“Apprendre à faire avec ce que l’on possède” : interview de Béa Johnson, la guru du zéro déchet

Béa Johnson tenant un bocal en verre dans sa cuisine
“Apprendre à faire avec ce que l’on possède” : interview de Béa Johnson, la guru du zéro déchet
Par Donna So publié le
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Lassées du consumérisme, Béa Johnson et sa famille ont décidé de vivre sans produire de déchets. Un mode de vie simple et minimaliste dont elle est devenue la figure. Rencontre avec la guru du mode de vie zéro déchet.

Il y a quelques années, Béa Johnson vivait le rêve américain : une grande maison, deux voitures, des enfants qui gambadent dans le jardin. Pourtant, elle n’était pas satisfaite. Lors de son déménagement à San Francisco, elle décide de s’alléger de ses biens matériels et se lance dans un mode de vie sans déchets. Elle réussit à réduire de 40% les dépenses annuelles de sa famille et produit seulement un litre de déchets par an, l’équivalent d’un gros bocal en verre. Aujourd’hui, Béa Johnson est un exemple à suivre pour une planète plus verte.

Bio à la Une : Par où commencer lorsqu'on veut se lancer dans le zéro déchet ?

Béa Johnson : Le zéro déchet se compose de cinq règles d’or : refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter. Pour débuter, il faut suivre les deux premières règles : refuser et réduire. Refuser, c’est savoir dire non lorsque l’on vous propose un stylo gratuit, un sac plastique ou des babioles dont vous n’allez pas besoin. On peut alors commencer à réduire les déchets chez soi.

“Lorsqu’un consommateur refuse quelque chose, ce dernier crée une limite avec la personne qui lui tend l’objet. Le fait d’accepter participe à créer une demande pour un bien matériel. C’est en dehors de votre maison que proviennent les déchets. En adoptant ce comportement, le nombre de déchets qui entre chez vous se réduit de façon considérable.”

La seconde règle consiste à réduire en désencombrant l’intérieur de son foyer. Faire un tri des objets inutilisés est nécessaire pour les rendre disponibles aux autres - en donnant ou vendant - et encourager le marché de l’occasion. Ainsi, l’espace de votre maison est libéré. Mais surtout, votre esprit est allégé puisque vous avez moins de raisons de vous inquiéter, de nettoyer, de réparer les objets cassés. Cette règle remet en question nos habitudes de consommation et permet de mieux évaluer la valeur des biens personnels en préférant la qualité et la durabilité plutôt que la quantité.

Bio à la Une : Et lorsque l'on veut aller plus loin ?

Béa Johnson : Il faut poursuivre avec les trois dernières règles : réutiliser, recycler et composter.

Réutiliser permet d’utiliser plusieurs fois le même objet de façon durable pour supprimer les emballages plastiques : bocaux en verre, cabas en tissu etc. On évite la consommation inutile et on prolonge la durée de vie des biens déjà acquis. Une fois ces règles mises en place, il sera facile de réaliser les deux dernières.

Recycler les derniers objets (tri sélectif ou site de collecte pour les matières plus difficiles à recycler) et composter tout le reste !

Bio à la Une : Quelles habitudes de consommation doit-on adopter ?

Béa Johnson : Acheter, c’est voter. Le zéro déchet se passe surtout à l’extérieur, lorsque l’on va faire les courses, par exemple. En ramenant mes bocaux au supermarché pour y mettre mes contenus alimentaires, je contribue à un avenir sans emballage.

“Il ne faut pas avoir peur du regard des autres et ne pas hésiter à expliquer sa démarche aux personnes que l’on rencontre.”

Lorsque l’on me propose un produit avec un emballage, j’applique la première règle en le refusant et je réponds simplement que je n’ai pas de poubelle et que je tends vers un mode de vie sans déchets. En général, les gens sont curieux de savoir comment cela est possible et c’est à ce moment là que je leur explique.

Bio à la Une : Pourquoi est-ce important selon vous de réduire au maximum nos déchets ?

Béa Johnson : La réduction des déchets amène à la réduction de consommation des ressources énergétiques. En plus d’être bénéfique pour l’environnement, ma famille a réalisé une économie de 40% sur les dépenses annuelles ! On a également remarqué les bienfaits sur notre santé puisque nous n’allons plus chez le médecin grâce aux aliments sains que nous consommons. Enfin, c’est un véritable gain de temps ! Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le zéro déchet ne demande pas plus de temps mais en fait gagner. En se débarrassant du superflu et en modifiant nos modes de consommation, on gagne en efficacité, ce qui simplifie les tâches quotidiennes.

“Ma vie s’est enrichie sur le plan personnel, j’ai plus de temps pour partager des moments avec ma famille. Je vis désormais une vie simple qui se base sur le verbe “être” c’est-à-dire sur l’expérience contrairement au verbe “avoir” qui représente les biens matériels.”

Bio à la Une : Est-ce que le zéro déchet va forcément de pair avec l’alimentation bio ?

Béa Johnson : Naturellement, le zéro déchet tend vers une alimentation plus saine et respectueuse de l’environnement. Cependant, il arrive que certains produits biologiques soient emballés dans du plastique. Dans ces cas-là, je me tourne vers les produits en vrac ou des producteurs locaux qui prônent une agriculture raisonnée pour ne pas à avoir à me retrouver avec des déchets à jeter.

Bio à la Une : Vous revenez régulièrement en France. Est-ce plus facile d’adopter ce mode de vie minimaliste aux États-Unis ?

Béa Johnson : Le choix des produits varie d’un pays à un autre, l’essentiel est d’adapter son alimentation. Par exemple, le beurre et la crème fraîche sont commercialisés en vrac dans l’Hexagone, mais pas aux États-Unis, c’est d’ailleurs le seul produit que j’achète sous emballage. Je privilégie les marchés de producteurs, les enseignes comme Day by Day ou les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) qui n’existent pas à San Francisco. En revanche, aux États-Unis, on peut boire du vin en vrac. Le zéro déchet nous apprend à faire avec ce que nous possédons.

Bio à la Une : Êtes-vous fière d'incarner en France et à l'étranger le style de vie sans déchet ?

Béa Johnson : Effectivement, je suis fière de la figure que j’incarne. J’ai constaté les changements à l’échelle locale, mais aussi à plus grande échelle. À Montréal, par exemple, certains magasins bio tendent à se tourner vers le zéro déchet avec la distribution de produits en vrac.

Chaque semaine, je reçois plusieurs mails de personnes originaires des quatre coins du monde qui me remercient du changement que j’ai pu opérer dans leur quotidien grâce à ma démarche écologique, aux nombreuses conférences que je donne, aux réseaux sociaux et également à mon livre. Ces actions ont permis de lancer le mouvement du zéro déchet.

Bio à la Une : Quelle a été votre plus grande découverte en vivant sans déchet ?

Béa Johnson : Le gain de temps incroyable ! Les gens ont beaucoup d’a priori sur le zéro déchet. Ils s’imaginent que je suis une mère au foyer qui a du temps devant elle mais c’est faux : je travaille tous les jours avec des journées de 8 heures. Avec le zéro déchet, je m’organise plus efficacement et je peux passer du temps à voyager, à profiter de la vie et de mes proches. Et, mon rôle en tant que figure du zéro déchet est de briser les a priori.

Crédit photos : Michael Clemens - Coleman Rayner - Stephanie Rausser - Malcolm Kessler - Michael Clemens

Zéro Déchet, 100 astuces pour alléger sa vie, Béa Johnson, Editions Les Arènes, 17€.

“Béa Johnson nous explique comment elle et sa famille ont maintenu leur style de vie tout en ne produisant quasiment aucun déchet. Ils ont réduit leurs dépenses annuelles de 40 %, et n'ont jamais été en aussi bonne santé, à la fois physiquement et émotionnellement.”

Découvrez le blog de Béa Johnson ici.
Sur son blog, retrouvez également la boutique en ligne où l’on peut acheter des bocaux en verre ou encore un kit pour faire ses courses.

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