Vivre dans une maison en paille, ou la défaite du grand méchant loup

Vivre dans une maison en paille, ou la défaite du grand méchant loup
Maison en paille dans le centre ville d’Orléans. © Approche Paille
Par Dominique FIRBAL publié le
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On a tous en mémoire l’histoire des trois petits cochons et de la maison en paille qui s’envole sous le souffle puissant du grand méchant loup. Pourtant, chaque année en France, 500 nouvelles constructions en paille voient le jour. Magasins, écoles, bureaux, salles de spectacle ou maisons d’habitation, ces bâtiments allient confort thermique, performances énergétiques et modernité… n’en déplaise au grand méchant loup.

La paille, c’est du solide, et ce n’est pas madame Billou qui dira le contraire. Pendant 37 ans, pour son plus grand plaisir, elle a habité la plus ancienne maison en paille d’Europe : la maison Feuillette, construite à Montargis (45) en 1921. « A l’époque où nous avons emménagé, mon mari et moi, ce matériau n’était pas en vogue. Mais nous n’avons eu aucune hésitation pour cette maison. Avec la paille, on ne ressent pas les différences de température, elle les absorbe ! On s’y sent bien en été comme en hiver ». Depuis sa construction, la presque centenaire maison Feuillette n’a quasiment pas nécessité de travaux et elle se porte toujours comme un charme.

Elle est le témoin de la pérennité d’une technique constructive en plein essor qui a désormais franchi un cap, grâce à un solide réseau de passionnés : le RFCP (Réseau Français pour la Construction en paille). Les professionnels et constructeurs qui le composent ont mutualisé leur travail pendant quatre années pour promouvoir le matériau et aboutir, en 2012, à l’élaboration de règles construction. Grace à cela, il est aujourd’hui possible de bâtir une maison paille avec les mêmes garanties et assurances que n’importe quelle autre maison.

Ils ont choisi la paille

Anne-Sophie et Michel ont choisi de s’installer dans une petite ville du Doubs (Franche-Comté). Comme environ 75% des bâtisseurs paille, ils ont choisi l’auto-construction. Après avoir dévoré quelques ouvrages sur le sujet, et suivi quelques chantiers en woofing (réseau de travail volontaire en échange d'un hébergement), ils ont démarré leur projet.

Pour les conseils et l’assistance, ils se sont tournés vers l’association Approche paille, spécialisée dans la technique de construction dite du Greb que Michel affectionnait particulièrement. À noter qu’aujourd’hui, le RFCP met en place un système d’accompagnement par des professionnels pour l’ensemble des techniques choisies.

Première étape après l’élaboration des plans : trouver le matériau. Il faut repérer les agriculteurs qui travaillent avec une botteleuse ancienne permettant de faire des bottes de paille de petite dimension. Il faut aussi s’assurer que l’agriculteur pourra si besoin, stocker la paille en lieu sec : pas question d’exposer les bottes à l’humidité avant le chantier !


Crêche en paille dans le Loir et Cher. Elle a obtenu la « certification
Passivhaus » ou maison passive. Les appareils de chauffage
n’y sont pas nécessaires. ©Corentin Desmichelle.

Il est également important de vérifier que les bottes soient très serrées. En effet, si la botte de paille résiste mieux au feu qu’un parpaing, c’est par la compression des fibres qui crée un vide d’oxygène.

Pour trouver son fournisseur, Anne-Sophie s’est adressée à la coopérative agricole voisine. Une méthode qui fonctionne souvent très bien. Toutefois, dans les régions montagneuses, la production de céréales peut être moins développée. Il est alors possible de se tourner vers les poney-club ou les éleveurs de chevaux qui utilisent aussi les petites bottes de paille. Une autre solution est le recours à une liste de fournisseurs établie par le RFCP, ou encore à certains sites qui publient les annonces des entrepreneurs de travaux agricoles.

Economique dans tous les sens du terme…

Il aura fallu deux années de travaux et beaucoup d’huile de coude à Anne-Sophie et Michel avant d’intégrer leur maison. « Nous apprécions beaucoup son confort et nous faisons des économies. Nous consommons 4 à 5 stères de bois par an pour alimenter le poele de masse qui chauffe toute les pièces. A 40 euros le stère, il n’y a pas photo par rapport aux maisons traditionnelles ! »

C’est une constante : les maisons en paille sont économes en chauffage grâce aux remarquables performances isolantes du matériau. Chauffer une maison « conventionnelle » coûte environ 1500 à 2000 euros par an,  pour la maison en paille, on peut enlever un zéro.

Pour le coût global de la construction, les techniques diffèrent souvent et permettent difficilement d’évaluer un prix moyen. Seule certitude : la paille est un matériau bon marché. Le prix de la botte oscille autour de 2 euros. A titre d’exemple, Michel a utilisé 450 bottes, soit un coût de 900 euros.


Chez Michel et Anne Sophie - La touche finale : le balcon à motifs,
réalisé à l’aide d’un gabarit dessiné par Michel et découpé à la scie sauteuse. ©DR

… et 100% écologique

Cécile et Sébastien ont construit en Eure-et-Loir. Pour eux pas de travail de repérage du fournisseur de bottes car ils ont confié la maîtrise d’œuvre à un architecte rompu à la construction paille. « On avait envie d’une maison agréable, mais on misait aussi sur les économies d’énergies et sur la qualité écologique des matériaux. » Corentin Desmichelle les a convaincus. Pour lui, construire en paille, c’est prendre soin du vivant. « Avec les transports, le bâtiment est un des secteurs, qui pollue le plus. Il faut donc impérativement rentrer dans une logique vertueuse pour les matériaux de construction. La maison de Cécile et Sébastien, est construite majoritairement en paille, puis en bois, et en Fermacell, c’est à dire du gypse, pressé à froid. Ce type de construction n’a pas de coût de recyclage, tout peut retourner à la nature

Pour ce chantier, il a conseillé la technique de paille en caissons. Les murs ont été préfabriqués chez un charpentier, livrés en camion et montés avec des grues, comme un lego. La belle maison spacieuse offre aujourd’hui un grand confort de vie. « Avant nous habitions la rue en face, nous dit Sébastien, dans une maison traditionnelle. En arrivant ici, il nous a été facile de faire la différence de bien être, c’était évident ! Quel que soit le temps à l’extérieur, on a une douceur constante. On ne sent ni vent, ni froid, ni humidité. Les murs restent chauds avec un seul poêle à bois en rez-de-chaussée. Pour rien au monde on ne changerait quoi que ce soit. On se sent très bien. »

Quant à Michel, il envisage le télétravail dans un avenir très proche. « La paille est aussi un bon isolant phonique. Je pourrai travailler au calme. Je sais que je serai bien dans ma maison en paille. »

Décidément, le Grand méchant loup a définitivement perdu la partie !


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