L’"Écocirque", premier cirque traditionnel 100 % humain

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L’"Écocirque", premier cirque traditionnel 100 % humain
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Par Claire Villard publié le
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Dès le 10 avril 2020, la ville de Montpellier reçoit les Bouglione pour un mois de spectacle inédit : du cirque qui reste traditionnel mais « 100 % humain ». La démarche est unique en France, où les numéros mettant en scène des animaux sauvages ont encore de beaux jours devant eux…

La famille Bouglione est la première, en France, à s’engager de manière aussi forte. En 2018, le couple André-Joseph et Sandrine Bouglione, à la tête de l’entreprise, annonçait vouloir se passer d’animaux avec la création d’un spectacle entièrement repensé. Un virage pas forcément évident à amorcer, malgré l’évolution des mentalités et la prise en considération grandissante du bien-être animal. Car lorsqu’on grandit dans une famille de circassiens, on grandit aussi avec la conviction que les bêtes avec lesquelles on travaille ne sont pas maltraitées, voire même que l’on contribue à la préservation de leur espèce. Il fallait donc une certaine ouverture d’esprit aux Bouglione pour se laisser toucher par les arguments des éthologues et vétérinaires. Avec leur futur « Écocirque », ils excluent toute bête à poils ou à plumes, et poussent encore plus loin la démarche, en consacrant une partie des bénéfices à la protection animale. Le matériel nécessaire à la construction d’un village éphémère sera acheminé par voie maritime dans des containers recyclés, et des actions pédagogiques sont également prévues avec les scolaires, durant leur résidence sur la commune de Montpellier, ce printemps.

Côté piste aux étoiles, les Bouglione se sont inspirés du cirque Roncalli en Allemagne (qui a banni lions et autres éléphants de son programme très tôt, dès les années 1990), les premiers à faire appel à des hologrammes pour intégrer malgré tous les animaux à leurs spectacles. L’ « Écocirque » sera donc tout autant un show très XXIe siècle avec l’introduction de nouvelles technologies éblouissantes, promettant de beaux moments d’émerveillement.

Forains contre militants

Si les Bouglione ont annoncé la couleur dès 2018, les autres grands cirques français traditionnels semblent bien camper sur leurs positions. Pourtant, chaque semaine, la presse locale rapporte les altercations entre forains et militants : manifestations, tractage ou blocages des sites devant accueillir un cirque et sa ménagerie, des actions ont lieu sur tout le territoire, et de plus en plus fréquemment. Ces professionnels maintiennent qu’ils sont dans leur bon droit, et que le nombre de contrôles vétérinaires auxquels ils sont soumis attestent de la conformité de leurs pratiques. Et ressortent invariablement l’argument de la "tradition", usé depuis bien longtemps par les pro-corrida.

Pour tenter de ménager les susceptibilités et se faire accueillir dans les villes s’étant prononcées contre les cirques avec animaux, certains jouent sur la notion floue d’"animaux sauvages". Ainsi, les Gruss à Strasbourg, en mai dernier, a tenu la promesse de ne pas venir avec ses fauves et ses éléphants... mais la ville l’a autorisé à faire danser ses manchots et ses otaries. Depuis, les dirigeants du cirque sont revenus sur leur position, et ont assuré qu’en 2020, pour leur trente-cinquième anniversaire, les fauves reviendraient sur scène, car selon eux, il s’agit du numéro favori du public…

Que dit la législation ?

En France, la loi est du côté des cirques avec animaux. Contrairement à l’Italie, la Belgique ou le Portugal pour ne citer qu’eux, elle n’a pas pris d’interdiction contre ce type de spectacle. Pourtant, en janvier dernier, de nouvelles propositions de loi concernant le bien-être animal étaient déposées. Elles ciblaient essentiellement l’élevage, mais rien sur la captivité des animaux destinés à nos "divertissements". Le député LREM Loïc Dombreval, chargé d’un groupe "condition animale" à L’Assemblée nationale, a seulement préconisé, dans une interview à la presse, de "mettre un terme à la présence d’animaux sauvages captifs dans les delphinariums, les cirques et d’interdire l’élevage des visons pour leur fourrure, qui se pratique dans des conditions de salubrité immondes, dans un délai modulable de cinq à dix ans"1. Autant dire que rien n’est acté.

Pour l’heure, les municipalités qui le souhaitent sont tout à fait légitimes à refuser d’accueillir ces événements sur leur territoire, comme c’est le cas à Montpellier, et de près de 400 communes en France.

1 https://www.nicematin.com/politique/le-depute-loic-dombreval-suggere-dinterdire-la-captivite-danimaux-sauvages-dici-cinq-a-dix-ans-430857

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