Ces stations de métro qui nous empoisonnent

Ces stations de métro qui nous empoisonnent
Ces stations de métro qui nous empoisonnent
Par Cécilia Ouibrahim publié le
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Dans les transports en commun, l’air serait jusqu’à 30 fois plus pollué que celui de l’extérieur. Explications.

Maison, bureau ou encore transports en commun… les Français passent plus de 80 % de leur temps dans des endroits clos, selon les estimations de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Or, l’Observatoire de la qualité de l’air rapporte que ces lieux fermés peuvent être jusqu'à 5 fois plus pollués que l’extérieur et jusqu’à 30 fois plus pollués dans les transports. 

Certaines stations plus polluées que d’autres

Alors que le pic de pollution aux particules fines a récemment poussé les autorités à interdire de circulation les véhicules les plus polluants à Paris, sous terre, la situation n’est pas exempte de tout reproche. Si les Franciliens peuvent passer plusieurs heures dans les transports en commun, ces derniers pourraient être de véritables dangers pour la santé. Et pour cause, les équipes du Parisien ont mesuré le niveau de particules fines PM 2,5 dans plusieurs stations de métro et le constat est sans appel : “L’air du métro est plus pollué que l’air ambiant”, rapporte le journal. Le quotidien explique qu’il a choisi de ne conserver que la mesure des particules PM 2,5 du fait de leur petite taille et leur dangerosité puisqu’elles “s’infiltrent plus profondément dans l’appareil respiratoire voire le réseau sanguin”. Résultat : le taux de ces particules fines est jusqu’à 30 fois plus important qu’à l’extérieur, comme sur le quai de La Défense. Certaines stations sont heureusement moins polluées que d’autres. La ligne 1 affiche des niveaux relativement plus raisonnables, notamment parce qu’elle bénéficie d’un matériel neuf et de portes automatiques. Selon la RATP, le niveau de particules fines relevé à la station Châtelet est de plus de 200 µg/m3, tandis que la moyenne annuelle en extérieur à Paris est de 15 µg(microgrammes)/m3 d'air. “On essaie de prélever l’air extérieur en dehors des zones de pollution. On fait les prélèvements les plus judicieux possible. Mais on reste en milieu urbain dense”, justifie Sophie Mazoué, responsable développement durable à la RATP.

“Une grande inquiétude chez les salariés”

Pour expliquer ce phénomène, un spécialiste de la mesure de la qualité de l’air a affirmé au Parisien que les origines des particules pouvaient être multiples. L’explication réside, tout d’abord, dans le freinage des trains qui émet des substances à chaque arrivée, soit 450 tonnes de matières émises chaque année. Les particules peuvent également provenir de l’usure du matériel ainsi que de l’extérieur. “Les arrivées d’air du métro sont au niveau des routes et des pots d’échappements. On pourrait par exemple y mettre des filtres”, propose le spécialiste.

Si les voyageurs s’inquiètent de cette exposition, les salariés demeurent cependant les plus touchés : “Il y a une grande inquiétude chez les salariés qui restent au moins 6h30 là-dessous. En octobre, la RATP nous a présenté un plan d’actions de 45 millions d’euros. C’est bien qu’il y a un danger !”, alarme Bastien Berthier, du syndicat Unsa-RATP. Et d’ajouter : “c’est aussi la législation qu’il faut revoir. Aujourd’hui, nous pouvons légalement être exposés à des niveaux 100 fois supérieurs à celui des voyageurs. Nous demandons la fin de cette règle d’exception”. 

Dépolluer le métro parisien

Si la RATP se dit consciente de ce fléau, elle plaide la conformité à la réglementation du Code du travail sur l’exposition aux poussières. “Pour les voyageurs, il n’y a pas de valeurs réglementaires. Pour les salariés, c’est le Code du travail qui s’applique. Il ne parle pas de PM 10 ou 2,5, mais de poussière totale (seuil à 10 mg/m3) et de poussières alvéolaires (5 mg/m3). Ces valeurs sont respectées”, conclut Sophie Mazoué.

La région Île-de-France a voté, en juin dernier, un plan d'un million d'euros dans lequel cinq projets devront permettre de dépolluer l'air du métro parisien. Un enjeu sanitaire important puisque l’ANSES (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) a déploré que le nombre d’asthmatiques a été multiplié par 4 en France ces 30 dernières années et 20.000 décès par an sont liés à une mauvaise qualité de l'air intérieur.

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