Quels sont les bienfaits du télétravail ?

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Quels sont les bienfaits du télétravail ?
Par Dorothée Blancheton publié le
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Particulièrement plébiscité depuis la crise sanitaire liée au Covid-19, le télétravail revêt depuis longtemps de multiples bienfaits pour les salariés, l’employeur mais aussi la société. Eclairage avec Patricia Wendling, fondatrice d’un cabinet de ressources humaines et auteure d’un livre sur le sujet.

En 2017, seulement 3 % des salariés pratiquaient le télétravail au moins une fois par semaine, selon une étude de la Dares (Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques). Avec la crise sanitaire liée au Covid-19, les choses ont changé. Pendant le confinement, près d’un tiers des actifs en poste ont expérimenté cette manière de travailler, selon une enquête OpinionWay-Square Management pour « Les Echos » et Radio Classique. Et 40% de ceux qui l’ont expérimenté souhaitent continuer à travailler ainsi, au moins une partie de la semaine. « Le télétravail est un vrai mode de travail, pas une mode. Son recours doit dépasser le besoin ponctuel lié à une urgence », plaide cependant Patricia Wendling, ex directrice juridique et Directrice des Ressources Humaines, fondatrice du cabinet H/F Human Factor et auteure de « Télétravail – Mode d’emploi ».

La suspicion, un frein à lever pour le télétravail

Bien que le télétravail soit possible en France depuis 2005 et soit rapide à appliquer (un simple accord entre l’employeur et le salarié suffit), les entreprises semblaient plutôt réticentes ou tout du moins prudentes en la matière. Leurs arguments : la crainte que cela nuise aux liens entre salariés, l’excès de digitalisation... « Ce que nous venons de vivre a fait voler en éclats ces prétextes. Le vrai problème venait surtout du manque de confiance envers les salariés. C’est ce management à l’ancienne, où l’on veut pouvoir tout contrôler, et qui a conduit au présentéisme », analyse Patricia Wendling. 
Pourtant, les raisons de recourir au télétravail sont nombreuses. Dès 2007, dans une méta-analyse reprenant 46 études auprès de 12 883 employés, les chercheurs américains Ravi S. Gajendran et David Harrison démontraient déjà que le télétravail diminuait le stress, permettait un meilleur équilibre, améliorait les performances et limitait le turn-over.

Moins de temps dans les transports

L’un des premiers avantages du télétravail est de supprimer le temps perdu dans les transports et donc la fatigue et le stress qui l’accompagnent souvent. Selon l’Insee (recensement population 2015), 7 salariés sur 10 vont au travail en voiture et pour 3,3 d’entre eux cela représente plus de 25 km par jour pour s’y rendre. De même, d’après un sondage BVA pour Salesforce d’octobre 2018 sur les salariés et la mobilité, ceux-ci passent en moyenne 37 mn pour aller de leur domicile à leur bureau et 44 mn en Ile-de-France. En télétravaillant, cela fait gagner une heure à une heure trente de temps par jour. Les salariés peuvent ainsi se lever un peu plus tard, ou accompagner leurs enfants à l’école ou débuter leur journée de travail plus rapidement. 

Télétravail : une efficacité accrue

Open space bruyant, appels téléphoniques, réunions, pause café, questions d’un collègue... En travaillant depuis chez soi, le risque d’être interrompu pendant sa journée de travail est plus faible. Cela permet de gagner en concentration et donc en efficacité.
L’autonomie est également plus importante. Chacun organise sa journée, gère ses tâches, hiérarchise ses priorités... Cette liberté est souvent appréciée des salariés qui se sentent plus responsables de la manière dont sont menés leurs projets et peuvent s’y impliquer davantage. 

Un meilleur équilibre entre vie pro et perso

Le télétravail peut démarrer dès une demi-journée, cela représente déjà un réel intérêt pour l’employé. Si celui-ci est un peu souffrant le matin et peu apte à se déplacer au bureau, il peut quand même travailler à distance au lieu d’être absent pour la journée. Cela limite l’absentéisme de courte durée. De même, il n’a pas à poser de RTT ou de congés payés pour pouvoir réceptionner sa nouvelle machine à laver ou se faire dépanner sa chaudière. Même s’il est interrompu un quart d’heure, il peut travailler le reste du temps. « Ca allège la charge mentale de savoir que l’on peut compter sur ce moment de télétravail pour caler ce type de rendez-vous. L’employé n’a pas à se demander comment il va réceptionner son colis, à redouter de passer son samedi matin au bureau de Poste pour le chercher. Il est plus disponible intellectuellement. C’est un atout qui contribue à baisser le turn-over. C’est gagnant-gagnant », assure Patricia Wendling. A l’heure où beaucoup d’entreprises misent sur la Qualité de Vie au Travail, le télétravail est un vrai outil. 

Des intérêts aussi pour l’entreprise

Les bienfaits du télétravail concernent donc aussi les employeurs. Ainsi, en réduisant le nombre d’employés présents simultanément dans les locaux, l’entreprise peut en diminuer la superficie et les dépenses courantes. Par ailleurs, les employés satisfaits d’avoir une certaine flexibilité dans leur mode de travail et de pouvoir concilier leurs activités pro et perso plus facilement sont moins enclins à quitter leur entreprise. C’est un gain pour l’entreprise qui n’a pas à lancer de nouvelles procédures de recrutement et peut compter sur des équipes pérennes et investies. « C’est un atout pour attirer les candidats, notamment dans les secteurs en tension, et fidéliser les salariés. De très bons candidats peuvent se situer assez loin de l’entreprise et s’autocensurer. Là on peut les recruter en partant sur un modèle hybride avec par exemple deux jours de travail par semaine dans les locaux. On peut alors s’offrir les meilleurs profils », estime Patricia Wendling. Certaines plateformes de recherche d’emplois disposent d’ailleurs d’une fonction « télétravail » pour classer leurs offres. C’est un atout pour recruter et donner une image de sa société innovante et agile.

Un geste pour la planète

En limitant les transports des employés, cela réduit les émissions de gaz à effet de serre et donc la pollution. En avril, pendant le confinement, le Center for Research on Energy and Clean Air (un centre de recherche européen sur l’énergie et l’air pur) a calculé que cela avait permis de réduire de 40% les niveaux de dioxyde d’azote et de 10% ceux de particules fines. Cette amélioration de la qualité de l’air aurait évité 1230 décès dans l’hexagone et 11 000 en Europe.
Par ailleurs, le midi, les salariés déjeunent souvent sur le pouce. Boites à salade, sachets à sandwich, paquets de chips, serviettes en papier... Selon une étude de l’association caritative environnementale Hubbub UK, publiée en mai 2019 par The Guardian, ces achats de plats à emporter pris par les salariés le midi génèreraient 11 milliards d’emballages jetés chaque année (souvent non recyclés) au Royaume-Uni. En télétravaillant, il est plus facile de manger un plat cuisiné la veille par exemple et de réduire ces emballages.

Une mise en place progressive

Pour que le télétravail délivre tous ses bienfaits, il doit se co-construire à partir des retours d’expériences. Cela passe par l’information et la formation des managers et salariés. « Il faut préférer l’évolution à la révolution. Tout changement s’accompagne. On ne va pas opter pour le télétravail à haute dose du jour au lendemain sans former ses équipes. Le télétravail est un pharmakon, c’est-à-dire un remède qui peut aussi être un poison s’il est mal dosé », ajoute l’experte. On ajuste donc en fonction de chacun et des retours qui sont faits sur le terrain pour que tout le monde y gagne.
 

Photo : pixabay
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