Que se cache-t-il derrière le bio de supermarché ?

un étalage bio dans un supermarché
Que se cache-t-il derrière le bio de supermarché ?
Par Elodie Sillaro publié le
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 Avec une hausse annuelle de 20%, le bio fait tourner la tête des géants de l’agroalimentaire et est devenu la poule aux oeufs d’or qui attise la convoitise des enseignes de la grande distribution. Mais à quel prix ? Les journalistes de Capital sur M6 ont mené l'enquête.

Le bio, c’est la garantie d’une alimentation saine et respectueuse de l’environnement. C'est aussi devenu la poule aux oeufs d’or qui attise la convoitise des enseignes de la grande distribution. Leur promesse ? Offrir des produits bio à moindre coûts aux consommateurs freinés par les prix du bio en magasins spécialisés. Carrefour Bio, la nouvelle enseigne du géant de la distribution, a ouvert des supérettes avec une offre 100% bio. Sous son slogan “Le bio accessible à tous!”, le géant fait l’impasse sur de nombreux principes...

Du bio mais à quel prix ?

Dans la Manche, Thierry est un maraîcher qui peut vendre à l’enseigne jusqu'à 400 tonnes de carottes par an. Cela semble difficile de concilier les exigences de l’agriculture biologique avec celles de la rentabilité de la grande distribution. Et pour cause, le cahier des charges de la bio exige la rotation des sols, interdit l’utilisation d’engrais et de pesticides chimiques. Les cultures nécessitent donc de plus de main d’oeuvres et fournissent moins de rendements. La méthode pour rentabiliser est donc de négocier des produits en gros volume, quitte à évincer quelques principes.

Des légumes pas encore mûrs

Thierry travaille “à flux tendu”, c’est-à-dire qu’il travaille en fonction de la demande. C’est difficilement compatible avec l’agriculture biologique car, en bio, la demande est plus importante que l’offre. Et pour y répondre au mieux, il se voit contraint de récolter dans certaines de ses parcelles agricoles qui viennent juste d’arriver à maturation. Résultats, les carottes sont plus fragiles et certaines ne sont pas bien boutées, c’est-à-dire récoltées avant d’avoir atteint leur taille maximale, d’être bien arrondie et dotées d’un cœur bien rouge. Une carotte est récoltée au bout de quatre mois mais Thierry est obligé de les ramasser deux semaines plus tôt pour fournir l’enseigne.

“Sur un hectare, ça vous fait quelques tonnes en plus, on perd un peu de rendements. Mais, il faut approvisionner nos clients”. Avec le bio de la grande distribution, il faut du volume quitte à perdre 10 ou 20% de rendements.

Toutes les saisons et tous les pays

Carrefour Bio exige d’avoir des produits uniquement d’origine française sous sa marque. En revanche, ils font appel à d’autres marques pour remplir les étalages. Des kiwis de Nouvelle-Zélande, du raisin d’Italie, des pamplemousses mexicains, du gingembre de Chine ou des tomates d’Espagne. On fait le tour du monde pour répondre aux habitudes des consommateurs et peu importe si on ne respecte ni la provenance française ni les saisons des fruits et légumes.

À Almeria, les courgettes, tomates et autres légumes poussent sous des abris chauffés pour accélérer leur maturation. Problème, ces serres nécessitent d’énormes quantités d’eau et la main d’oeuvre est employée à bas coûts.

Certes, le cahier des charges de la bio est respecté mais les conditions écologiques et sociales sont loin d'être éthiques. À chacun donc d’avancer sur le chemin du bio à son rythme et d’adopter les exigences que l’on estime les plus saines pour notre santé, notre environnement et la société. Le mieux encore est d'opter pour des produits bio, d'origine France et de saison mais aussi de se fournir en magasin spécialisé ou directement sur les marchés (circuit-court) ou encore chez le producteur.

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