Le projet fou d’une viande fabriquée sans viande arrivera-t-elle dans nos assiettes ?

Le projet fou d’une viande fabriquée sans viande arrivera-t-elle dans nos assiettes ?
Le projet fou d’une viande fabriquée sans viande arrivera-t-elle dans nos assiettes ?
Par Randy Compay publié le
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En 2013, le scientifique Mark Post parvient à fabriquer le premier steak in-vitro. 3 ans plus tard, c’est la start-up Memphis Meats qui joue les Frankenstein avec la première boulette de viande conçue en laboratoire. Dans une ère où les pratiques de l’industrie agroalimentaire font débat, ces deux projets scientifiques aspirent à en finir avec la cruauté animale.

De façon générale, la consommation de viande dans le monde ne fait qu'augmenter. Aux États Unis et en Europe - plus grands producteurs de viande -  la consommation de produits animaux augmente légèrement voir stagne. À l’inverse, l’économie florissante en Asie pousse les habitants à augmenter leur consommation. Avec une croissance démographique croissante, la production et la consommation de viande devient un véritable enjeu écologique auxquels certaines entreprises tentent de répondre.

Pourquoi fabriquer de la viande en laboratoire ?

Les mauvais traitements des animaux d’élevage font régulièrement l’objet de vidéos chocs qui nous fous ouvrir les yeux sur certains pratiques de l’industrie agroalimentaire. Même si les associations de protection animale tentent d’alerter l’opinion publique, le chemin est encore long avant d’éliminer toutes les dérives affectant le bien-être des animaux. Plus inquiétant encore, l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime une production de viande deux fois plus importante pour 2050. Voilà l’une des principales raisons qui explique la volonté plutôt folle mais ambitieuse de fabriquer de la viande en laboratoire. Lancer de la “fausse viande” sur le marché permettrait de limiter l’élevage et donc de réduire les cruautés animales ainsi que la réquisition de terre, les pertes d’eau et les émissions de gaz à effet de serre sur la planète.


© Menphis Meats

Selon Uma Valeti, PDG de Memphis Meats, si tous les américains mangeaient du bœuf fabriqué par sa start-up plutôt que du bœuf d’élevage, la réduction d’émissions de méthane serait équivalente au retrait de 23 millions de voitures des routes.

Comment la viande est-elle conçue ?

Scientifique à l’origine du steak in-vitro que nous retrouverons peut-être un jour dans nos supermarchés, Mark Post parvient à réaliser, en 2013, un steak de bœuf haché en laboratoire (grâce au programme Cultured Beef mené à l’université de Maastricht). Pour mettre en œuvre ce projet insensé, le professeur néerlandais a dû prélever 20 000 fibres de muscle bovin pour en extraire les cellules souches.

En 2016, c’est la start-up californienne Memphis Meats qui réussit à créer la première boulette de viande en laboratoire avec un procédé quasiment identique. Les scientifiques de Memphis Meats ont récidivé cette année avec des viandes de poulet et de canard. Grâce à des biopsies réalisées sans blesser les volailles, des cellules ont été prélevées puis alimentées en éléments nutritifs jusqu'à créer une masse (la viande). Autre start-up qui s’est lancée le défi de commercialiser de la viande sans tuer d’animaux : SuperMeat. Cette entreprise israélienne a donc mis au point, en laboratoire, une viande “artificielle” issue de culture cellulaire de poulet.


© SuperMeat

Retrouverons-nous un jour de la fausse viande nos assiettes ?

La “fausse viande” - ou viande “clean” (“propre”) comme aime à l’appeler ses adeptes - est une création ingénieuse. Encore faut-il que celle-ci soit agréable à manger. Le steak haché de bœuf in-vitro et la volaille du laboratoire Memphis Meats ont tous été cuisinés puis goûtés par des volontaires. Le résultat fut plutôt probant dans les deux cas, malgré certains éléments à revoir. Cependant, nous ne risquons pas de voir ses créations scientifiques dans les rayons de sitôt. Pour cause, cela demande du temps et le coût de fabrication demeure plutôt élevé, à l’image du steak du Professeur Mark Post. 250 000 $ ont en effet dû être apportés par Google (financeur du projet) afin que ce dernier soit mis en œuvre. D’après le laboratoire néerlandais, il faudrait donc attendre dix à vingt ans pour voir des burger in-vitro à 2 euros.

Pour la Start-Up de la Silicone Valley, le problème est similaire. Elle estime à 2400 $ le coup de fabrication pour réaliser 450 gr de bœuf. Mais, d’après son PDG Uma Valeti, approfondir les recherches pourraient permettre de baisser ce coup. Nous pourrions donc, selon ses dires, retrouver du poulet de laboratoire dans nos assiettes en 2021. Une autre problématique importante s’ajoute à celle-ci: les consommateurs seraient-ils prêts à manger de la viande de laboratoire ?

Responsabiliser plutôt que remplacer ?

D’après une étude publiée en Février dernier par Plus One, 65% des personnes interrogées sur le territoire américain pourraient essayer la viande in-vitro. Mark POST, est conscient de la méfiance des consommateurs Toutefois, il déclare recevoir des commentaires encourageants sur son projet.

“Nos recherches montrent que 70% des gens perçoivent ma création comme bénéfique pour l’environnement. Ils ne se déclarent pas nécessairement prêt à en manger, mais voient cela comme une avancée pour la cause animal”

Pour l’heure, même si les populations interrogées sont ouvertes au débat, l’artificialité de ce genre de produit provoque généralement des réactions répulsives (ou du dégoût). Cependant, ne faudrait-il pas mieux sensibiliser la société à la cause animale, à l’impact de l’élevage intensif et à la réduction de sa consommation de viande ? Bio à la Une vous donne donc rendez-vous dans quelques années, pour faire état ou non de viande in-vitro dans nos supermarchés.

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