Cosmétiques : polémique autour des tests effectués sur les animaux

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Cosmétiques : polémique autour des tests effectués sur les animaux
Par Anaïs Martinez publié le
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Depuis 2013, un règlement européen interdit la vente de cosmétiques testés sur les animaux au sein de l’UE. Pourtant, certaines marques continuent d’en réaliser. La mention "non testé sur les animaux" est-elle donc un gage de fiabilité ? Décryptage avec Natacha Cingotti, juriste spécialiste des questions européennes et Anissa Putois, chargée de communication chez PETA France et Royaume-Uni.

Le 1er avril 2019, l’association de défense des animaux PETA France publiait un communiqué pour dénoncer des tests d’ingrédients cosmétiques effectués sur des espèces animales, "empoisonnées et tuées", et ce, malgré l'interdiction de cette pratique au sein de l’Union européenne.

Dans le même temps, il n’est pas rare de voir au rayon cosmétiques la mention "non testé sur les animaux" sur les emballages de certains produits. Pour les consommateurs, c’est souvent la preuve que les marques s’engagent pour le bien-être animal. Mais la réalité serait plus complexe que cela selon Natacha Cingotti, juriste spécialiste des questions européennes. Qu’en est-il vraiment ?

Ce que dit la loi

En 1976, une directive européenne est adoptée au sujet de la protection des animaux utilisés à des fins expérimentales. L’article 5 du texte insiste sur le fait que les animaux doivent être bien traités, et avoir des "soins appropriés à leur santé et leur bien-être". Éléments devant être observés "par une personne compétente pour prévenir toute douleur pour toute souffrance inutile soit évitée".

En 2007, l’Union européenne adopte le règlement Reach (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals en français Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques). Le but de ce texte : "mieux protéger la santé humaine et l'environnement contre les risques liés aux substances chimiques, tout en favorisant la compétitivité de l'industrie chimique de l'UE. Il encourage également des méthodes alternatives pour l'évaluation des dangers liés aux substances afin de réduire le nombre d'essais sur animaux", comme l’explique l’ECHA, l'Agence européenne des produits chimiques, qui s'emploie à sécuriser l'usage des produits chimiques. Celle-ci veille à la bonne application de la législation de l'UE sur ces substances. La loi Reach impose que les molécules chimiques soient testées notamment pour évaluer les risques tels que la toxicité, la cancérogénicité, la mutagénicité pour s’assurer de l’innocuité du produit final pour le consommateur, précise Natacha Cingotti, juriste spécialiste des questions européennes.

En 2009, un règlement, devenant le texte de référence pour les Etats membres, régit les conditions de mise sur le marché des substances chimiques dont celles utilisées dans les produits cosmétiques. Cette mesure prévoyait déjà l’utilisation de méthodes alternatives pour éviter d’avoir recours, dans la mesure du possible, aux expérimentations animales.

Enfin, en mars 2013, un règlement européen, interdisant la vente de produits testés sur les animaux au sein de l’UE, entre en vigueur.

"Cela aurait dû permettre aux consommateurs d’avoir la certitude que tout nouveau produit ou ingrédient cosmétique fabriqué après le 11 mars 2013 n’avait pas été testé sur les animaux", comme le décrit le communiqué de PETA France.

Problème : la loi Reach, qui impose aux entreprises de vérifier les substances qu’elles vont mettre sur le marché et au sein du produit fini, peut prévaloir. Normalement, les tests sur animaux sont interdits. Cependant, si la substance chimique est utilisée à d’autres fins que la cosmétique notamment par des travailleurs dans le processus de transformation du produit ou par des esthéticiennes, coiffeurs... alors la loi Reach prime et des tests sont réalisés, explique Natacha Cingotti.

Pour l’association de défense des animaux, cela est inconcevable. Selon PETA, des rapports officiels ont montré qu’après l’adoption du règlement Reach "ces tests comprenaient des tests cutanés et oculaires douloureux, des tests de toxicité aiguë dans lesquels les animaux étaient exposés à d’importantes doses de produits chimiques, conduisant à des souffrances ainsi qu’à une mort terrible même si des méthodes fiables et n’ayant pas recours aux animaux existent pour nombre de ces tests. Souris, rats, cochons d’Inde, poissons et lapins ont été utilisés, et le pire est à venir. Ces tests peuvent durer pendant des mois, ou même pendant toute la durée de vie des animaux à qui l’on dose des produits chimiques quotidiennement".

Le problème des logos

Avec autant d’incertitudes sur le mode de fabrication des cosmétiques, il est tentant de se tourner vers les produits portant la mention "non testé sur les animaux". Est-ce le signe que la marque s’engage pour le bien-être animal ? Pas forcément selon Natacha Cingotti. Premièrement, cette allégation est abusive car c’est une obligation du règlement européen. Pour elle, il s’agit davantage d’un argument marketing.

Cela peut aussi signifier que des méthodes alternatives ont été utilisées ou bien qu’il n’y a vraiment pas eu de tests. Autrement dit, les risques potentiels n’ont pas été vérifiés jusqu’au bout. Natacha Cingotti insiste sur le fait que si l'interdiction des tests sur les animaux est une bonne chose, il n’y a cependant pas d’équivalent de test in vivo (tests sur animaux) assez développés pour que toutes les entreprises puissent les utiliser.

De son côté, Anissa Putois, chargée de communication chez PETA France, indique que PETA US a développé le logo international "Cruelty-Free" (sans cruauté). Il permet de certifier qu’une marque n’a pas eu recours à des essais sur animaux mais à des méthodes alternatives. "En effet, ces logos garantissent qu’aucun test sur animaux n’a été effectué au niveau des ingrédients ni à celui des produits finis. Tout cela est vérifié par PETA. Certaines marques essayent d’outrepasser la loi et continuent de commercialiser des produits dans l’UE qui ont probablement été testés sur les animaux pour être vendus en Chine. Ces types de logos ont un grand intérêt, même dans l’Union européenne, car ils garantissent une transparence de la part de la marque".

Il existe également le logo "vegan" mais qui ne veut pas dire "non testé sur les animaux". Il indique que les ingrédients du produit cosmétique ne sont pas d’origine animale (le miel par exemple).

Les alternatives aux tests sur animaux

D’après Anissa Putois, alors que les industriels utilisent surtout des tests in vivo, ces expérimentations sur les animaux ne sont pas assez fiables car ceux-ci "ne réagissent pas de la même manière que l’organisme humain". Elle souligne également qu’il existe bel et bien des méthodes alternatives et qu’elles sont bien développées. Elle cite les expériences sur des cellules humaines (tests in vitro) ou à partir des résultats de tests déjà effectués sur les substances chimiques (il n’y a pas le besoin de les tester à nouveau).

En effet, les industriels ont le droit d’utiliser des substances chimiques qui sont utilisées pour d’autres usages que la cosmétique ou qui se basent sur des résultats de tests effectués avant l’interdiction. La chargée de communication de PETA parle également des tests in silico effectués grâce à des modélisations en 3D de peau reproduisant une peau normale humaine ou même des testeurs volontaires quand le risque pour l’homme n’est pas élevé.

"Notre équipe scientifique travaille sur ces méthodes alternatives afin de les développer et ils interviennent auprès de l’Union européenne (UE) et à Bruxelles quand des réglementations sont en cours de discussion”.

L’association se bat pour que les pays membres ne contournent plus la loi, certaines marques allant jusqu’à faire leurs tests hors de l’UE pour ensuite commercialiser leurs produits en Europe, ce qui est illégal.

En 2015, PETA a lancé une campagne (qui est toujours en cours) afin d’alerter la Commission européenne et l’Agence européenne des produits chimiques via une lettre ouverte qu'on peut envoyer aux membres de la Commission Européenne et de l'ECHA. Celle-ci demande l’arrêt définitif des tests des ingrédients de cosmétiques sur les animaux.

A noter également : le site PETA US liste les marques ne testant pas leurs produits sur les animaux.

Une manière de vous aider à choisir des produits cosmétiques éthiques.

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