Connaitre son taux d’homocystéine : un geste santé préventif important.

homocystéine
homocystéine test
Stocklib
Par Magali Walkowicz publié le
Diététicienne-nutritionniste, journaliste et auteure
381 lectures

Faire une prise de sang, un check—up « complet » une fois par an est important pour s’assurer que vous êtes en santé. Malheureusement en France, certains dosages couramment prescrits par les médecins sont inutiles, d’autres en revanche manquent cruellement. C’est le cas de l’homocystéine, dont le taux pourtant est prédicateur de nombreuses pathologies graves. Explications.

L’homocystéine est un acide aminé* soufré et pro-inflammatoire dérivé de la méthionine, un des neuf acides aminés essentiels pour le corps humain. C’est-à-dire un acide aminé que le corps ne peut fabriquer lui-même et qui doit donc lui être absolument apporté par l’alimentation. La méthionine se trouve dans tous les aliments protéinés, animaux ou végétaux. La synthèse d’homocystéine à partir de méthionine nécessite de la vitamine B12, apportée par les aliments contenant des protéines animales. Le taux d’homocystéine dépend donc en grande partie de l’alimentation. Et il est extrêmement important, car il est le témoin de la capacité de méthylation de l’organisme, une réaction indispensable au bon fonctionnement de nos cellules. 

* Un acide aminé est un maillon des protéines. Combinés entre eux, ils forment les protéines. En tout, 20 acides aminés entrent dans la composition des protéines du corps humain.

La méthylation garante de notre bonne santé

La méthylation est un processus qui a lieu en permanence dans toutes les cellules de notre organisme, jusqu’à un milliard de fois par seconde. Il consiste en la transmission d’un groupe méthyle (un atome de carbone lié à 3 atomes d’hydrogènes) d’une molécule à une autre. Cette transmission est vitale, car essentielle à la dégradation de l’histamine dans l’intestin, à la production et la régulation de très nombreuses molécules dont des neurotransmetteurs et hormones dans le cerveau, la détoxification du corps via la production de glutathion (l’antioxydant le plus puissant du corps humain), mais surtout, il permet la modulation de l’expression de certains gènes de notre ADN via des processus épigénétiques*. Raison pour laquelle des défauts de méthylation sont ainsi à l’origine de nombreux graves problèmes de santé. Il est donc extrêmement important de maintenir un bon niveau de méthylation dans le corps.

*définit comment les gènes si et comment vont être utilisés par une cellule

L’homocystéine est le témoin du bon fonctionnement de la méthylation.

La méthylation a lieu en présence de méthionine. Celle-ci comporte un élément essentiel : le fameux groupe méthyle, qu’elle doit donc transmettre à une autre molécule, pour que l’organisme fonctionne de manière optimale. C’est cela la méthylation ! Pour ce faire, elle se transforme en se combinant avec une molécule d’ATP (= Adénosine TriPhosphate, une molécule qui fournit l’énergie nécessaire à toutes les cellules de notre corps) en sa forme métaboliquement active appelée SAM (ou S-adénosyl-L-méthionine). Une fois son groupe méthyle cédé, la SAM, devient alors SAH (pour S-adénosyl-L-homocystéine), qui se dégrade en homocystéine (en libérant sa molécule d’ATP précédemment acquise). L’homocystéine est en quelque sorte l’étape finale de la méthylation. Lorsqu’il s’accumule en trop grande quantité, il peut devenir extrêmement toxique pour l’organisme, mais surtout, il alerte sur un défaut de méthylation et sur d’éventuelles pathologies à venir. D’où la nécessité de le doser au moins une fois par an.

Quels risques en cas d’hyperhomocystéinémie ?

Le taux normal d’homocystéine à jeun est de 5 à 15 µmol/L. L’hyperhomocystéinémie est considérée comme modérée entre 15 et 30 µmol/L, intermédiaire entre 30 et 100 µmol/L, et sévère au-delà de 100 µmol/L.

L’homocystéine est bien connue pour être un marqueur du risque cardiovasculaire prouvé. Depuis des décennies, les données s’accumulent sur des modèles in vitro et animaux et à partir d’études cliniques, indiquant qu’une hyperhomocystéinémie modérée est un facteur de risque pour le développement d’une athérosclérose précoce et de participation à la dégradation des vaisseaux sanguins. Il est démontré qu’il existe une relation entre hyperhomocystéinémie et hypertension, infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux, démences et maladies thromboembolique veineuses. 

Par ailleurs, une hyperhomocystéinémie est agressive au niveau cellulaire. Des liens avec d’autres pathologies telles que la dépression sévère, des troubles oculaires et l’ostéoporose sont actuellement étudiés. L’hyperhomocystéinémie serait aussi impliquée dans certains cancers et la maladie de Parkinson1. Des chercheurs du Laboratoire de chimie et biochimie pharmacologiques et toxicologiques (CNRS/Université Paris-Descartes) ont établi un nouveau lien entre des taux élevés d’homocystéine et l’apparition et/ou la progression de certains cancers et de la maladie de Parkinson. En cause ? Une perturbation de l’homéostasie des métaux de transition, conduisant à l’inhibition irréversible d’une enzyme appelée catalase. La catalase en temps normal protège les cellules de dommages oxydatifs pouvant perturber le fonctionnement cellulaire et participer à l’éclosion et/ou la progression des cancers et des maladies neuro-dégénératives.

Or pathologies cardio-vasculaires, pathologies neurodégénératives et cancer sont les fléaux de la santé à notre époque. Prévenir est donc un geste santé fort.

Qu’est ce qui favorise des taux élevés d’hyperhomocystéinémie ? L’alimentation en premier lieu si carencée en vitamines B6, B12 et folates, mais aussi certaines causes génétiques, les troubles de la thyroïde, des altérations de la fonction rénale, certains cancers, surtout seins, ovaires, pancréas et les leucémies aiguës lymphoblastiques. Impliqués aussi les médicaments qui agissent sur le cycle des folates, tels que le méthotrexate, prescrit en cancérologie et rhumatologie, ou les antiépileptiques.

En pratique, éviter/traiter l’hyperhomocystéinémie.

- Mangez de la glycine (un acide aminé présent essentiellement dans la peau et les os) pour dégrader la SAM en SAH et ainsi éviter une méthylation excessive. La glycine a un rôle tampon essentiel. Le corps peut la synthétiser à partir d’un autre acide aminé appelé sérine, mais les données suggèrent que la glycine synthétisée à partir de sérine n’est pas en mesure de satisfaire entièrement les besoins du corps. C’est pourquoi nous avons besoin d’en consommer. Elle est très abondante dans les os et la peau (c’est l’un des constituants du collagène). Consommer du bouillon d’os régulièrement est donc conseillé. La glycine existe aussi sous forme de supplément nutritionnel. Posologie : 8 et 15 g par jour environ. La glycine n’est pas toxique et il n’existe pas de limite de sécurité pour sa consommation.

Plus on consomme de la viande, et surtout de la viande maigre, plus nos besoins en glycine augmentent. La viande contient beaucoup de méthionine, l’essentiel de la glycine va être utilisée pour tamponner l’excès qui provient de cette consommation.

- Favorisez le recyclage de l’homocystéine créée. Divers processus existent. La méthionine est donc la clé de voûte de tous ces processus. Elle se trouve dans toutes les protéines (surtout dans les graines de tournesol, de soja, les céréales, la viande et la volaille, les œufs, le lait, le poisson). Deux de ces processus vont régénérer de la méthionine à partir de l’homocystéine. Pour le premier l’organisme a besoin d’avoir un pool suffisant de vitamines B9, B12. Pour le deuxième de choline et de bétaïne. Un dernier processus se servira de l’homocystéine pour fabriquer le gluthation (le principal antioxydant du corps humain). La vitamine B6 et la sérine (un acide aminé issu des aliments contenant des protéines, que le corps sait aussi synthétiser) sont essentiels pour ce dernier processus de recyclage. 

  • Évitez donc les carences de vitamine B12, qui se trouvent comme dit plus haut dans les aliments contenant des protéines animales : viandes, poissons et fruits de mer, œufs, fromage par exemple. Les végétaliens doivent absolument se supplémenter, sous forme de méthylcobalamine, qui est la forme la plus active. Un niveau élevé d’homocystéine indique souvent une carence en vitamine B12 !
  • Évitez les carences en vitamines B9. Le foie, les légumineuses, ainsi que les légumes feuilles et autres légumes verts (épinards, asperges, brocolis, laitue…) en sont riches. La vitamine B9, que l’on trouve en pharmacie, possède une biodisponibilité optimale, sûre qui n’engendre pas d’élévation des taux d’acide folique non métabolisé.
  • Évitez les carences en vitamine B6 qui est présente essentiellement dans la viande, la volaille, les abats (foie, rognons, etc.), le poisson, la levure de bière, le jaune d’œuf et les produits laitiers. La supplémentation en vitamine B6 sous forme de pyridoxamine (la forme la plus stable, la plus biodisponible et la plus sûre) peut-être intéressante. À noter : cette forme est rarement présente dans les complexes de vitamines B.
Les résultats d’essais indiquent qu’il n’y a pas de bénéfice clinique significatif, en prévention secondaire des événements athérothrombotiques, à utiliser une association vitamine B9 et vitamine B12. Mais ces études qui ont étudié les effets d’une supplémentation en vitamine B n’ont pas utilisé les formes récentes et optimisées de ces vitamines. Dans tous les cas, ces vitamines sont absolument indispensables au bon fonctionnement de la méthylation et de l’organisme en général. 
  • Évitez les carences en choline qui se trouve principalement dans le foie, le jaune d’œuf, et le germe de blé.
  • Supplémentez-vous en bétaïne. On la trouve sous forme de citrates dans toutes les pharmacies.
  • L’ATP est nécessaire à une bonne méthylation et l’ATP a besoin de magnésium. Assurez-vous des cures régulières de magnésium marin ou bisglycinate, associé à de la vitamine B6 et de la taurine pour sa bonne assimilation. On trouve du magnésium dans les aliments suivants : les fruits oléagineux, les sardines en conserve, les fruits de mer, les bananes ainsi que dans la farine de sarrasin.
  • Les dérivés de la cystéine tels que l’acétylcystéine font diminuer le taux d’homocystéine. On trouve l’acétylcystéine en pharmacie, sous forme de sachets de 200 milligrammes. Posologie : un sachet matin et soir. La prise au long cours est sans risque.
 Le foie est un des aliments les plus denses nutritionnellement et est réputé pour contenir un bon nombre de nutriments nécessaires à la méthylation. Une portion de foie par semaine est donc idéale !

 

À ce jour, il est difficile de savoir si on est porteur d’une mutation génétique qui favorise une hyperhomocystéinémie. Certains laboratoires commencent à proposer des analyses, mais ils ne sont pas encore tous fiables et parmi les plus sérieux, la lecture des analyses reste impossible à interpréter pour le grand public, si ce n’est impossible. Notez toutefois que les dysfonctionnements des gênes restent étroitement liés à notre hygiène de vie, car ils obéissent aux lois de l’épigénétique (la manière dont les gênes sont utilisés). Même en cas de mutation génétique donc, des apports encore plus conséquents en ces nutriments, mais aussi bien dormir, faire du sport, éviter les sources de stress etc est indiqué.
Source(s):