Comment contribuer au développement du bio ? L’avis de Philippe Desbrosses, pionnier de l’agriculture bio

Comment contribuer au développement du bio ? L’avis de Philippe Desbrosses, pionnier de l’agriculture bio
Comment contribuer au développement du bio ? L’avis de Philippe Desbrosses, pionnier de l’agriculture bio
Par Audrey Abbamonte publié le
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Agriculture, consommation, distribution, aujourd’hui le bio est partout, non sans mal... Lors d’un entretien pour Bio à la Une, Philippe Desbrosses, l’un des pionniers de l’agriculture biologique en Europe, scientifique et écrivain français, revient sur les fondements de la bio. Il retrace le chemin parcouru pour un monde plus écologique et pose les problèmes persistants qui nuisent à son développement.

En France, l’activité biologique connaît une hausse significative depuis plusieurs années. Une preuve selon le Président de l’association Intelligence Verte de la prise de conscience de l’importance d’une consommation plus écologique : “elle se développe à plus de 20% par an”. Mais, le chemin reste encore long et la route bien sinueuse pour que la Terre devienne une terre “plus responsable et plus saine”. 

Agir en tant que citoyen et acteur de la société

Philippe Desbrosses est un homme très engagé dans la lutte biologique, une bataille qu’il mène depuis de nombreuses années. Il est à l’origine de la création de plusieurs mouvements d’officialisation de l’agriculture bio. Aujourd'hui véritable raz-de-marée, il a pu constater que la bio a tout de même mis plus de 40 ans a trouvé son succès.

“On a gagné la bataille culturelle pour le bio, nous ne sommes plus les ringards d'autrefois. Ce sont ceux qui pollunte, qui empoisonnent, qui rendent malades, qui détruisent notre avenir. Et, la population maintenant l’a compris.”

Membre du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot et membre du CRIIGEN, Philippe Desbrosses prône la sauvegarde du patrimoine génétique et la biodiversité. Selon lui, tout citoyen participe d’une manière ou d’une autre à construire le monde de demain et joue un rôle sans même en avoir conscience.

“Manger est un acte politique. On mange trois fois par jour et 365 jours par an. Par nos millions de coups de fourchettes, on façonne le monde dans lequel on veut vivre, pacifique, ou totalitaire avec les OGM, par exemple.”

Averti des impacts de l’agriculture conventionnelle sur la santé et l’environnement, chaque citoyen peut agir à son échelle avant même que le gouvernement impose certaines décisions par la législation.

Se reconnecter à son alimentation et manger local

Pour l’agriculteur et écrivain, la problématique réside désormais dans l’accompagnement des citoyens dans cette démarche biologique : quels sont les produits sûrs, comment cultiver les sols, comment s’organiser ? 

“On nous dit qu’il faut manger 5 fruits et légumes par jour mais lesquels ? Ceux qui sont à l’autre bout du monde bourrés de pesticides ?”

Chaque jour, 1500 semi-remorques nous apportent fruits et légumes du sud, contrée qui manque cruellement de ressources en eau. “Les fruits et légumes sont à 90% faits d’eau, qui viennent de régions où cette ressource fait cruellement défaut et où les gens vont bientôt s’affronter pour pouvoir partager l’eau. Alors que nous, on a des territoires entiers où on pourrait relocaliser. C’est un gisement d'emploi, de richesses et de ressources locales”. Dans un monde en crise, il semble alors primordial de manger local pour contribuer à la relocalisation de nos ressources.

Replacer l’agriculture au centre de nos intérêts et préserver les savoir-faire 

Le fondateur du centre de formation de la Ferme de Sainte Marthe place l’agronomie au centre de l’humanité. Permaculture, biodynamie, agroécologie, agriculture biologique, vivrière ou paysanne sont “simplement de bonnes agronomies” qui permettent de préserver la pérennité des écosystèmes et des ressources. 

Chaque année, une centaine de personnes décide de changer de vie et de suivre la formation bio à la Ferme de Sainte Marthe.

“Le but est de gérer de manière constante et durable les écosystèmes qui nous nourrissent et nous permettent de vivre.”

Aujourd’hui, Philippe Desbrosses constate que l’agriculture biologique et l'agroécologie sont largement plébiscités par la population mondiale. Le but actuel est de les préserver et les développer. Pour le chercheur, il est donc impératif de se rapprocher de la terre, d'en apporter un soin particulier et de se “réenraciner”. 

“À un moment où la population augmente, les ressources diminuent. [...] Aujourd’hui il n’y a plus tellement de solution, pour utiliser sa vie à des fins constructives, pour s’épanouir dans cette société ça passe forcément par l’agriculture. C’est la base de tout.”

Ferme de Sainte Marthe au coeur de la Sologne (Loir-et-Cher).

Pour cela, l’ancien Président de la Commission nationale du Label AB appelle à la solidarité et au respect des personnes qui produisent une nourriture saine et de qualité. Afin de préserver ces savoir-faire et de faire perdurer une agriculture saine et respectueuse, "il faut en payer le prix". Par nos actes, l’enjeu de l'agriculture biologique transcende le domaine alimentaire et s'étend aux emplois, à la terre, aux écosystèmes et à la biodiversité. “On ne peut pas dissocier tous ces grands défis du XXI siècle” insiste l’expert.

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