Ils font l’école à la maison, est-ce le bon choix pour l'éducation de ses enfants ?

Ils font l’école à la maison, est-ce le bon choix pour l'éducation de ses enfants ?
Par Dorothée Blancheton publié le
Journaliste indépendante

Depuis le confinement, le nombre de familles pratiquant l’école à la maison est en forte hausse. Pourquoi font-elles ce choix ? Comment s’organisent-elles ? Enquête

Depuis quelques années, l’instruction en famille (IEF) a le vent en poupe. Et la crise sanitaire semble avoir accéléré le mouvement. En 2021-22, d’après les chiffres du ministère de l’Éducation Nationale transmis à l’association Liberté Éducation, 71 553 enfants ont été instruits à la maison. Ils étaient 18 878 dix ans auparavant (2010-11) et 41 000 l’année du confinement.
En France, à partir de 3 ans, l’instruction est obligatoire pour tous les enfants. Cette instruction peut se faire dans un établissement scolaire ou à la maison, en famille. Depuis le 24 août 2021, l’IEF doit désormais faire l’objet d’une demande d’autorisation au Directeur Académique des Services de l’Éducation Nationale (DASEN) entre le 1er mars et le 31 mai de l’année précédent la rentrée désirée. Le dossier doit être richement documenté et argumenté et l’acceptation d’un même dossier peut fortement varier en fonction de l’académie. Une fois autorisée, la pratique fait l’objet d’un suivi rapproché. Tous les ans, un inspecteur académique effectue un contrôle de cette instruction en famille et la mairie en réalise un tous les deux ans.

Des raisons diverses

Harcèlement scolaire, difficultés d’apprentissage, phobie scolaire, projet de voyage familial sur une longue durée, respect du rythme biologique de l’enfant, approche pédagogique différente… Plusieurs raisons peuvent amener une famille à se détourner du chemin classique de l’école. Pour Émilie, maman de Terence, 14 ans, et de Cerise, 17 ans, cette instruction en famille a débuté suite au premier confinement. « Nous avons trouvé un équilibre familial pendant cette période et on trouvait dommage de le casser », se rappelle-t-elle. Une décision prise par toute la famille.
Pour Anne-Laure, maman de François, 12 ans, Élisabeth, 10 ans, Stanislas, 7 ans, Aliénor, 5 ans, et Étienne, 3 ans, l’IEF est venue par hasard. Son aîné, à 3 ans, était dans une école Montessori. Mais suite à un déménagement, elle ne retrouve pas ce type d’école à proximité. Elle se forme donc et décide d’assurer l’instruction de son enfant par elle-même. Un choix qui s’impose naturellement ensuite avec ses autres enfants.

Une organisation à trouver

Harcèlement scolaire, difficultés d’apprentissage, phobie scolaire, projet de voyage familial sur une longue durée, respect du rythme biologique de l’enfant, approche pédagogique différente… Plusieurs raisons peuvent amener une famille à se détourner du chemin classique de l’école. Pour Émilie, maman de Terence, 14 ans, et de Cerise, 17 ans, cette instruction en famille a débuté suite au premier confinement. « Nous avons trouvé un équilibre familial pendant cette période et on trouvait dommage de le casser », se rappelle-t-elle. Une décision prise par toute la famille.
Pour Anne-Laure, maman de François, 12 ans, Élisabeth, 10 ans, Stanislas, 7 ans, Aliénor, 5 ans, et Étienne, 3 ans, l’IEF est venue par hasard. Son aîné, à 3 ans, était dans une école Montessori. Mais suite à un déménagement, elle ne retrouve pas ce type d’école à proximité. Elle se forme donc et décide d’assurer l’instruction de son enfant par elle-même. Un choix qui s’impose naturellement ensuite avec ses autres enfants.

Apprendre autrement

Le temps de travail formel a souvent lieu le matin. Les cours peuvent se faire au moyen de manuels scolaires, de pédagogies alternatives, de cours par correspondance via un organisme… Les après-midis sont davantage consacrés à la détente, la lecture, les activités et sorties… Mais cette organisation reste flexible en fonction des besoins de la famille.
Anne-Laure ne prépare pas de cours pour ses enfants en fonction d’un programme scolaire défini pour chaque tranche d’âge. Elle s’appuie sur la pédagogie Montessori et suit la progression de chacun. Elle présente les activités et quand l’enfant maîtrise une compétence, il peut passer à la suivante.
Les enfants d’Émilie, plus âgés, font eux-mêmes leur emploi du temps. Émilie aide son fils Terence pour qui ça a été plus dur. « Il est passé d’une école privée avec un cadre très strict à plus rien. Au début, il ne m’écoutait pas vraiment. Finalement, c’est en consultant une kinésiologue qu’il a fini par comprendre qu’il ne travaillait pas pour moi mais pour lui, que ce n’était pas une contrainte d’apprendre », se rappelle Émilie. Quand ses enfants ont besoin d’aide, ils vont la voir ou cherchent les infos par eux-mêmes sur Internet. De quoi les rendre autonomes. Ils s’appuient beaucoup sur le site www.lelivrescolaire.fr, une plateforme gratuite proposant des manuels numériques pour le collège et le lycée. En parallèle, Émilie paye des cours sur Internet avec des professeurs pour les langues étrangères et la philo, sa fille passant son bac cette année. Pour aider d’autres familles en recherche de professeurs, notamment de langue étrangère, Émilie a créé un groupe Facebook (« Parents IEF qui veulent des avantages ») rassemblant des professeurs de diverses langues maternelles que chaque famille peut contacter. Les cours sont ensuite dispensés par petit groupe de moins de 10 enfants et chacun paye 5h pour l’heure. En passant plus de temps seuls à la maison, ses enfants se sont aussi découverts des passions. « J’ai pris sur Internet un professeur de programmation pour mon fils qui adore l’informatique. Et ma fille, qui aime tout ce qui est créatif, va chaque mois dans une cristallerie et a fait un stage dans une école de haute couture », explique Émilie.

Des différences avec l’école

Les enfants d’Anne-Laure sont ravis d’avoir leur maman pour maîtresse et celle-ci l’assure « l’IEF n’a rien à voir avec la transposition de l’école à la maison ». L’an dernier, ses enfants ont tous été scolarisés en raison d’une activité professionnelle chargée pour elle. Une découverte qui ne les a pas vraiment convaincus. « Il y a eu une petite période d’adaptation mais sans difficulté particulière. Les enfants savaient comment fonctionnent une école. Mais pour Aliénor, ça a été dur car elle voulait apprendre à lire et ce n’était pas possible à l’école. Stanislas lui a beaucoup régressé », se souvient Anne-Laure. Quand on lui a proposé de rester au collège cette année, François a préféré revenir à l’IEF. « Il n’avait pas l’impression d’apprendre grand-chose au collège. Il a compris qu’on apprend pour soi, pas pour les notes ou pour passer dans la classe supérieure », ajoute sa maman. Chaque année, pourtant, 1 élève sur 2 ayant fait l’IEF retourne à l’école.
 

Préserver le lien social

Et quid du lien social alors ? L’instruction en famille n’isole-t-elle pas ces enfants ? L’an dernier, ceux d’Anne-Laure se sont faits quelques copains à l’école mais pas d’amitiés aussi fortes qu’en IEF. Les familles ont en effet l’occasion de se retrouver entre elles, si elles le désirent, en rejoignant par exemple des associations dédiées. Elles peuvent alors participer aux diverses sorties et ateliers prévus. Le fils d’Émilie s’est fait de nouveaux amis en IEF et joue en réseaux avec ses anciens copains mais ne les voit plus vraiment. Émilie reconnaît que le choix de faire l’école à la maison a pu susciter quelques incompréhensions. « J’ai vu que ça faisait tiquer les autres parents qu’on fasse l’IEF. Ils ont peut-être peur que ça donne des idées à leurs enfants… » , s’interroge Émilie. Sa fille, plus âgée quand elle a commencé l’IEF, a conservé ses copines d’avant et ne s’en est pas fait de nouvelles avec l’IEF. « Beaucoup d’enfants retournent à l’école quand ils sont ados, souvent parce qu’ils sortaient peu en dehors de la maison alors qu’ils étaient peut-être en demande de lien social », ajoute Émilie. Ce point est important pour garantir la pérennité de ce choix éducatif.
Les problèmes entre frères et sœurs ou entre parents et enfants sont également mis en évidence avec l’IEF puisque chacun se côtoie toute la journée. Pour que cette aventure fonctionne sur le long terme, « il ne faut jamais laisser un conflit s’envenimer », conseille Anne-Laure.

Contraintes et avantages de l’IEF

 

Les familles pratiquant l’IEF sont soumises à une obligation de résultats. Les inspecteurs académiques contrôlent ce qu’elles mettent en place et font passer des tests aux enfants afin de s’assurer de leur niveau. Si le premier contrôle est négatif, un autre a lieu un mois après. S’il y a des progrès, l’enfant peut continuer d’être instruit en famille sinon il retourne à l’école dans les quinze jours. Généralement, les enfants faisant l’école à la maison ont un très bon niveau. Au bac de français, l’an dernier, Cerise, la fille d’Émilie a eu 14 à l’écrit et 18 à l’oral. « L’apprentissage est beaucoup plus efficace et solide qu’en classe. Il n’y a pas de gestion de groupe, de consignes à répéter quinze fois, de temps perdu à faire l’appel, etc. Tout est individualisé. On suit le rythme des enfants qui s’en trouvent moins fatigués », confirme Anne-Laure. Émilie partage aussi ce constat : moins fatigués, ses enfants arrivent mieux à s’entendre. Elle apprécie qu’ils soient plus autonomes grâce à l’IEF et se soient découverts des passions. Pour elle, ce choix n’a que des avantages.

*Son site : Les Montessouricettes


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