La Méthode Feldenkrais pour redécouvrir son corps par le mouvement

méthode Feldenkrais
méthode Feldenkrais
© Stocklib
Par Claire Villard publié le
Journaliste indépendante
2112 lectures

Tandis qu’en Allemagne ou en Italie, les séances de Feldenkrais peuvent être intégrées à des parcours de soin, en France, cette méthode reste très peu connue du grand public. Pourtant, elle permet une meilleure mobilité, une meilleure conscience de son propre corps dans l’espace...et bien plus encore. Rencontre avec une spécialiste.

La Méthode Feldenkrais, à quoi ça sert ?

Le Feldenkrais fait partie des pratiques dites somatiques, autrement dit des pratiques visant à une meilleure connaissance de son propre corps par le mouvement. Ces techniques s’adressent, par définition, à tout le monde : personne à mobilité réduite, en cours de rééducation, ou sportif de haut niveau au top de sa forme. Elles sont également très prisées des danseurs et des artistes en général : elles leur permettent d’affiner la perception de leurs mouvements, et d’éviter les douleurs éventuelles liée à la trop forte sollicitation d’une partie du corps (un ou plusieurs doigts pour un musicien...).
La méthode Feldenkrais est donc à la fois un outil, permettant d’exercer une autre activité (danse, chant, sport, actions du quotidien comme jardiner, faire son ménage…) dans de meilleures conditions, mais se pratique aussi pour elle-même, dans un objectif de confort, de plus grande acuité. En cela, elle peut même avoir des visées plus larges : "Lorsqu’une personne retrouve de l’équilibre par exemple, plus d’aisance dans ses mouvements, cela va nécessairement jouer sur sa confiance en elle, et à terme sur sa personnalité ", explique Ghyslaine Vaysset, praticienne à Toulouse*.

Comment se déroule une séance de Feldenkrais ?

"La particularité du Feldenkrais est de travailler sur le squelette. On ne sollicite pas les muscles, on n’est jamais dans l’étirement. L’idée est d’observer comment le mouvement circule à travers le squelette, d’améliorer les connexions squelettiques", poursuit la spécialiste. L’un des objectifs consiste d’abord à faire prendre conscience des habitudes corporelles de la personne. C’est la raison pour laquelle elle est adaptée, par définition, au corps de chacun.
Dans les cours collectifs, il ne s’agit pas de suivre un modèle, ou d’imiter : chacun fait en fonction de son propre corps. Les séances débutent allongé, mais peuvent aussi se dérouler assis, au sol ou sur une chaise, plus rarement debout. Guidés par la voix du praticien, les participants se mettent en mouvement en interprétant ses paroles. Le travail se fait dans la lenteur, les mouvements sont petits. "Il faut abandonner l’idée d’effort. Parfois, il arrive qu’avec les nouveaux pratiquants on passe une séance entière simplement à apprendre à relâcher son poids." Il existe aussi des cours en individuel : « dans ce cas-là, l’intervenant manipule doucement le corps du participant. Par le toucher, celui-ci va prendre conscience des schémas corporels qui lui sont propres. »

Retrouver l’aptitude de l’enfant à la découverte

Le Feldenkrais est une méthode d’exploration. Ghyslaine la pratique depuis maintenant dix-sept ans, a obtenu récemment son diplôme lui permettant de l'enseigner, mais ne cesse de découvrir, de se former. Chaque corps est unique, tout comme ses besoins et ses possibilités. Mais tous possèdent un point commun : ils ont été bébés ! "Le Feldenkrais attache une grande importance à retrouver l’exploration du monde et de son propre corps à la manière des bébés, sans aucun jugement. Ce qui apporte un côté ludique aux séances, poursuit Ghyslaine. Repasser par les mouvements les plus simples, acquis depuis longtemps : se lever, marcher… Pour mieux les revisiter. "

Les origines du Feldenkrais

Cette approche originale est le fruit de Moshe Feldenkrais, docteur en sciences-physiques israélien d'origine russe, ayant exercé dans les années 1930. Il écrit en parallèle de nombreux ouvrages sur le judo, et devient la première ceinture noire de France. Fort de ses compétences pointues, il met en œuvre progressivement sa méthode, convaincu que l’écoute de soi et le mouvement dénué d’effort sont précieux pour résoudre les difficultés du corps. Méthode à laquelle il se consacre après la deuxième guerre mondiale et qu’il enseigne aux États-Unis, en Australie, et en Israël, où il décède en 1984. Il laisse de nombreux disciples et une documentation très fournie, permettant à ses successeurs de poursuivre ses recherches et sa pratique.
En France, malheureusement, elle n’a pas encore la reconnaissance qu’elle mérite. Peut-être supplantée par la mode du Pilates et du yoga, et l’attrait pour des techniques  "efficaces", qui promettent des "résultats" en peu de temps. Plus bêtement, c'est aussi le nom de « Feldenkrais », qui n’est pas "vendeur", pour Ghyslaine. "Les gens ne le retiennent pas, ça ne les attire pas. C’est dommage, mais c’est un vrai frein, en tout cas en France… " Il serait peut-être temps de prendre exemple sur nos voisins ?

* https://moments-feldenkrais.com/