Thyroïde : pourquoi les dérèglements thyroïdiens ne sont pas toujours bien soignés ?

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Hypothyroïdie et hyperthyroïdie : les dérèglements de la thyroïde pas toujours bien soignés
© Stocklib
Par Magali Walkowicz publié le
Diététicienne-nutritionniste, journaliste et auteure
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Votre thyroïde fait peut-être des siennes sans que vous le soupçonniez. Rien de surprenant ! Les problèmes thyroïdiens se cachent derrière des maux d’une extrême banalité. Et notre système médical les aborde de manière trop simpliste. Résultat : de nombreuses erreurs de diagnostic et des traitements parfois inefficaces.

Notre thyroïde peut connaître des hauts et des bas. Problème : il arrive que ces dérèglements se cachent derrière des symptômes que l'on rencontre fréquemment, et qui semblent banals. Ainsi, ils passent parfois inaperçus.
Vous reconnaissez-vous dans au moins trois de ces petits tracas santé du quotidien ? Fatigue, manque d’énergie, irritabilité, mal-être, hypotension, poches sous les yeux, dépression, crampes et douleurs musculaires, douleurs diffuses, difficultés à perdre du poids, jambes qui gonflent, pieds et mains froids, constipation, maux de tête, problèmes de concentration, perte de cheveux, ongles cassants ? Si la réponse est oui, cela peut indiquer une hypothyroïdie.

Ou bien dans trois de ceux-ci ? Tremblements, insomnie, excitabilité, fièvre, sueurs, amaigrissement rapide, diarrhée, ostéoporose ou troubles du rythme cardiaque ? Ceux-ci peuvent-être évocateurs d’une thyroïde au contraire hyperactive.

Maintenant posez-vous les questions suivantes. Avez-vous déjà fait évaluer la santé de votre thyroïde ? A-t-elle simplement été diagnostiquée sur la base des résultats d’un dosage sanguin d’une hormone appelée TSH* ? Votre médecin vous a-t-il éventuellement prescrit un traitement uniquement en fonction de ce résultat ? Si tel est le cas, il est possible que vous soyez mal soigné(e).

* thyréostimuline

La sacro-sainte TSH 

La TSH est sécrétée par une glande de la face inférieure du cerveau, appelée hypophyse. Elle stimule la thyroïde, glande située à l’avant du cou, qui sous son influence, relâche dans le sang deux hormones, la T3 (tri-iodothyronine) et la T4 (tétra-iodothyronine ou thyroxine) qui est la forme inactive de la T3. Les chiffres 3 et 4 indiquent le nombre d’atomes d’iode nécessaires à la synthèse de ces hormones. Elles jouent un rôle clé auprès du métabolisme et des fonctions de l’organisme, conditionnant le poids, la solidité des dents et des os, l’état de la peau, l’humeur, la température corporelle, la fonction musculaire, le transit, le fonctionnement du cœur et des vaisseaux, la vie sexuelle, le cycle et la fertilité… C’est pour cette raison que les symptômes d’un dysfonctionnement thyroïdien sont extrêmement divers et peuvent concerner toutes les parties et fonctions du corps.

Lorsque tout va bien, dès qu’il y a trop de T3 et T4 dans le sang, l’hypophyse, cesse de fabriquer de la TSH. Quand elles manquent, l’hypophyse fabrique de la TSH, ce qui relance leur production. Lorsque ce réglage est perturbé, toutes les fonctions dans lesquelles interviennent la T3 et T4, le sont aussi. Une hyperthyroïdie exagère le métabolisme. Inversement l’hypothyroïdie le ralentit[1].

La plupart des médecins estime diagnostiquer une hyperthyroïdie avec un taux de TSH trop bas et inversement pour l’hypothyroïdie. S’ensuit alors un traitement, médicamenteux dans les deux cas, parfois chirurgical ou une radiothérapie pour l’hyperthyroïdie. Cela semble très facile, logique même. Et pourtant…

Les normes de la TSH : une évalution à revoir ? 

Avant les années 1970, les médecins se basaient uniquement sur des manifestations cliniques des pathologies thyroïdiennes pour leurs diagnostics. Puis le dosage sanguin de la TSH est arrivé en renfort des symptômes pour éviter les erreurs, certains symptômes de dysfonctionnements thyroïdiens étant similaires à des symptômes d’autres pathologies. Le problème est que les médecins aujourd’hui se reposent un peu trop sur la TSH. Or :

  1. Les normes correctes de la TSH sont mal déterminées. Aujourd’hui, le consensus en France est entre 0.4 et 4 mUl/l. L’écart entre normale haute et normale basse est absurde. En 2002 déjà, l’AACE (Association Américaine des Cliniciens Endocrinologues) suggérait un traitement de la thyroïde chez les patients dont la TSH est > à 3,0 mUI/l (ce que font les Etats-Unis). Selon un suivi de l'étude Whickham en Grande Bretagne (l'une des plus grandes enquêtes sur les problèmes de la thyroïde), la limite supérieure de référence de la TSH pourrait être à 2,5 mUI/l.
  2. De nombreux spécialistes indiquent que les taux de T4 et de T3 libres devraient être systématiquement testés. Le problème peut venir du fait que la T4 se convertit mal dans l’organisme en T3, qui est l’hormone active finale. Le traitement classique (qui est la lévothyroxine = T4 synthétique) n’est alors pas suffisant.
  3. De nombreux facteurs peuvent perturber le dosage TSH et fausser les résultats comme la quantité de glucides consommée sur la journée, le stress, le mauvais sommeil, certains médicaments.

Ainsi, la TSH seule, pire, avec les normes actuelles retenues actuellement en France, ne peut valider ou invalider votre santé thyroïdienne. Les symptômes que vous présentez, les manifestations cliniques, les taux sanguins de T4, T3 ne peuvent être ignorés.

Thyroïde : que faire pour obtenir un traitement adapté ?

Si vous continuez de souffrir de symptômes d’hypo ou d’hyperthyroïdie, veillez d’abord à écarter les symptômes trompeurs avec une prise de sang : un déficit en vitamine D ou un autre problème hormonal peuvent aggraver les symptômes de l’hyper comme de l’hypothyroïdie.

Si vous êtes traité(e) pour de l’hypothyroïdie mais que vos symptômes persistent :

  1. Demandez la prescription d’un dosage de la TSH, T3 et T4 à votre médecin. Parlez-lui des normes américaines et des symptômes ressentis, afin qu’il vous adapte le traitement jusqu’à disparition des symptômes (certaines variantes génétiques de certaines enzymes (les déiodinases) peuvent modifier le ressenti face au traitement).
    Les études montrent que la plupart des personnes qui prennent de la lévothyroxine en reçoivent soit trop soit trop peu. Notez aussi que les génériques peuvent présenter une différence de concentration de molécule de 10 % par rapport au princeps, avec de possibles conséquences cliniques. En Mai 2010, l'AFSSAPS (ancien nom de l'ANSM*) a écrit aux professionnels de santé à ce sujet.
  2. Si votre TSH est normale et que les niveaux de T4 et T3 sont légèrement abaissés, votre médecin peut vous prescrire un mélange de T4 et de T3. Plusieurs études depuis 1999 ont indiqué que les patients connaissent ainsi un plus grand soulagement.
  3. Observez les règles de prise de votre traitement : chaque jour, à la même heure, 4 heures avant d'ingérer les produits qui interfèrent avec la thyroxine (à base de soja, les suppléments de calcium, de fer ou les antiacides qui contiennent calcium ou hydroxyde d'aluminium). Des études ont démontré que prendre la lévotyroxine au coucher pourrait mieux convenir que le matin.
  4. Faites doser vos taux de CRP et CRPus sanguins et traitez une éventuelle inflammation chronique qui peut perturber le fonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien. Une étude a montré qu’une injection unique de cytokines (messagers de l’inflammation), réduit les taux sanguins de la TSH, T3 et T4 libres. La conversion de T4 en T3 est également perturbée. 
  5. Arrêtez de fumer car cela multiplierait le risque de souffrir d’un problème de la thyroïde. La fumée de la cigarette altèrerait la fonction thyroïdienne, inhiberait la captation d’iode par la thyroïde, freinerait la transformation d’hormone T4 en T3, réduirait l’efficacité du traitement et jouerait un rôle dans les maladies thyroïdiennes auto-immunes. A l’arrêt du tabac, ces liens disparaissent.

*Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé

L’alimentation et les plantes au secours de l’hypothyroïdie

Les aliments à privilégier pour la thyroïde

La fabrication par notre organisme de la T3 et T4 nécessite de consommer des aliments riches en iode (poissons et autres produits de la pêche, algues séchées type wakamé ou nori et ail) et en sélénium nécessaires aussi à la transformation de la T4 en T3 (en plus des aliments cités ci-dessus : lapin, volailles, agneau, noix du Brésil, céréales complètes, viande rouge, champignons, ananas frais, oignon, œufs, fruits secs).  

Les aliments à limiter pour la thyroïde

En revanche, parce qu’ils ont des effets négatifs sur la thyroïde, la consommation de végétaux dits « goitrogènes », qui augmentent le volume de la glande thyroïdienne, sont à limiter (crucifères, cresson, rutabaga, navet, radis, patates douces, manioc, tapioca, millet, le fonio et légumineuses, soja inclus).  Ils contiennent des thiocyanates, des substances qui empêchent la captation de l’iode par la thyroïde. La cuisson de ces aliments réduit considérablement leur activité antithyroïdienne.

En cas de petite hypothyroïdie encore non traitée, ou en complément du traitement afin de diminuer les doses, la médecine ayurvédique peut venir à votre secours avec deux plantes combinées :

  • L’ashwagandha ou Withania somnifera, ou « ginseng indien ». Selon de nombreuses études, cette plante stimulerait la thyroïde en augmentant la production d’hormone T4. Une cure à raison de 2 gélules de 450 mg par jour (de préférence 1 le matin, 1 le soir).
  • Le guggul ou Commiphora muku​. Selon les études connues à ce jour, cette plante permet une meilleure assimilation de l’iode et une meilleure activité de cette glande en augmentant la synthèse d’hormone T3 et en augmentant la conversion de l’hormone T4 en T3. Elle permet en sus de limiter l’oxydation des cellules du foie, qui stocke l’hormone T4 et la convertit en T3. Posologie : 2 g par jour d’extrait de plante standardisé à 2,5% de guggulstérones.
Source(s):
  • [1] Alon Grossman, Avraham Weiss, Nira Koren-Morag, Ilan Shimon, Yichayaou Beloosesky, Joseph Meyerovitch, Subclinical Thyroid Disease and Mortality in the Elderly: A Retrospective Cohort Study The American Journal of Medicine Volume 129, Issue 4, April 2016, Pages 423–430

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