Aliments bio : et si on regardait le verdict de 60 millions de consommateurs de plus près ?

épicerie avec des aliments bio
Aliments bio et 60 millions de consommateurs : un verdict pas si négatif
Par Elodie-Elsy Moreau publié le
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Dans son numéro du mois d’avril, 60 millions de consommateurs a passé au crible 74 aliments bio importés en France, provenant de plusieurs régions géographiques. Du riz du Pakistan à l’huile d’olive de Tunisie, en passant par le café du Pérou et le sucre du Brésil, le magazine dresse le tableau des produits d’épicerie. Pour mener à bien cette enquête, plus de 600 pesticides de synthèse ont été recherchés. Le constat : si des résidus ont été retrouvés dans quelques produits, "les résultats sont globalement bons", indique le magazine.

Le bio, de plus en plus prisé par les consommateurs

Encore un secteur de niche il y a quinze ans, le bio connaît ces dernières années un engouement croissant. Soucieux de connaître le contenu de leur assiette, les consommateurs se tournent vers des produits plus sains. Le bio représente aujourd’hui 4 % de l’alimentaire français. D’après les chiffres de l’Agence Bio, les ventes d’aliments porteurs du label vert ont progressé de 16 % en un an, rappelle 60 millions de consommateurs. Pour satisfaire la demande, mais également assurer la production de denrées non cultivées en France, une seule solution : l’importation.
Près de 30 % des aliments bio vendus dans l’Hexagone proviennent de l’étranger. Pour son enquête, le titre a analysé 74 produits bio d’épicerie provenant de régions différentes. Des pays tels que la Suisse, le Japon, la Tunisie, l’Inde et une dizaine d’autres… ont une réglementation nationale bio proche du texte réglementaire européen, ce qui leur permet de bénéficier "d’un accord d’équivalence". Au sein des pays tiers, "les exportations sont régies pour chaque produit par des cahiers des charges privés, validés par un organisme certificateur reconnu par le la Commission européenne", précise le magazine. "Depuis quelques années, nous avons un cahier des charges uniforme au niveau des 28 pays membres de l’Union européenne", précise Florent Guhl, invité de l’émission La Quotidienne, le 26 mars dernier. "Quand un produit est importé hors de ces frontières, il respecte cette réglementation (...). Le premier contrôle s’effectue au champ du producteur, au moins une fois par an, directement dans la production, par des organismes européens, internationaux qui travaillent sur place et qui sont habilités par la Commission européenne", ajoute-t-il.

9 produits bio sur 10 passent le test avec brio

Pour chaque famille de produits, des résidus spécifiques ont été recherchés. Il s’agit par exemple de l’acrylamide pour le café, des mycotoxines pour le riz, le quinoa, le sucre, ou encore le cadmium pour le chocolat... La grande majorité des produits affiche des résultats « acceptables » à « très bons ». Lorsque des résidus ont été retrouvés, ils étaient généralement bien en deçà de la limite maximale. D’ailleurs, lors d’un précédent essai sur le miel, 60 millions de consommateurs indique avoir trouvé "en moyenne 6 résidus de polluants dans les miels conventionnels contre 0,3 résidu dans les bio". Si les produits bio n’affichent pas un sans-faute, le verdict est plutôt positif.

"Malgré des variations au sein d’une famille de produits, globalement les résultats sont très corrects", a précisé, dans La Quotidienne, Patricia Chairopoulous, journaliste à 60 millions de consommateurs.

 
De son côté, le syndicat des entreprises Bio alimentaires (Synabio) salue, dans un communiqué de presse publié le 23 mars dernier, ce bilan. "Plus de 600 pesticides ont été recherchés dans 74 produits et 96 % des références présentent des niveaux de pesticides nuls ou si faibles qu’ils ne remettent pas en cause la certification bio selon le magazine". Pour Synabio, cela prouve que "les professionnels de la bio mettent tout en œuvre pour limiter les contaminations par les pesticides de synthèse dont l’usage est rigoureusement interdit en bio". D’ailleurs, une étude, financée en 2015 par la chaîne d'épiceries coopératives Coop, a démontré les bienfaits d’une alimentation bio pour la santé sur toute une famille (2 parents et 2 enfants). En mangeant durant deux semaines des produits issus de l'agriculture biologique, les scientifiques ont observé que les 8 pesticides, présents dans leur organisme avant l’expérience, avaient disparu. Si les taux de toxicité mesurés lorsqu’ils consommaient des produits conventionnels ne dépassaient pas ceux fixés par la réglementation, le bio était toute de même meilleur pour leur santé. Toutefois, il existe encore quelques ombres au tableau. En effet, 10 % des produits testés par 60 millions de consommateurs affichent des notes inférieures à la moyenne du fait de leur teneur en pesticides ou des traces de plastifiants qu’ils présentent.

Deux marques de riz, un quinoa, et quatre huiles d’olive épinglés

Avec une concentration d’un pesticide dix fois supérieure à la limite maximale autorisée, seule la marque française Famille Rochefort est déclassée (6,5/20) au rayon quinoa. Si la marque Biothentic présente du carbofuran, insecticide interdit en France, il obtient tout de même la note de 13/20, les résidus étant très faibles. Du côté du riz, c’est Taureau Ailé (Inde et Pakistan) et Monoprix bio (Pakistan) qui obtiennent une note très insuffisante avec respectivement 9 et 6,5 sur 20. Ce dernier contient notamment du tricyclazole, un fongicide utilisé contre la maladie du riz (la pyriculariose) à hauteur de  0,019 mg/kg. Problème : la limite autorisée dans l’agriculture conventionnelle est de 0,01. De plus, il est également interdit en Europe depuis octobre 2016, souligne le titre.
60 millions de consommateurs pointe également du doigt 4 huiles d’olive produites en Italie et en Tunisie (Bio Planète, L’olivier Heureux, Crudolio et Marque Repère Bio Village E.Leclerc). Pour autant, ces résultats ne sont "pas significatifs", précise Patricia Chairopoulous. Des résidus de plastifiants, notamment de phtalates, reconnus comme perturbateurs endocriniens ont été retrouvés, dont certains sont interdits pour les contenants alimentaires. Dans ce cas précis, ce n’est pas le produit-même qui est incriminé. La vigilance doit se faire surtout au niveau des contenants alimentaires. La contamination "peut être liée aux joints des machines, ou d’un simple contact, d’un manque de rigueur au niveau du choix des matériaux", souligne Patricia Chairopoulous.
Pour les produits affichant des seuils supérieurs à la norme européenne, Florent Ghul explique sur France 5, que la réglementation européenne vient de changer pour le riz. "On était à des niveaux 150 fois plus supérieurs en termes de LMR (limite maximale de résidus)". Elle "a baissé drastiquement". Ainsi, selon lui, la contamination du riz pourrait être due au fait qu’il s’agit d’un lot plus ancien. Toutefois, cela n’explique pas tout puisque parfois les taux retrouvés dépassent celles de l’agriculture classique, notamment pour le quinoa français testé. A qui la faute donc ? La contamination accidentelle des champs voisins conventionnels pourrait en grande partie expliquer ce phénomène.

Agriculture bio : les champs d’action

Pour Synabio, "des investigations doivent impérativement être conduites pour déterminer l’origine des contamination – pesticides ou autres – et y remédier". Si dans l’agriculture conventionnelle, les pesticides de synthèse sont largement utilisés, "il peut arriver que des produits bio présentent des traces infimes de ces substances.  Elles sont nettement inférieures aux niveaux observés dans l’agriculture conventionnelle mais de nombreux consommateurs souhaiteraient que la bio rime avec « 0 résidu »". Pour pallier ce phénomène, Synabio préconise de continuer à développer la bio : "chaque nouvelle ferme qui passe en bio, c’est autant de pesticides en moins dans notre environnement et notre alimentation !". Pour le syndicat, l’agriculture conventionnelle "qui contamine l’eau, l’air et les sols » se doit également "d’assumer les risques qu’elle fait peser sur les professionnels de la bio".

Une nouvelle réglementation du bio pour bientôt

A ce jour, il n’existe pas, au niveau européen, de LMR spécifiques au bio. Néanmoins, un nouveau règlement bio entrera en vigueur le 1er janvier 2021. Il sera commun à l’ensemble de l’Union européenne. Terminé donc les cahiers des charges propre à chaque pays ! Ce nouveau texte prévoit également l’interdiction des serres. Seule exception : les pays où leur utilisation est déjà autorisée. Les producteurs pourront continuer ce mode de culture pendant une durée maximale de dix ans. Le but de cette réglementation est d’"uniformiser sur la façon de produire, d’être plus exigeant", indique Florent Guhl sur France 5. Autre avancée : l’obligation de semences initiales bio dans une agriculture bio".
Cette réglementation sera élargie à d’autres produits comme la cire d'abeille, les huiles essentielles… dans le but "d'offrir aux consommateurs une gamme élargie de produits biologiques certifiés". Sans oublier un étiquetage plus clair (logo européen, origine des matières premières agricoles, identification de l'organisme de contrôle...).

Dans un communiqué de presse de novembre 2017, Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, indiquait : "Le secteur biologique se développe, porté par une demande en forte croissance. Il convient de l'accompagner tout en continuant à assurer un niveau d'exigence élevé, répondant ainsi aux attentes sociétales en termes de protection de l'environnement, de respect du bien-être-animal et d'alimentation saine et durable (...)."

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