Les musées sous l’eau, de véritables immersions entre culture et biodiversité

musée sous marin
Musée sous marin
Musée subaquatique Marseille
Par Claire Villard publié le
Journaliste indépendante
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Des œuvres d’art exposées sous l’eau : non, il ne s’agit pas de la lubie d’un artiste en mal de performance, mais bien de projets à la fois culturels et environnementaux à destination d’un large public. Plongées poétiques près de nos côtes, à Marseille et à Cannes.

Les musées sous-marins débarquent progressivement sous nos latitudes. Le principe est le suivant : des statues sont immergées au large, à une faible profondeur, afin que chacun puisse venir les observer avec simplement un masque et un tuba. Ces visites en apnée se font librement : ici, au moins, pas de file d’attente ni de guichets. Au-delà de la dimension artistique, ces musées d’un autre genre revendiquent une démarche écologique. D’abord, les œuvres sont réalisées dans des matériaux recyclés au pH neutre. Ensuite, elles servent d’habitat aux espèces locales qui s’y développent progressivement. Les sites font donc aussi office d’observatoires pour les spécialistes des écosystèmes sous-marins.

En France, cet été, deux options s’offrent à vous pour visiter l’un de ces lieux magiques. Ils se situent tous les deux en région Paca, dans les eaux claires de la Méditerranée. Immersion. 

Le musée subaquatique de Marseille

La première statue a été immergée en 2020. Désormais, on peut admirer 9 compositions au large de la plage des Catalans, autrement dit, tout près du centre-ville. Des œuvres figuratives en lien avec l’environnement marin, comme les belles Néréides d’Evelyne Galinski ou le Fish of Marseille de Mathias Souverbie. Début juin, un imposant apnéiste de béton en position de lotus les a rejoint : il s’agit de Résilience, de Thierry Trivès, la première sculpture sous-marine connectée, équipée d’une caméra HD et de capteurs permettant de mesurer la qualité de l’eau et transmettant en direct ces données sur une application mobile dédiée.

Pour les repérer depuis la surface, c’est simple : « Il y a une bouée blanche de repos sur le site et les sculptures sont disposées en cercle autour de cette bouée qui symbolise l’entrée, explique-t-on au musée. Nous n’avons pas encore de base d’accueil sur la plage, c’est prévu pour l’année prochaine. » Il est possible de louer du matériel et même de se faire accompagner pour une visite guidée avec le club de plongée GRASM, qui organise des sorties en bateau.

Plus d’infos : www.musee-subaquatique.com
Pour les visites accompagnées : contacter le GRASM au 04 91 59 37 00

L’écomusée sous-marin de Cannes

En janvier dernier, 6 statues ont été placées sous l’eau près du rivage de l’île Sainte-Marguerite. Pas n’importe quelles statues : elles sont le fruit du travail de Jason deCaires Taylor, connu dans le monde entier pour avoir créé les premières sculptures sous-marines, et le premier musée de ce type à Cancun au Mexique en 2009, doté de pièces spectaculaires représentant des foules d’hommes et de femmes dans des scènes quotidiennes et recouverts d’algues et de coraux… Absolument fascinant.

À Cannes, la flore marine n’a pas encore eu le temps de s’emparer des œuvres, mais leur puissance onirique est saisissante. Six visages monumentaux, de deux mètres de haut, se tiennent juste sous la surface de l’eau. « Le traitement des visages proposé par l’artiste, à la fois poétique et grave, est une ode à la splendeur de la biodiversité marine et au devoir de la protéger », réagissait le maire de la ville, David Lisnard, lors de leur installation. Une œuvre inspirée par le thème du masque, écho à l’histoire de la ville, puisque le célèbre prisonnier dit « le masque de fer » avait été retenu sur l’île Sainte-Marguerite. Le site choisi, classé Natura 2000, est bien sûr interdit au mouillage et réservé à la baignade.
Plus d’infos : www.cannes.com

 

À l'inverse des pièces présentées dans les musées traditionnels, défiant le temps, immuables, et conservées précisément dans l'objectif de ne jamais se transformer, celles destinées aux fonds marins évoluent en permanence et rapidement : en quelques semaines, leur surface est transformée et devient un véritable récif. Elles rendent ainsi visibles tout un écosystème méconnu du grand public, qui peut l'observer tant qu'il le souhaite et aussi fréquemment qu'il le désire. Et dans dix, cinquante ou dans cent ans, à quoi ressembleront ces statues ?