Gouvernement, agriculteurs, écologistes : polémique autour de la distance minimale entre habitations et zones d’épandage

Gouvernement, agriculteurs, écologistes : polémique autour de la distance minimale entre habitations et zones d’épandage
Gouvernement, agriculteurs, écologistes : polémique autour de la distance minimale entre habitations et zones d’épandage
Par Cécilia Ouibrahim publié le
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Le gouvernement a lancé ce lundi une consultation citoyenne pour établir une réglementation concernant les distances minimales entre habitations et zones d’épandage de pesticides. Face à cette annonce polémique, les réactions sont vives.

L’arrêté anti-pesticides pris par Daniel Cueff, maire de Langouët, semble porter ses fruits. A l’instar de l’élu breton, de nombreux édiles de France ont décidé de prendre les mesures nécessaires pour limiter l’épandage des produits phytosanitaires à proximité des habitations. Interpellé par les associations, élus municipaux, et personnalités publiques, notamment Nicolas Hulot, le gouvernement a annoncé le lancement ce lundi d’une consultation citoyenne en ligne. Son objectif : sonder les citoyens concernant les distances minimales à respecter entre habitations et zones d'épandage de pesticides. 3, 5, 10 mètres… le choix de la distance minimale est loin de faire l’unanimité. 

Une consultation prématurée 

Établie sur "le modèle du grand débat", la consultation sera ouverte pendant trois semaines, selon les ministères de la Santé, de la Transition écologique, et de l'Agriculture. Les résultats seront analysés durant deux mois dans l’objectif d'élaborer un décret national qui devra entrer en vigueur le 1er janvier 2020. Samedi dernier, le gouvernement a proposé de fixer cette distance à 5 mètres pour les cultures dites basses (céréales) et à 10 mètres pour les cultures hautes, telles que les vignes ou l'arboriculture. Les distances proposées s'appuient sur un rapport rendu en juin dernier par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire). 

Initialement prévue pour début octobre, la consultation a été décalée au 9 septembre, sous l'impulsion des polémiques engendrées par la suspension de l’arrêté anti-pesticides de Daniel Cueff. Les consultations au sein des préfectures ont conjointement lieu pour la mise en place de chartes départementales. "Nous croyons à l'intelligence locale : si une charte institue une zone de non traitement à 8 mètres ou au contraire à 50 mètres d'un bâtiment, c'est elle qui prévaudra sur le cadre national", a expliqué le ministère de la Transition écologique. Selon la même source, ces discussions vont "accélerer la transition agro-écologique" en favorisant un dialogue entre agriculteurs, associations et élus locaux.

Une bataille pour déterminer les distances

L’ONG Générations Futures juge la méthode d’évaluation "obsolète et incomplète". Selon l’association, le document guide présenterait “de fortes faiblesses" qui pourraient constituer "des éléments susceptibles de sous-estimer gravement l’exposition réelle des riverains aux pesticides". Générations Futures pointe également des résultats issus de "données vieilles de plus de 30 ans" réalisées "uniquement sur des distances testées de 2-3,5 et 10 mètres, très limitées".

"La grande faiblesse de cette méthodologie d’évaluation remet selon nous clairement en cause l’efficacité des distances retenues par le gouvernement. Dans l’attente de la publication d’une nouvelle méthodologie d’évaluation de l’exposition des riverains aux pesticides en 2021 par l’EFSA, Générations Futures demande au gouvernement de prendre ses responsabilités en prenant en compte ces faiblesses importantes en augmentant de manière très significative les distances de sécurité entre les zones de pulvérisation et les zones habitées", précise François Veillerette, Directeur de Générations Futures. Pourtant, la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne a insisté auprès de l’AFP que le gouvernement a "strictement" suivi les données scientifiques.

Interrogée par franceinfo, Christiane Lambert, présidente du syndicat agricole FNSEA, s’est, quant à elle, attaquée à la position des politiques et écologistes concernant ladite consultation. 
"Que ces gens-là arrêtent de délirer", fustige-t-elle. Elle dénonce des acteurs "qui, tout le week-end, n'ont pas arrêté d'insulter et de mépriser les agriculteurs".

 

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