L’agroforesterie ou l’arbre paysan

L’agroforesterie ou l’arbre paysan
Moisson de blé entre des noyers de 25 à 30 d’âge © AGROOF
Par Dominique FIRBAL publié le
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Les monocultures intensives du 20e siècle ont banni les arbres du paysage agricole. Pourtant, associé aux cultures, l’arbre est capable d’améliorer à la fois la qualité de la production et le rendement. Il est en fait le meilleur ami du paysan. Et s’il est l’ami du paysan, il est aussi l’ami du climat ! L’agroforesterie qui s’implante à nouveau dans les cultures le prouve.

Ancestrale et résolument moderne

L’agroforesterie propose de réintroduire les arbres dans les cultures et les pâturages.  « En bord de champ, dans les haies, alignés dans les parcelles ou en bouquets…, nous dit Alain Canet, président de l’Association Française d’AgroForesterie, il y a autant de formes d’agroforesterie qu’il y a d’agriculteurs, de modes de cultures et de paysages. »

L’association de l’arbre et des cultures est vieille comme le monde. Les prés vergers normands et leurs moutons, le bocage breton, les porcs noirs de Bigorre sous les arbres, les têtards du Pays Basque, sont autant de formes ancestrales de ce qu’on appelle aujourd’hui agroforesterie. Car partout dans le monde, le paysan a toujours su qu’il avait besoin des arbres.

Pourtant, au milieu du siècle dernier, les systèmes agricoles ont pris un tournant brutal. En France et en Europe, le remembrement des parcelles agricoles a fait disparaître les arbres et les haies. Pour les énormes machines sillonnant les monocultures, l’arbre devenait un obstacle. Sont apparues les gigantesques monocultures et l’utilisation massive des produits phytosanitaires.

Ces techniques ont montré leurs limites, et aujourd’hui, l’érosion des sols, les problèmes de drainage des eaux, la perte de fertilité des sols cultivés conduisent peu à peu à des changements de pratiques.
Aujourd’hui, l’arbre entame lentement son retour dans les champs et de nouvelles formes d’agroforesterie apparaissent : les noyers avec les blés, les cormiers avec les vignes, les oliviers et le maraîchage…

 

Association de l’olivier et du choux (Espagne). © AGROOF

Pour quoi faire ?

L’arbre est indispensable et ses « services environnementaux » sont énormes.  Il sait intercepter l’eau et la retenir, il permet à la pluie de pénétrer les sols pour éviter l’érosion et les inondations. Il sait réguler les températures et l’humidité. Grace à ses feuilles et ses racines, il augmente la fertilité des sols et permet donc de limiter les intrants, qu’ils soient naturels ou chimiques. Il offre un abri aux animaux, oiseaux, abeilles, insectes auxiliaires des cultures. En plus, il séquestre le carbone dans ses racines et ses branches. Tout bénéfice pour les écosystèmes et le climat !

L’INRA mène des expérimentations depuis 25 ans, et son site de Restinclières, dans l'Hérault, est une référence européenne en matière de mesure des performances productives et environnementales de cette technique. Christian Dupraz directeur de recherche à l'INRA constate qu’une forêt et une culture séparée nécessitent entre 1.2 et 1.6 hectares pour produire la même quantité de bois et de produits agricoles qu’un hectare agroforestier. « C’est donc une puissante intensification de la production basée sur la complémentarité des espèces, et non pas sur l'utilisation d'intrants, constate-t-il. C'est une technique typiquement agro-écologique.»

 

Christian Dupraz, chercheur en agroforesterie, Inra, France from agropolis International on Vimeo.

Et pour l’agriculteur ?

On dénombre plus de 45000 projets d’agroforesterie en France sur environ 180000 hectares. Un bon début, même si seulement 2% de la totalité des surfaces agricoles sont concernées. Une quarantaine d’opérateurs (associations spécialisées, chambres d’agricultures, quelques conseils généraux, techniciens forestiers…) sensibilisent et soutiennent les porteurs de projets. La plupart de ces derniers en tirent de gros avantages.

« L’arbre et le couvert végétal apportent la fertilité du sol, Explique Alain Canet. Et l’agriculteur diversifie sa production. Il peut produire du bois d’œuvre sur le long terme, mais il peut faire aussi des fruitiers qui lui rapporteront rapidement et régulièrement, il peut aussi faire des arbres têtards qui produiront constamment des branches pour faire du bois raméal fragmenté (BRF) ou du bois énergie. »

 

« Planter un arbre, c’est penser à l’avenir »

Dans le département de l’Eure, Philippe est un pionnier. Il est le premier à s’être lancé dans l’agroforesterie, il y a 5 ans. Sur ses 104 hectares de céréales, 3,5 hectares ont été agrémentés de noyers, cerisiers, alisiers, cormiers, robiniers... Sa production de céréales est stable et ses arbres poussent bien. « Dans une vingtaine d’années j’aurai un bonus de 20 à 30% avec la vente du bois constate-t-il avec bonheur ».  Mais ce n’est pas le seul avantage pour sa propriété. « Les zones dortoir de la région parisienne ne sont pas loin de chez moi. L’urbanisation a fait du tort aux paysages. J’ai eu envie de planter pour préserver. » Il n’oublie pas non plus l’enjeu pour la planète. « On aurait un vrai impact pour le climat et la biodiversité si on arrivait à atteindre 10 à 15% des surfaces agricoles en agroforesterie. »

Souhaitons avec lui, et avec Christian Dupraz de l’INRA d’atteindre le million d’hectares cultivés en 2050. Et comme dit Philippe « planter un arbre, c’est être optimiste ».

 


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