis environnementaux de demain, il va nous falloir mettre en place un modèle agricole qui soit à la fois efficient et résilient, revenir à un modèle de polyculture-élevage qui soit adapté à l’équilibre de chaque territoire.” De plus, l’auteur aborde la question morale en soutenant qu’abattre un animal pour le mange n’est acceptable que si l’ensemble des conditions ont été réunies pour qu’il ait eu la vie la plus belle et la mort la plus digne qui soient. Des conditions que ne permettent pas l’industrialisation de l’élevage.

“Pour répondre aux défis environnementaux de demain, il va nous falloir [...] revenir à un modèle de polyculture-élevage.” Pierre-Etienne Rault

Une plante ne pousse que dans un milieu fertile. Aujourd’hui, on a remplacé le fumier des vaches par des engrais à base de phosphore pour enrichir les sols. En se positionnant contre l’élevage, on se hisse contre l'apport d’engrais organique dans les champs et par conséquent, pour un apport chimique qui implique une mécanisation dans la majorité des cas. Rappelons également que cet ingénieux mélange est déversé grâce à des monstres d’acier qui se nourrissent de pétrole. Bref, difficile de croire qu’un quelconque modèle industriel pourrait résoudre le schmilblick agricole du moment.

Pour faire simple, notre système agricole actuel a séparé la production de céréales et l’élevage d’animaux. Cela oblige les fermes modernes, qu’on appelle exploitation agricole, à utiliser des intrants pour rendre les cultures fertiles. Ce système ne rassemble pas, il divise.

L’animal dans la ferme, en vivant, rejette des excréments qui fertilisent les sols, rendant le système cyclique.

L’intrant dans une ferme vegan ou les structures industrielles, c’est le pétrole, alors que la fertilisation des sols est faite grâce aux animaux dans les fermes paysannes. “Un paysan à qui on interdirait aujourd’hui d’élever des animaux serait aussi malheureux et désœuvré qu’un pianiste à qui on enlèverait la moitié des touches de son piano” affirme Pierre-Etienne Rault.

Les alternatives existent. Elles sont à mettre en lumière. Produire en préservant la vie sous toutes ses formes n’est pas impossible. C’est même une réalité dans les structures agroécologiques, en permaculture, dans la paysannerie pleine de sens.

Le régime vegan accusé de malnutrition

La malnutrition est un fléau mondial. Elle se concrétise par des carences en micronutriments, en maigreur extrême ou en obésité. Ces troubles sont souvent dus à une alimentation disproportionnée ou un mauvais équilibre dans l’assiette. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer avait déclaré que la consommation de viande pouvait entrer dans l’équation de la malnutrition. C’était une première qui a engendré un gain d’attention pour le végétarisme et le véganisme. Attention toutefois, car enlever un aliment qu’on pense mauvais pour la santé parce qu’on le consomme en excès peut avoir des répercussions. À ce titre, une nouvelle étude américaine vient de montrer que le régime vegan cause des carences en micronutriments essentiels, tels les vitamines et les minéraux. Sont pointés du doigt le calcium, le magnésium ou la vitamine A, D et E. Souvent ces carences semblent bénignes, mais les conséquences peuvent être graves comme une moins bonne résistance aux maladies ou des déficiences mentales.

Source(s):

Chargement...

Commentaires