Ados : comment limiter les écrans et la déprime en vacances sous couvre-feu ?

Ados, déprime, Covid 19 et écrans
Ados : comment limiter les écrans et la déprime en vacances sous couvre feu ?
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Par Isabelle Frenay publié le
Journaliste santé, auteure et sophrologue
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Votre ado passe trop de temps devant les écrans ? Depuis le premier confinement, les jeunes manquent de sociabilité et d'infrastructures sportives pour se dépenser. Les écrans sont ainsi devenus, pour le pire et le meilleur, des colocataires envahissants voire des refuges pour certains, surtout en vacances. Bonne nouvelle, des solutions existent pour mieux utiliser les écrans en famille et dissiper la déprime.

Pensez au contrôle parental

Selon l’étude de l’Union nationale des associations familiales (Unaf) réalisée auprès de plus de 700 parents, 57 % déclarent ne pas avoir installé de contrôle parental sur les équipements numériques (smartphone, tablette, etc.) de leur enfant. Plus étonnant encore, seulement 45 % des 6-10 ans sont protégés par ce type de dispositif. Même si la solution n’est pas miracle, l’outil reste utile pour réduire le temps passé sur les écrans et “le risque d’accès aux contenus pornographiques parfois involontaires chez les plus jeunes”, alerte l’Unaf. Parmi les systèmes faciles d'utilisation, l’application Family Link de Google, permet de contrôler le temps d’utilisation d’un smartphone et bloque l’accès à Internet quand la limite est dépassée.

Fixez des règles claires

Le meilleur moyen d’aller au clash avec son ado est d’interdire les écrans. Communiquer avec les copains via les réseaux en ces temps moroses est vital pour conserver du lien social. 87 % des 10-15 ans déclarent posséder un téléphone, dont 65 % depuis l'entrée en classe de sixième, d'après la dernière étude Médiamétrie-OPEN. Dans ce contexte, fixer des “plages écrans”, en dehors des repas et de la chambre à coucher, est le meilleur moyen d’éviter l’escalade vers la dépendance.

Pour mettre en œuvre les règles sereinement, un dialogue à cœur ouvert avec votre enfant vous sera utile pour connaître ses préférences digitales (jeux vidéo, réseaux sociaux, chaînes youtube, films, séries, etc.). Pour bien doser les écrans, la méthode e-DECLIC, développée par Isabelle Frenay, sophrologue et Bernard Antoine, addictologue, propose, en co-construction familiale, d’afficher un planning sur le frigo indiquant les temps dédiés à chaque support numérique (tablette, consoles de jeux, smartphone, etc.) pendant la semaine et le week-end.

Lâcher les mauvaises habitudes

La situation n’est jamais irréversible, y compris si de mauvaises habitudes ont été prises. Les vacances sont une bonne occasion pour repartir sur de bonnes bases, et se questionner sur les choix des contenus. Pour aller plus loin, les spécialistes, qui se sont basés sur les techniques cognitivo-comportementales (TCC), proposent des situations type à réapprendre en famille selon les comportements systématiques de chacun vis à vis des écrans : se réveiller au naturel sans smartphone, laisser son smartphone hors de la chambre, prendre les repas sans écrans, aller aux toilettes sans écrans, attendre chez le médecin sans consulter son téléphone. Le but est que chacun puisse cocher dans un planning personnel les missions remplies et de répéter ce comportement une vingtaine de fois. A la clé, un changement durable, y compris pour les parents friands des écrans.

Proposer des alternatives

Diluer les écrans parmi d’autres activités serait l’une des clés du succès, avancent les experts en digital detox. Pour chasser la déprime, il est déterminant de continuer à s’amuser et à s’évader dans cette période d’incertitude. Si votre enfant aime la lecture ou une activité artistique (piano, peinture, danse, chant), encouragez-le à s’y investir un peu chaque jour. Autrement, il ne faut pas hésiter à l’impliquer dans les projets familiaux de manière complice : décoration, déménagement, recettes de cuisine, choix du film, tri des déchets, balade à pied... Vous lui donnerez ainsi la possibilité d’exercer sa créativité tout en lui montrant que son avis importe, ce qui renforcera l’estime de soi.

Autre ressource pour garder le moral : l’activité physique permet de produire des hormones du bien-être comme la dopamine et les endorphines. Saisissez chaque occasion pour bouger. Marcher, courir, ou tout simplement se lever et s'étirer”, conseille l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui alerte sur les problèmes de sédentarité chez les adolescents : “66 % des adolescents (entre 11 et 17 ans) sont face à un "risque préoccupant" pour leur santé mentale et psychique”, selon une étude publiée le 23 novembre dernier. Pour 49 % d’entre eux qui passent plus de 4h30 par jour sur les écrans pour moins de 20 minutes d'activité, “le risque sanitaire est élevé ou très élevé".

Les signes qui doivent alerter

Le nombre d’heures passées devant les écrans ne suffit pas pour évaluer l’impact néfaste des écrans. C’est surtout le changement de comportement et d’humeur de l’ado qui doit alerter les parents. S'isole t-il depuis un moment seul dans sa chambre ? A-t-il tendance à délaisser des activités qu’il aimait auparavant ? Ses résultats scolaires sont-ils en chute libre ? A-t-il des problèmes de concentration et de sommeil ? Son humeur a-t-elle changé ? Ces signaux, indiquant le manque d’intérêt pour la “vraie” vie ne doivent pas rester sans réponse. Il ne faut pas hésiter à l’inviter à s'exprimer et, si besoin, demander de l’aide à un professionnel.

 

 

Par Isabelle Frenay, sophrologue, journaliste santé, co-auteur du livre “Doser les écrans en famille” (First)

 

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