Insuline, cerveau et diabète de type 3

diabète de type 3
diabète de type 3
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Par Magali Walkowicz publié le
Diététicienne-nutritionniste, journaliste et auteure
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Vous connaissez très certainement le diabète de type 1, qui nécessite des injections d’insuline. Le diabète de type 2, ou diabète sucré qui se traduit par une résistance des cellules à l’insuline et un hyperinsulinisme. Mais avez-vous déjà entendu parler du diabète de type 3 ? Eh bien derrière ce diabète se cache la maladie d’Alzheimer. Explications.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques mots sur un examen d’imagerie médicale appelé PET-scan ou TEP-scan (Tomographie par Émission de Positons couplé à un scanner) qui a permis une découverte majeure.  C’est une technique d’imagerie médicale performante qui s’intéresse au métabolisme du glucose dans l’organisme. Un produit glucosé radioactif (= un traceur) est injecté par voie veineuse au patient. Le but : visualiser si sur une zone, la consommation cellulaire en glucose est augmentée, abaissée, normale. On sait qu’habituellement elle est augmentée au niveau des cellules tumorales, infectieuses, inflammatoires mais ralentie en cas de diabète.
Parmi nos organes, celui qui utilise généralement le plus de glucose comme carburant est le cerveau. Cela a donné l’idée à des chercheurs de s’intéresser au rôle potentiel du glucose dans le développement des maladies neurodégénératives. Et, ce que leur a alors révélé le Tep-Scan cérébral est surprenant.

Pourquoi certains spécialistes considèrent que la maladie d’Alzheimer, et certains troubles cognitifs ou démences, seraient une nouvelle forme de diabète ?

Lorsque les chercheurs ont commencé à utiliser le pet-scan cérébral pour observer l’activité du cerveau, il ont vu que chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, tout comme chez les personnes prédisposées génétiquement à la maladie avant même l’expression clinique de celle-ci, le métabolisme du glucose dans le cerveau est nettement ralenti en comparaison à celui de personnes non atteintes. Ils ont en effet observé :

  • un excès de glucose dans le cerveau des patients tout comme il y a un excès de sucre dans le sang des diabétiques ;
  • que plus le glucose est présent en quantité importante, plus la maladie d’Alzheimer est symptomatique. Plus le sang des patients diabétiques contient du glucose, plus le diabète est important et plus s’ensuivent de nombreuses complications ;
  • que les neurones atteints chez les patients utilisent mal le glucose disponible. Et les cellules des patients diabétiques utilisent mal le glucose.

Il y a donc un lien entre la maladie d’Alzheimer et la difficulté d’utilisation du glucose au niveau cérébral. En somme, la même chose qui est observé chez les malades atteints d’une autre forme de diabète. D’ailleurs, l'association entre diabète et maladie d'Alzheimer a souvent été évoquée. Souvent étudiée, cette corrélation  est largement documentée, et de nombreuses passerelles ont été mises à jour. Mais une chose n’a pas encore été totalement éclaircie :  le lien moléculaire entre les deux pathologies.

Pourquoi cette difficulté d’utilisation du glucose ?

Plongeons dans le monde passionnant du corps humain. Et avant tout quelques rappels physiologiques. Lorsque l'on consomme des glucides, ils sont digérés puis convertis en glucose que le système sanguin transporte à travers tout le corps. C’est pourquoi la consommation de glucides est la principale responsable des fluctuations de la glycémie.

Pour maintenir la glycémie à un niveau normal après l’absorption d’une certaine quantité de glucides, le pancréas fabrique une hormone appelée insuline. Cette hormone permet l’utilisation du sucre par les cellules et évite qu’il ne reste trop longtemps dans le sang. Une fois dans les cellules, le glucose est immédiatement brulé et transformé en énergie ou est stocké sous forme de glycogène pour être utilisé ultérieurement comme carburant (c’est le cas dans le foie et les muscles) ou bien il est transformé en graisse dans les cellules graisseuses, les adipocytes.

  • Dans le cadre du diabète de type 1, le pancréas ne fabrique plus d’insuline. Il y a une carence.
  • Dans le cadre du diabète de type 2, les cellules deviennent de plus en plus résistantes à l’utilisation de l’insuline. Pour compenser, le corps se met à en sécréter d’énormes quantités. Peu à peu le pancréas s’épuise.
  • Et dans le diabète de type 3 ? C’est une chercheuse, Suzanne de la Monte, professeur à l’hôpital de Rhode Island aux États-Unis, a observé que chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, les cellules cérébrales présentent une perte de sensibilité à l’insuline très précocement au cours de la maladie. Et que celle-ci s’aggrave avec la sévérité de la démence. Les cellules neuronales deviennent en quelque sorte résistantes à l’insuline, ce qui explique qu’elles n’utilisent plus correctement le glucose. C’est elle qui a parlé pour la première fois de diabète de type 3. Depuis, elle a été rejointe par d’autres chercheurs.

Le cerveau produit aussi de l'insuline

On sait qu’il n’y a pas que le pancréas qui produit de l’insuline mais aussi le cerveau. L’équipe du Pr de la Monte a administré à des bébés rats un poison qui détruit les cellules initiant la production d'insuline dans le cerveau. En grandissant, ces rats ont développé une altération du cerveau similaire à celle provoquée par la maladie d'Alzheimer contre la destruction des cellules productrices d'insuline dans le cerveau. Il existerait donc une relation entre l'insuline produite dans le cerveau et l'apparition de la maladie d'Alzheimer.1

D’ailleurs, une étude a montré que seulement deux vaporisations nasales d'insuline par jour pendant quatre mois ont permis à 74 patients atteints de la maladie d'Alzheimer d'améliorer leur mémoire.

Une autre piste de soin, diététique cette fois, valable pour les personnes atteintes de diabète de type 1, 2 et 3 et à la portée de tout un chacun, peut apporter des résultats similaires.

Réduire les glucides pour protéger le cerveau ?

L’ensemble de ces données aboutit à l’idée que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer ont un cerveau dans un état diabétique et qu’il serait possible de traiter diététiquement la maladie d’Alzheimer comme un diabète de type 1 ou 2. Ainsi, un régime très pauvre en glucides, permettant aux cellules de s’alimenter avec un autre carburant, pourrait donc prévenir voire inverser partiellement la maladie. Il s’agit du régime cétogène. Ce régime a pour principale caractéristique d’être enrichi en lipides. Dans ce contexte est engendré la production par l’organisme de molécules énergétiques, à partir des lipides (ou graisses) appelées corps cétoniques.

Les corps cétoniques représentent une énergie que le cerveau sait utiliser, dont il est même très friand, et qui n’a pas besoin d’insuline pour pénétrer dans les cellules. Les neurones peuvent donc ainsi continuer à s’alimenter, à fonctionner correctement. L’expérience clinique en cabinet, auprès de patients volontaires, valide d’ailleurs cette piste.

 

En savoir plus :

- Ces glucides qui menacent votre cerveau. David Perlmutter. Marabout.

- Le régime cétogène pour votre cerveau, Michèle Houde, Dr Bernard Aranda, Thierry Souccar Editions.

- Mettre en place le régime cétogène : Céto cuisine, Le compteur de glucides et 100 aliments céto à volonté, Magali Walkowicz, Thierry Souccar Editions.

 

[1] De La Monte, S.M., Journal of Alzheimer's Disease, September 2006; vol 10: pp 89-109. News release, Rhode Island Hospital