Sclérose en plaques : le cannabis médical pour soulager les symptômes

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© Stoklib
Par Charlotte Vierne publié le
Journaliste indépendante
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Depuis plus de dix ans, Franck Milone a trouvé dans le cannabis une solution efficace pour vivre avec la sclérose en plaques (SEP). Devenu le principal ambassadeur français du cannabis thérapeutique, ce passionné est à la tête de DelleD, une société spécialisée dans le développement de projets de recherche sur les potentiels thérapeutiques du cannabis dans l’espoir d’enfin faire évoluer la loi.

« Tous les jours, le cannabis m’aide à vivre avec la maladie ! » Atteint de sclérose en plaques, Franck Milone se soigne depuis une dizaine d’années grâce au cannabis, avec des effets bénéfiques quotidiennement constatés sur ses douleurs et sa fatigue. « J’ai fait ma première crise neurologique il y a dix ans et, depuis, il n’y en a pas eu d’autres ! », s’exclame cet entrepreneur passionné qui, avec sa société DelleD, ambitionne de construire un programme de cannabis thérapeutique intelligent, intégrant la production et répondant aux standards pharmaceutiques. Cela malgré l’interdiction existante de cultiver du cannabis à des fins thérapeutique sur le territoire national même si un léger frémissement se fait sentir : le 26 mars 2021, le ministère de la Santé a officialisé le lancement de l’expérimentation du cannabis thérapeutique pour les patients souffrant de maladies graves. Parmi les indications concernées « la spasticité douloureuse (contraction musculaire réflexe exagérée) de la sclérose en plaques ou des autres pathologies du système nerveux central. »

Renverser la « fatigabilité » des malades

Pour Franck Milone, tout a commencé en 2010. A la suite d’une violente crise neurologique, le jeune homme, qui vient de fêter ses 18 ans, fait les frais d’une hémiplégie : «  je ne pouvais plus contrôler la moitié droite de mon visage dont tout le mouvement était perturbé ». A cela s’ajoute de violentes douleurs, des insomnies et surtout une terrible fatigue venant encore ternir le tableau de l’annonce du diagnostic. En plus des immunomodulateurs prescrits pour contenir le développement de sa SEP, Franck se voit proposer des somnifères et des benzodiazépines (anxiolytiques) aux multiples effets secondaires. « Au bout de quelques semaines et devant le cortège d’effets indésirables, j’ai eu l’idée de substituer ces médicaments par du cannabis. » Se fournissant sur le marché noir, Franck se lance donc discrètement dans une consommation « thérapeutique » de cannabis : les doses qu’ils vaporisent en remplacement des somnifères, de l’ordre de 0,5g chaque soir auquel il ajoute une gélule home made de 0,2 g au cours de la journée, sont évidemment bien moindre que celles habituellement consommées lors d’un usage récréatif. Mais les résultats, eux, ne tardent pas à se faire sentir. « Dans la sclérose en plaques, la fatigue est un des plus gros handicaps et le cannabis me permet de rester en forme », explique Franck Milone. Plus qu’une simple question de confort, il s’agit donc là pour lui d’un besoin vital et quotidien : « L’épuisement est bien souvent synonyme de déprime et lorsqu’on se voit diagnostiquer une SEP à 20 ans, en venir à bout est bel et bien capital ! »

Remplacer les anti-douleurs et les anti-inflammatoires

Outre ses effets quotidiennement constatés sur sa vitalité, Franck utilise également le cannabis avec succès pour réduire l’inflammation induite par la SEP et contenir les douleurs dont il fait, chaque jour, les frais. « Lorsque je pars à l’étranger, les difficultés d’approvisionnement m’obligent à remplacer le cannabis par des opiacés avec tous les effets secondaires que cela peut avoir (risques sur le foie, l’estomac, addictions) et que je ne ressens pas en temps normal avec le cannabis. » Pour Franck, le cannabis thérapeutique répond donc à un véritable besoin : « en matière de bénéfices-risques, il n’existe actuellement aucune solution de remplacement satisfaisante sur le marché. » Car, comme en témoignait déjà le rapport sur la dangerosité des drogues commandé par Bernard Kouchner à Bernard Roques en 1999, le cannabis constitue sans aucun doute la drogue la moins nocive et la moins addictive, loin derrière la cocaïne, l’héroïne, l’alcool, le tabac et, surtout, les psychostimulants et les tranquillisants ! En plus de la fatigabilité et les douleurs, le cannabis thérapeutique pourrait avoir d’autres avantages pour des pathologies graves du types de la SEP : « malheureusement, explique Franck Milone, le niveau de connaissances dans les différents domaines d’utilisation médicale du cannabis est très hétérogène et aucune étude n’a encore été réalisée sur la modulation du système immunitaire par les principes actifs du cannabis en cas de SEP. » De tels essais permettraient de mesurer le potentiel du cannabis thérapeutique sur l’évolution et la progression de la maladie.

Une plante riche, un monde en devenir

Avec pas moins de 140 cannabinoïdes exogènes détectés, « le cannabis est une plante riche présentant encore de nombreuses molécules à explorer ! », s’enthousiasme Franck Milone. C’est là tout l’objet de sa société DelleD et de sa branche spécialisée dans le cannabis thérapeutique, LaFleur, orientée dans l’exploration du potentiel médical des phytocannabinoïdes. Lancée en 2014 pour passer du test and learn sur sa propre personne à des innovations qui pourraient bénéficier au plus grand nombre, DelleD s’est, dès l’origine, orientée dans le lancement de projets de recherche : « l’acceptation du cannabis thérapeutique par le monde médical et scientifique passe par là ! » Pour l’heure, Franck Milone n’ayant pas voulu en « faire une affaire personnelle », les premières expérimentations de LaFleur ne portent pas sur la SEP mais sur l’oncologie.
Prometteurs, ces essais précliniques réalisés sur des cultures cellulaires ont montré le potentiel de certains des actifs du cannabis dans la limitation de la prolifération des métastases. Ils pourraient donner lieu à des expérimentations sur l’homme à l’horizon 2022 et, pourquoi pas, à la création d’un médicament dès 2024. Et Franck Milone ne compte pas s’arrêter là : « Nous avons d’autres projets précliniques écrits dans nos cartons concernant les maladies neurodégénératives et les maladies rares du vieillissement notamment ».

Alors que le gouvernement vient d’officialiser le lancement de l’expérimentation du cannabis thérapeutique pour les personnes en soins palliatifs ou souffrant de douleurs chroniques neuropathiques, de douleurs provoquées par le cancer, d’épilepsie sévères et de pathologies du système nerveux central telles que la sclérose en plaques, le rêve du cannabis thérapeutique de Franck Milone pourrait bien être en passe de devenir réalité ! Bien sûr, le chemin sera encore long mais « nous espérons qu’à l’issue de cette expérimentation qui ne vise pour l’heure que 3000 patients beaucoup plus de personnes puissent bénéficier du cannabis thérapeutique. » Autre espoir qui pourrait bien être satisfait : « que les indications soient encore élargies parce que bien des pathologies ne sont encore pas intégrées à l’expérimentation ! »